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    Centrafrique: le temps des hommes de qualité

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Pour réparer les torts causés par les politiciens à la nation centrafricaine, le nouveau président va devoir fédérer tous les talents que compte ce pays, à l’intérieur et dans la diaspora.

    Après trois ans d’une crise violente et dévastatrice, et une transition plutôt laborieuse, la Centrafrique a investi, ce mercredi 30 mars, Faustin Archange Touadéra, comme président élu de cette République exténuée. Que peuvent espérer les Centrafricains, avec ce retour à la normalité ?

    Le président-mathématicien affiche en tout cas une détermination qui lui sera grandement utile. Son peuple semble l’avoir d’ores et déjà adopté, bien au-delà des suffrages qu’il a pu recueillir dans les urnes. Et, s’il sait s’entourer, il a de réelles chances de sortir son pays de l’abîme. Pour avoir bu la tasse jusqu’à la lie, les Centrafricains n’ont, tous, plus qu’une envie, à présent : se relever ! Naturellement, il leur faudra aussi être aidés de l’extérieur. L’idéal serait que l’essentiel de ce qui était jusqu’à présent mobilisé pour les aspects sécuritaires et militaires puisse être redirigé vers la santé, l’éducation, l’agriculture, bref, vers la lutte contre le sous-développement. Pour le reste, il faudra au président Touadéra toute la rigueur du scientifique pour bien s’entourer. Sans vouloir être désobligeant à l’égard de qui que ce soit, l’on se doit de rappeler que le grand malheur de ce peuple, depuis plus d’un demi-siècle, tient à l’incurie de ses dirigeants politiques les plus importants.
    Curieusement, Barthélémy Boganda, qui conduisait le pays vers son indépendance, était un homme de très, très grande qualité. Mais, depuis sa tragique disparition, un an et demi avant la proclamation de l’indépendance, le peuple centrafricain n’a manifestement fait que jouer de malchance.

    Boganda était, en effet, un religieux, un homme de Dieu…

    Il était prêtre. Le premier autochtone à être ordonné, en 1938, dans ce qui était encore l’Oubangui-Chari. Et en 1946, il entre au Palais Bourbon, comme député, dans le cadre de l’Union Française. En décembre 1958, il devient Président du gouvernement centrafricain de l’Autonomie, conférée par la loi-Cadre de Gaston Defferre, en prélude à l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique. Boganda rayonnait alors sur l’Afrique Equatoriale française et parlait déjà, à l’époque, des Etats-Unis de l’Afrique latine. Ce panafricaniste était aussi un humaniste, et il a doté son pays d’une des plus belles devises jamais arborées par un Etat africain : « Zo Kwoé Zo » : qui signifie, littéralement : « Tout homme est homme ». La Déclaration universelle des droits de l’homme n’aurait pas fait mieux…

    Hélas !, depuis la disparition de Boganda, dans un tragique accident d’avion, en mars 1959, le pays n’a vu défiler que des dirigeants plus décevants, les uns que les autres.

    Etaient-ils réellement plus décevants que des dirigeants de tant d’autres pays africains ?

    Les peuples, vous le savez, retiennent, en général, au moins une politique, des réalisations, bref, quelque chose de marquant, de chacun de leurs dirigeants. Le sentiment que laissent la plupart des six ou huit dirigeants qui se sont succédé à la tête de ce pays depuis l’indépendance est réellement affligeant. David Dacko, Jean Bedel Bokassa, David Dacko (une seconde fois, ramené par les troupes françaises), André Kolingba, Ange-Félix Patassé, François Bozize, et jusqu’à Michel Djotodia et Catherine Samba-Panza... Au total, ce peuple n’a fait que subir des dirigeants qui lui ont, en définitive, peu apporté.

    A vous entendre, concrètement, Faustin Archange Touadera va devoir opérer des miracles ?

    Il ne peut, en tout cas, espérer réussir sans fédérer tous les talents, tous les hommes de qualité que compte ce pays, pour les mettre au service du chantier de la nation centrafricaine, qui n’a jamais été aussi vaste. Pour réparer le tort immense que les politiciens ont fait à ce pays, il va aussi falloir appeler à la rescousse les Centrafricains de la diaspora. Car un pays gouverné comme l’a été jusqu’à présent la RCA génère fatalement des exilés, plutôt par milliers. Ils sont, en général, mieux formés, à l’extérieur, et il n’y a pas à en avoir peur. Au demeurant, Faustin Archange Touadéra est parfaitement outillé, intellectuellement parlant, pour ne pas craindre ceux qui seraient aussi bons, ou même meilleurs que lui. C’est une chance considérable, pour un dirigeant comme lui, de pouvoir disposer de toutes les intelligences d’une nation, pour rebâtir, éduquer. L’ancien recteur de l’Université de Bangui sait, mieux que quiconque, que l’instruction et la culture sont des armes efficaces pour mettre une nation à l’abri des divisions et d’une haine aussi violente que celle qui vient de traumatiser si profondément le peuple centrafricain.


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