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    Burundi: de l’indignité de l’Union africaine

    Jean-Baptiste Placca RFI

    Fallait-il vraiment qu’ils soient cinq, une demi-dizaine de chefs d’Etat, pour aller rapporter, de ce pays en crise, cette non solution peu courageuse ?

    Au Burundi, les cinq chefs d’Etat dépêchés par l’Union Africaine, n’ont rien pu faire pour convaincre le président Nkurunziza d’accepter les dispositifs de prévention de tueries de masse. Pire, ils ont réussi la prouesse de tirer de leur mission deux conclusions sensiblement différentes, et le pouvoir de Bujumbura a choisi celle qui lui convient. Comment expliquer une telle inertie de l’UA, face à une situation que la terre entière juge pourtant préoccupante ? 

    Cinq chefs d’Etat, c’est pratiquement un dixième des pays membres de l’Organisation panafricaine. Mais, à l’évidence, ces émissaires n’avaient aucun moyen de pression sur leur homologue burundais. Ils ont donc cru sauver la face, en appelant à un dialogue, auquel devraient prendre part, « sans pré-conditions, est-il écrit, toutes les parties prenantes à la crise burundaise, dans le strict respect de l’Accord de paix d’Arusha ». L’on en aurait presque oublié que c’est du rudoiement dudit accord par le pouvoir actuel qu’est née la présente crise. Le très habile communiqué de l’Union Africaine a, hélas !, très vite été contrarié par le chef de la délégation. Resté un jour de plus que ses homologues dans la capitale burundaise, Jacob Zuma, au moment de quitter le Burundi, a estimé devoir faire une déclaration dans laquelle il a introduit quelques nuances, par rapport au communiqué de l’UA. Ainsi, soutient-il, sans aucune contrainte de calendrier, que le dialogue devait inclure « tous les acteurs importants de la crise ». Plus d’autres subtilités, qui vont au-devant de ce que pouvaient désirer ses hôtes. Le chef de la diplomatie burundaise s’est, d’ailleurs, empressé de préciser que le gouvernement de son pays ne se sentait lié que par la déclaration du président Zuma, parce que c’est lui qui dirigeait cette mission.

    L’on s’en amuserait, s’il n’y avait, derrière tout cela, la situation dans ce pays, et dont le pouvoir, au demeurant, refuse d’admettre l’extrême gravité. Que faut-il d’aplomb, pour soutenir qu’il n’y a aucune crise, rien de grave, dans un pays de quelque 10 millions d’habitants, déserté par plus de 250 000 de ses citoyens, partis en exil, dans les pays voisins.

    D’aucuns laissent entendre que c’est parce que les médiateurs qui ont négocié l’Accord d’Arusha n’ont pas été suffisamment précis que tous ces problèmes surgissent aujourd’hui …

    Peut-être faut-il rappeler que les médiateurs en question s’appelaient Nelson Mandela et Julius Nyerere. Deux noms parmi les plus illustres de l’Afrique indépendante. Mais oui ! Ni Mandela ni Nyerere ne pouvaient imaginer qu’après tant de souffrances des populations et les interminables négociations pour parvenir à une paix acceptée par tous, il s’en trouverait pour soumettre le peuple burundais à de telles mesquineries, à de tels marchandages, à propos des élections qui comptent pour un mandat et des mandats qui ne comptent pour rien.

    A force de calculs aussi mesquins, ces gens ont créé les conditions d’une nouvelle guerre, ou, en tout cas, de nouveaux dangers. Car enfin, que visait la limitation des mandats, dans l’Accord d’Arusha, sinon de préserver le peuple burundais de devoir subir le même homme pendant plus de dix ans ? Aujourd’hui, au Burundi, l’homme qui s’impose à ce peuple a déjà passé dix ans au pouvoir, et semble en place pour cinq années supplémentaires, en attendant…

    Que peut l’Union africaine, quand sait que Pierre Nkurunziza est convaincu d’être là par la volonté divine ?

    Voilà une autre supercherie. D’ailleurs, tous les dirigeants de la terre peuvent estimer avoir été choisis par Dieu. Cette crise burundaise est épuisante, et le fait qu’aucun chef d’Etat, aucune personnalité africaine de premier plan ne puisse ramener Pierre Nkurunziza à la raison montre, encore une fois, que l’Afrique manque désespérément de leaders charismatiques qui aient suffisamment d’autorité pour dire la vérité à tous ceux qui se prennent pour des dieux, qui sont là pour régir leur peuple. A ce prix, il n’y a plus de règles de bienséance démocratique, plus d’Union africaine, plus rien à respecter. C’est ainsi que, dans l’histoire de l’humanité, de petits tyrans sont parvenus à ruiner le destin de tout un peuple.

    Nyerere, Mandela et quelques autres disparus, vers qui l’Afrique doit-elle se tourner, pour espérer voir des dirigeants qui en imposent suffisamment pour régler les problèmes du continent ?

    Ceux qui auraient pu remplir ce rôle s’effacent les uns après les autres, parce qu’ils se sentent démunis, ou parce qu’ils sont désabusés. Certains ne sont tout simplement pas audibles. Mais sur ce continent du pire et du meilleur, une figure imposante peut naître à tout moment, y compris d’un événement totalement inattendu. 


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