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    Lionel Zinsou: «Le peuple béninois a, très sereinement, choisi une rupture plus radicale»

    Lionel Zinsou. africansuccess.org

      Le candidat malheureux à la présidentielle béninoise, Lionel Zinsou, est notre Invité Afrique ce mercredi 23 mars. Il a été crédité de 34,61% des suffrages, selon les tendances publiées lundi par la commission électorale. Avant toute annonce offcielle, Lionel Zinsou avait téléphoné dans la nuit de dimanche à lundi pour féliciter le vainqueur Patrice Talon, coupant court aux spéculations, aux rumeurs et donc à la tension qui commençait à monter dans le pays. Lionel Zinsou répond aux questions de notre envoyée spéciale au Bénin, Carine Frenk.

      RFI : Quand on vous voit comme ça, on a l’impression que vous êtes vraiment serein, mais le score est sans appel : 35%. C’est plutôt sévère ?

      Lionel Zinsou : Ma réaction personnelle est très sereine, si vous voulez. Quand vous avez la chance de faire partie des quatre personnes qui, depuis que nous sommes dans une démocratie au Bénin, ont été sélectionnées pour être au second tour, vous avez atteint un premier niveau de légitimité politique. Ensuite, vous avez en fonction des coalitions, de la volonté de rejeter ou pas dix ans de régime auparavant, une volonté donc de rupture. Vous avez un choix entre deux offres, deux conceptions des réformes. Tout le monde est d’accord que dans l’Afrique subsaharienne il y a de la misère, du chômage des jeunes, des problèmes qui sont communs à tous nos pays, qui demandent des solutions urgentes et qui demandent des réformes. Le peuple béninois a, lui-même, très sereinement choisi une rupture plus radicale et pas quelque chose qui recyclait des éléments du régime et du gouvernement. Et ces deux choix, c’est une certaine vision de la paix et de l’unité dans le pays. Voilà, le choix a été fait d’une rupture radicale.

      C’est quoi la principale autocritique que vous faites aujourd’hui ?

      Si vous voulez, j’ai en matière de communication probablement eu des limites pour faire admettre que j’étais un homme nouveau dans le système et donc libre. J’ai plutôt été regardé comme quelqu’un qui était le Premier ministre en exercice et donc qui assumait, bien qu’il fût là depuis neuf mois, probablement dix et vingt ans d’un certain système politique. Donc la capacité de se présenter à nouveau, avec des solutions nouvelles, a été portée par le président élu qui, lui, avait installé le régime et l’avait accompagné comme son principal soutien pendant sept ans avant de rompre avec lui, et qui sera apparu comme un opposant radical. Avec lui, tout va changer.

      Est-ce que le président Thomas Boni Yayi n’a pas été aussi trop présent pendant la campagne ? Il a parfois tenu des propos désobligeants à l’endroit de ses adversaires, à l’endroit de vos adversaires.

      Je crois pour être sincère que personne ne pourra tenir des propos plus désobligeants que ceux qui ont été tenus à son égard. Comme souvent quand vous exercez le pouvoir, il faut admettre. Et moi, j’en ai fait l’expérience, que quand vous êtes un homme public, par rapport à ma condition d’homme privé il y a un an, vous recevez énormément de propos désobligeants. Je ne crois pas que ce soit le terrain qui soit important. Il a fait deux choses très importantes. Il a voulu l’unité nationale et il a, en soutenant ma candidature, conduit un homme du Sud pour toute première fois de notre histoire depuis l’indépendance, à avoir la majorité des voix dans le nord de notre pays. Ça, c’est un changement extraordinairement positif.

      Lui avez-vous parlé depuis dimanche ?

      Vous imaginez bien que, étant un candidat qu’il soutenait et étant son Premier ministre, nous avons parlé longuement.

      Il est dans quel état d’esprit ?

      Ça vraiment, vous allez lui demander. Je pense qu’il souhaite que les institutions fonctionnent jusqu’au bout. C’est le peuple qui élit son président. Un président n’est pas élu par son prédécesseur. Et après, vous pouvez avoir des préférences. Donc, les soirées électorales sont plus joyeuses, vous l’aurez noté, dans le camp du vainqueur.

      Et ce fameux coup de téléphone alors à Patrice Talon. Comment ça s’est passé ?

      C’était cordial. Et je suis serein, il était heureux. Donc si vous voulez, ça a fait une conversation cordiale. Je l’ai félicité pour sa campagne. Il a même eu la gentillesse de dire que peut-être cette campagne m’avait chagriné à certains égards. Et j’ai dit que ça n’était pas un problème, que je n’étais pas très sensible aux attaques personnelles. Et voilà, je lui ai souhaité bonne chance. Je voulais qu’il n’y ait aucune appréhension et un esprit d’apaisement. Et en Afrique où c’est l’exception qu’on fasse ce geste, je crois que ça a créé quelque chose comme un soulagement. Ce qui m’a ému le plus, c’est les nombreux témoignages d’électeurs de Patrice Talon, ils m’ont écrit par centaines, pour me dire ’ce que vous avez fait, c’est quand même étonnant ; ça ajoute à notre démocratie’. Il y en a quelques-uns, mais je dis ça de façon purement espiègle, qui m’ont dit ‘si vous aviez fait ça avant, on aurait voté pour vous’ (rires). Donc c’est un geste qui est important dans l’histoire de notre pays, sur la voie d’une démocratie mûre.

      Ça veut dire aussi vous vous préservez un avenir politique dans ce pays ? Vous allez créer votre propre parti et prendre la tête de l’opposition ?

      Non, je crois que le moment est un moment après l’élection d’union autour du président. D’autre part, il va y avoir les réformes institutionnelles pour qu’il y ait 5 ou 6 grands partis, mais pas des centaines. Donc on va avoir un paysage politique qui sera recomposé autour du président. Et c’est dans ce contexte, dans plusieurs mois, que se posera la question de former quelque chose qui soit un groupe d’idées pour l’avenir du Bénin.

      Faut-il compter avec vous pour la prochaine présidentielle ?

      Ça, c’est la magie du suffrage universel. A partir du moment où vous avez été premier au premier tour, à partir du moment où vous avez eu un million de voix sur trois millions de suffrages, quand vous vous promenez dans une rue, une personne sur trois vient vous dire : ‘comme je suis triste que ça ne soit pas vous !’ A ce moment-là, ça vous créée le devoir de les accompagner dans l’avenir.


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