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    Afrique: «Il faut un compromis entre l’agriculture paysanne et industrielle»

    Bernard Puepi, expert-géomètre camerounais. Editions l'Harmattan

      A qui appartiennent les terres agricoles en Afrique ? Depuis l'arrivée de grandes compagnies internationales, la question est hyper-sensible et provoque quelquefois de graves incidents. Bernard Puepi est un expert-géomètre camerounais. Il vient de publier chez L'Harmattan « Les gouvernances foncières et leur impact sur le processus de développement ». De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

      RFI : Bernard Puepi, beaucoup de paysans africains essaient de résister à l’achat de leurs terres par des compagnies étrangères, mais est-ce que ce n’est pas la bataille du pot de terre contre le pot de fer ?

      Bernard Puepi : Effectivement, au début on pouvait penser à cela, mais lorsqu’on voit l’engouement et l’engagement des organisations internationales de défense des droits des paysans, le combat semble porter ses fruits.

      Mais à partir du moment où de grandes compagnies étrangères obtiennent l’accord de l’Etat du Ghana, du Nigeria ou de votre pays le Cameroun, pour acheter des terres qui ont été immatriculées, comment les villageois peuvent-ils s’y opposer ?

      Ils n’achètent toujours pas de terres immatriculées. Souvent les compagnies qui viennent ont des groupes de lobbying qui viennent trouver les officiels, les gouvernants, et tout se passe dans une opacité telle qu’il n’y a pas au préalable de plan sur lequel on identifie le genre de culture que porte déjà le terrain. On considère souvent que les terrains [négociés] sont des terrains nus, alors qu’en réalité ce sont des terrains [cultivés], des villages, des plantations.

      Le plus souvent, les paysans ne sont pas au courant de ces négociations préalables. C’est quand le décret [paraît] qu’ils se rendent compte que leurs terres ont été attribuées à ces compagnies étrangères... Lorsque ces compagnies viennent avec des tracteurs ou autres, on a vu des cas, dans des pays, où tout le village s’est couché devant les engins pour dire : vous passerez sur nos cadavres avant de continuer.

      Dans quels pays par exemple ?

      Je prends le cas du Mali. La dame dit qu’elle était enceinte [mais] lorsque la compagnie est venue avec des engins, alors qu’elle s’opposait, des policiers l’ont tapée ce qui a provoqué une naissance précoce de son bébé qui est mort.

      Mais en réalité qui est propriétaire de ces terres ? Ce sont les paysans qui les exploitent ? Ce sont les compagnies qui les achètent en disant qu’elles étaient immatriculées et elles ont payé pour les acheter ?

      Au départ la terre est considérée comme un bien communautaire, sous la gestion des autorités traditionnelles qui en disposaient pour le bien de tout le monde.

      Ça, c’était avant la colonisation ?

      Avant la colonisation. Mais avec la colonisation est venue la préoccupation de s’accaparer ces terres pour installer les colons. Donc à ce moment, les indigènes comme on les appelait, avaient le droit de jouissance et les Européens avaient le droit de propriété.

      Aux Indépendances... beaucoup de pays ont tenté des réformes. Ils ne pouvaient pas revenir tout d’un coup sur les anciennes pratiques, ils ne pouvaient pas [non plus] rejeter le droit moderne dont le système foncier en Afrique joue, [avec] une coexistence tumultueuse entre le moderne et les pratiques ancestrales. Et l’Etat, pour pouvoir investir, a mis toutes les terres sous son administration. Ce qui veut dire que pour attribuer ces terres aux investisseurs étrangers, l’Etat ne se croit pas obligé de consulter les populations qui les exploitent et c’est de là que naissent la plupart des conflits.

      Est-ce qu’il y a des pays africains où les droits ancestraux sont mieux respectés que d’autres ?

      Oui, des pays comme le Nigeria, comme le Ghana où les autorités traditionnelles ont encore un poids assez fort pour la gestion des terres.

      Et au Cameroun ?

      Au Cameroun, je peux dire que les autorités traditionnelles dans la réforme actuelle participent, mais elles ne peuvent pas s’opposer à l’autorité de l’Etat. On essaie de les ménager, juste pour que les populations s’approprient l’action de l’Etat. Mais les pouvoirs des autorités traditionnelles en matière de gestion foncière ont été passablement affaiblis.

      Est-ce qu’il y a des commissions de contrôle ? Est-ce qu’il y a dans certains pays des solutions de compromis ?

      Oui, [au] Bénin et [au] Niger. Au Bénin, la réforme foncière a été conçue telle que, avant que l’on en arrive à l’obtention du titre foncier -qui en droit moderne est la matérialisation de la propriété-, il y a des commissions de villages où le chef traditionnel et les notables ont un grand pouvoir. Lorsqu’ils peuvent établir une attestation en disant que telle portion de terre appartient à untel, cette attestation est valable même devant l’administration.

      Bernard Puepi, vous semblez être du côté de ces villageois qui luttent contre les compagnies étrangères. Mais est-ce que celles-ci n’apportent pas de l’argent frais et ne permettent pas de développer l’agriculture de ces pays ?

      Je ne suis pas contre. Parce que même dans le livre* je dis bien qu’il faudra trouver un compromis entre l’agriculture paysanne et l’agriculture industrielle. On dit que ça crée des emplois. Or, quand on a un tracteur, on n’a plus besoin de beaucoup d’ouvriers ! Par exemple, un hectare de terrain d’une agriculture industrielle utilise moins d’une personne, alors que le même hectare pour une plantation paysanne utilise quatre personnes. Lorsque ces plantations industrielles viennent s’installer, il faudrait que les paysans en profitent ou qu’ils soient même actionnaires, pour pouvoir contrôler si c’est vraiment dans l’intérêt de la communauté. Donc je ne milite pas pour le rejet de la plantation industrielle, mais on peut l’humaniser.

      * « Les gouvernances foncières et leur impact sur le processus de développement », édité chez l'Harmattan

       


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