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    Verdun: « les soldats indigènes étaient aptes à l’assaut » explique Eric Deroo

    En dix mois, la bataille de Verdun aura fait au total 770 000 morts, blessés et disparus. AFP / STP

    Les commémorations de la bataille de Verdun ont débuté cette semaine, un siècle après le début, le 21 février 1915, de l'offensive allemande contre les troupes françaises à proximité de cette ville de l'est de la France. Cette bataille, une des plus emblématiques de la Première Guerre mondiale, durera 300 jours et fera environ 300 000 morts et 400 000 blessés, sans qu'aucune des deux nations n'en sortent réellement victorieuse. Quel rôle ont joué les troupes coloniales lors de cette bataille ? Notre invité, Eric Deroo, historien, réalisateur, chercheur associé au CNRS français est spécialiste de l'histoire de la colonisation et des troupes coloniales françaises.

    Eric Deroo, sait-on combien de soldats issus des colonies françaises ont participé à ces dix mois de combats à Verdun ?
     
    Eric Deroo : En tout huit divisions issues de l’empire ont participé à la bataille de Verdun. L’effectif d’une division à l’époque c’est 12 000 hommes, donc on peut considérer qu’environ entre 90 et 96 000 hommes issus de l’empire, aussi bien de l’empire d’Afrique du Nord, que de l’empire sub-sahélien que de l’Indochine ou Madagascar.
     
    Alors quand vous dites issus de l’empire ça veut dire qu’il y a des combattants qui sont en fait des combattants blancs installés dans l’empire colonial, mais aussi des indigènes ?
     
    Absolument. Par exemple le Régiment d’Infanterie coloniale qui va se couvrir de gloire pour la reprise du fort de Douaumont à la fin 1916 est un régiment de soldats européens qu’on avait à l’origine formés pour participer à la campagne du Maroc, de même que des régiments d’infanterie coloniale qui sont composés d’Européens, de même que dans ce qu’on appelle l’armée d’Afrique qui en réalité est l’armée d’Afrique du Nord, il y a énormément de Zouaves. Les Zouaves, bien qu’ils aient une tenue dite à l’orientale héritée des premiers temps de la conquête de l’Algérie, sont des Européens.
     
    Spécifiquement sait-on combien de soldats maghrébins, noirs-africains, malgaches et indochinois, c’est-à-dire des soldats indigènes, ont participé à cette bataille ?
     
    C’est difficile : ce sont des statistiques extrêmement difficiles à établir parce qu’à l’époque la France n’établit pas de statistiques ethniques. Un soldat est un soldat. Simplement on peut l'estimer... avec la composition des différentes unités : je disais qu’il y a environ huit divisions issues de l’empire, soit 90 à 96 000 hommes. Parce qu’il faut y ajouter des services, l’artillerie dans laquelle servent beaucoup les soldats indigènes, par exemple, l’artillerie est essentiellement malgache.
     
    On peut estimer que plus de la moitié des effectifs, c’est-à-dire environ plus de 50 000 soldats indigènes à l’époque – puisque c’est le terme de l’époque – participent à la bataille de Verdun sur l’année 1916.
     
    Et a-t-on une idée des pertes dans ces unités ?
     
    ... Ce que l’on appelle pertes en termes militaires ce sont les tués, les blessés, les disparus et éventuellement aussi on pourrait y ajouter dans un second temps les prisonniers. Les pertes varient entre le tiers de l’effectif et lors de certains combats montent jusqu’à 50 % des effectifs.
     
    C’est à peu près le même ratio que dans les unités métropolitaines ?
     
    C’est le même ration dans les unités métropolitaines, d’autant qu’au cours de la bataille très vite le commandement s’aperçoit que plutôt que d’engager des unités, par exemple des bataillons de tirailleurs sénégalais ou des compagnies mixtes, on va très vite créer des unités mélangées. C’est-à-dire qu’on va mettre des Indochinois dans un régiment d’infanterie française, on va mélanger un régiment d’infanterie coloniale européen avec des bataillons de tirailleurs sénégalais, le bataillon Somalie, la compagnie Somalie, va intervenir au sein à côte du RICM… On va mixer les unités.
     
    Alors ce mixe est fait sous le coup de l’urgence ou c’est réfléchi ?
     
    Ce mixage des troupes est fait effectivement sous le coup de l’urgence parce qu’il faut bien voir que la préoccupation principale du commandement français de 1916 ce n’est pas Verdun. C’est la Somme. C’est la grande offensive de la Somme que l’on prépare. C’est d’ailleurs sur la Somme que va être engagé l’essentiel des troupes coloniales. Beaucoup plus qu’à Verdun. Si les troupes coloniales sont peut-être moins présentes à Verdun c’est parce qu’elles le sont beaucoup plus sur la Somme. Donc la première raison c’est qu’effectivement, on va chercher des hommes absolument partout.
     
    Il ne faut pas oublier que dans une guerre comme celle-là, un front comme Verdun, il y a une première ligne, une deuxième ligne, mais il y a tous les arrières ! Et on oublie toujours le rôle des bataillons d’étape. Les bataillons d’étape ce sont les soldats qui entretiennent les voies sous les tirs ennemis ! Qui creusent, qui entretiennent les voies de communication. Et là il y a énormément de troupes indigènes.
     
    Et l’autre raison par ailleurs pour laquelle on mixe les unités, c’est que l’on s’aperçoit que les unités dites indigènes, une fois de plus, les soldats dits indigènes, sont meilleurs dans l’assaut, sont meilleurs dans le combat que dans le statique. Et donc on pense que cela va permettre de participer à certaines attaques. Et c’est en particulier la raison pour laquelle lors de l’offensive, la reprise avec la bataille marque un temps d’arrêt, les Allemands avancent jusqu’en juillet 1916, à partir de juillet 1916 l’armée française réussit à stopper, puis petit à petit elle reprend l’initiative.
    Et en octobre il y a la reprise du fort de Douaumont.
     
    La reprise du fort de Douaumont c’est tout à fait étonnant ! Il y a le Régiment d’Infanterie coloniale, le 43ème Bataillon de Tirailleurs sénégalais, la compagnie Somalie, il y a également des éléments malgaches... C’est très intéressant. Et on voit bien que là c’est la force de rupture, la contre-attaque qui doit jouer, l’idée que ce sont des soldats aptes à l’assaut. Donc en réalité ce ne sont pas des troupes que l’on utilise en chair à canon. Il faut les encadrer, et ensuite là, exploiter leur ardeur au combat.
     
    Finalement ils étaient traités et équipés de manière assez équivalente avec les métropolitains ?
     
    Non seulement de manière équivalente, mais totalement équivalente ! Il n’y a absolument pas de distinction dans l’équipement, dans la dotation. Au contraire même, le commandement se préoccupe en particulier pour les tirailleurs africains. On les dote, par exemple – c’est assez intéressant quand on regarde les manuels règlementaires – on les dote du chandail dit du modèle des chasseurs alpins. Ce qui prouve bien l’intérêt ! On va augmenter la ration de noix de cola, on va augmenter la ration de riz, on va augmenter la ration d’huile, de façon à ce que ces hommes puissent tenir le choc. Non, non… Il faut faire très attention au mythe de chair à canon et de soldats africains qu’on envoie mourir à la place des blancs ! Tout nous dit le contraire !
     
    Est-ce qu’il y a une fraternisation aussi, entre les tirailleurs et les métropolitains ?
     
    Oui, bien sûr. Je crois que dans les tranchées… Alors bien sûr, il y a toujours un rapport paternaliste, parfois raciste, c’est évident. On est dans un rapport colonial, un rapport totalement colonial. Mais malgré tout, malgré ce rapport colonial, malgré cette distance coloniale, la fraternité d’armes, surtout dans les tranchées, est quelque chose dont témoignent tous les récits, dont témoignent tous les survivants. Et je crois que là il y a une sorte d’égalité atroce devant la mort qui va réellement jouer.

    *** Au total, ce sont près de 700.000 hommes des colonies françaises qui ont participé à la Première Guerre mondiale, dont 250.000 subsahariens.
    - Dernier ouvrage : La France Noire, 2011
    - Dernier film : La Grande Guerre des Nations, 1914-1918, 2014


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