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    Hervé Bourges: «Boumédiène et l'armée se méfiaient de moi»

    Hervé Bourges. RFI/Sébastien Bonijol

    Sa mission secrète dans le maquis algérien, ses 40 heures très éprouvantes aux mains de la sécurité algérienne... Dans son dernier livre, Hervé Bourges se confie. L’ancien conseiller du président Ben Bella, qui est devenu par la suite le patron de RFI et de plusieurs autres médias français, publie aux Editions Le Passeur J’ai trop peu de temps à vivre pour perdre ce peu. Il témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : L’une des révélations de votre livre, c’est cette rencontre secrète en 1963 dans le massif de Kabylie, avec le chef rebelle Hocine Aït Ahmed, vous êtes l’émissaire du président Ben Bella et cette mission est plutôt périlleuse, non ?

    Hervé Bourges : Elle est très périlleuse. Elle avait été demandée par Aït Ahmed. Aït Ahmed avait pris le maquis, avait tenu des meetings à Tizi-Ouzou contre le régime de Ben Bella. J’ai accepté, j’ai pris des risques. J’étais sans doute imprudent, peut-être inconscient. Je suis allé jusqu’au village d’Aït Ahmed, perché dans les hauteurs, et Aït Ahmed m’a reçu en me disant qu’avec Ben Bella il pourrait s’entendre, mais que le problème c’était Boumédiène. Mais j’ai gardé des relations d’amitié avec l’un et avec l’autre, puisque j’ai vu l’un et l’autre avant leur mort.

    Pendant ces années 63-65, vous êtes donc à Alger, vous êtes l’un des conseillers du président Ben Bella mais en juin 65, celui-ci est renversé par le colonel Boumédiène et vous dites que la rupture entre les deux hommes date de la guerre Algérie-Maroc de l’automne 1963 ?

    Oui c’est vrai, ils ont fait preuve de nationalisme aigu, dirons-nous.

    Vous parlez de Boumédiène...

    Oui, je parle de Boumédiène, bien sûr.

    ...qui a reproché à Ben Bella, peut-être, un cessez-le-feu avec le Maroc ?

    Oui c’est ça, tout à fait. En fait, Ben Bella était proche du Maroc et là, il y a eu un vrai problème, c’est vrai. Mais enfin, disons les choses, dès l’indépendance, on a vu éclater l’unité des dirigeants du FLN [Front de libération national] qui se sont affrontés les uns les autres. Problèmes de personne, problèmes d’idéologie aussi, et moi, je me suis retrouvé au milieu de tout ça en me gardant bien de me mêler de ce qui ne me regardait pas.

    En juin 1965, Ben Bella veut limoger son ministre des Affaires étrangères Abelaziz Bouteflika, parce qu’il le sent trop proche du colonel Boumédiène. Est-ce que c’est ça qui décide Boumédiène à renverser Ben Bella ?

    Oui c’est vrai et c’est d’autant plus curieux et dommage que des années après, Ben Bella et Bouteflika se sont très, très bien entendus.

    Mais quel est le conflit fondamental entre Ben Bella et Boumédiène en ce mois de juin 65, c’est juste un conflit de personnes ou ça va plus loin ?

    C’est un problème de personne, mais c’est un problème aussi d’origine révolutionnaire. Boumédiène, c’est les armées qui étaient aux frontières et Ben Bella voulait établir, disons, le pouvoir civil, le pouvoir du FLN sur l’armée, mais vous savez comment ça s’est passé.

    Malgré la chute de Ben Bella, vous restez à Alger, mais c’est peut-être un mauvais choix parce qu’en octobre 66, vous êtes arrêté par les services de sécurité algériens et vous êtes, vous dites, interrogé sans ménagement pendant 40 heures. Est-ce que vous avez été torturé ?

    Tout à fait, j’étais à ce moment-là au cabinet de Bachir Boumaza, qui était le ministre de l’Information, qui, sans me prévenir, est parti en Tunisie en déclarant qu’il devenait opposant au régime de Boumédiène. Et moi, j’étais son plus proche collaborateur, j’ai été malmené, je n’en dirai pas plus. Ca n’a pas duré longtemps, parce que je peux vous dire qu’il y a eu immédiatement des gens qui ont réagi. Il y a le cardinal Duval à Alger, il y a eu Edmond Michelet à Paris et mon ami Bernard Stasi qui est allé voir Chirac et Chirac a téléphoné personnellement à Boumédiène, il me l’a dit après. Et Bouteflika lui-même est intervenu, disant que c’était une initiative des services de sécurité et qu’il n’en était pas l’initiateur, il m’a reçu d’ailleurs immédiatement après.

    Mais vous avez dû être rudement malmené, Hervé Bourges ?

    Ca n’a pas duré longtemps…

    Parce que dans votre abécédaire, vous citez tous les grands Algériens de cette époque sauf Boumédiène. Il n’a pas le droit à son chapitre dans votre abécédaire ?

    Non, pour une raison très simple vous savez, je l’ai très mal connu, je connaissais beaucoup moins bien Boumédiène que les autres.

    Voulez-vous dire que Boumédiène se méfiait de vous ?

    Oui, sûrement ! Et l’armée se méfiait de moi. Je me doutais que certains devaient se méfier. Je suppose qu’il y avait des militaires qui devaient dire, qu’est-ce qu’il fait là celui-là ? Est-ce que ce n’est pas une barbouze ? Vous savez, quand vous vous trouvez dans des situations aussi exceptionnelles, d’un côté vous êtes une barbouze, de l’autre côté vous êtes un traître. Je n’étais ni l’un ni l’autre. J’étais simplement quelqu’un qui essayait d’aider, de rendre service au pays et de donner une image de la France qui soit convenable.

    Nous voici maintenant en 92, c’est Mohamed Boudiaf qui est président, il veut s’attaquer non seulement aux islamistes mais aussi à ce qu’il appelle « la mafia politico-financière ». En juin, il est assassiné par l’un de ses gardes du corps et vous sous-entendez que c’est bien peut-être la mafia qui est derrière ?

    Peut-être. Moi, je suis venu, je l’ai vu Boudiaf, au mois de mai lorsque j’étais président de France Télévision. Boudiaf m’a reçu le soir même, en tête-à-tête, nous avons dîné, nous avons parlé très librement. Il a mené un combat terrifiant contre les islamistes disant que c’était des gens sans foi ni loi, qui utilisaient le Coran et le nom d’Allah à des fins sectaires, et en même temps, il se méfiait des mafias qui se constituaient en Algérie pour faire de l’argent. C’était quelqu’un de très rigoureux et de très déterminé et il a pensé que puisqu’on était venu le chercher, c’est lui qui pourrait s’imposer et il l’a payé de sa vie. Alors ce qui est amusant, c’est que l’expérience du retour aux affaires de Boudiaf et celle après de Bouteflika en 99, tous deux sont apparus dans les premiers jours de leur retour au pouvoir comme des otages des militaires, si ce n’est que quant on voit ce qui s’est passé très récemment et qu’on n’a peut-être pas très bien analysé en France, c’est la victoire finale de Bouteflika, même dans l’état de santé dans lequel il se trouve aujourd’hui qui a repris le pouvoir, un pouvoir civil sur les militaires. C’est l’analyse que j’en fais à l’issue d’une longue bataille.

    Notamment dans son bras de fer avec le chef du DRS, le Département sécurité du général Toufik ?

    Tout à fait, exactement ça.

    Aujourd’hui, l’Algérie vit une fin de règne difficile, vous semblez plutôt pessimiste sur l’après-Bouteflika ?

    Je suis moins pessimiste que certains collègues qui, tout de suite, disent que ça va être de nouveau le néant, ça va être les islamistes qui vont revenir, ou ça va être l’armée qui va renforcer son pouvoir. Il n’est pas sûr que ce soit tout cela, il est possible qu’après la disparition du président Bouteflika, je lui souhaite encore une longue vie et bonne santé, j’espère que les Algériens trouveront une solution. Une chose est certaine, ils ont payé le combat contre l’intégrisme de 200 000 morts. Vous vous rendez compte, 200 000 morts, c’est-à-dire presqu’autant que le nombre de morts en Syrie aujourd’hui et ça le peuple algérien n’est pas prêt de l’oublier et n’a pas envie que de tels événements recommencent. L’Algérie a besoin de la France, mais la France a encore peut-être plus besoin de l’Algérie. L’Algérie est un rempart aujourd’hui contre l’intégrisme et un lien entre l’Europe, le monde arabe et l’Afrique. Si jamais ce lien venait à se distendre et si une nouvelle révolution devait éclater, et bien, ce n’est ni des centaines ni des milliers, mais des dizaines de milliers de réfugiés que nous serions obligés d’accueillir ici. Ce qui n’a pas été le cas lors des 200 000 morts parce que ce sont les Algériens qui ont pris sur eux-mêmes de rétablir l’ordre, dans des conditions que vous connaissez, mais qui l’ont fait sans s’appuyer sur quiconque.

    Hervé Bourges, comme fondateur de l’école de journalisme de Yaoundé, vous connaissez très bien aussi l’Afrique subsaharienne et vous dites qu’au Mali, François Hollande s’est hissé à hauteur d’un homme d’Etat ?

    Oui, dans mon livre qui est un abécédaire, de A à Z, il y a de tout dans ce livre, il n’y a pas seulement Aït Ahmed, Boudiaf, Bitat, Boutéflika, il y a aussi Chevènement, Séguin, Chirac et d’autres… Sur le président Hollande, j’ai dit, il y a Hollande François et François Hollande. Il y a Hollande François qui est un petit peu sous l’empire de l’anarchie, qui joue…

    Un peu technocrate ?

    … Il essaie de faire des synthèses et puis il y a François Hollande qui se montre chef d’Etat et qui sait hisser l’image de la France à un haut niveau et prendre ses responsabilités quant il le faut.

    Alors, vous avez quand même la dent dure avec François Hollande, parce qu’en tant que membres du « Club des 20 », vous écrivez : « Croyant renforcer sa main…

    On peut dire ce que c’est ?

    Absolument, on peut dire ce que c’est le « Club des 20 »…

    Alors, le Club des 20, c’est assez étonnant, et ce club qui est un club, disons, de gens qui sont maintenant à la retraite, mais ce club se réunit tous les mois et étudie la politique internationale française et a sorti une petite brochure, Les sept péchés capitaux, assez dure effectivement. On dit que la politique française même extérieure, n’est pas celle qui devrait être celle d’aujourd’hui. D’abord que la France se croit une grande puissance encore, elle ne l’est plus, que le monde occidental n’est plus celui qu’on écoute dans le monde d’aujourd’hui, que la France peut retrouver sa place bien évidemment, à condition qu’elle puisse avoir dans ce domaine des options extrêmement fermes. Je dis d’ailleurs à un certain moment en parlant de la question israélo-palestinienne, on laisse de côté cette question qui est une question qui fait l’unité du monde arabe, concernant la Palestine mais dont on ne parle pas, parce qu’on a peur vis-à-vis d’Israël et vis-à-vis de ceux qui protègent Israël, et que se faisant, on rend très certainement un mauvais service à l’avenir d’Israël.

    Et en effet, vous avez la dent dure en écrivant : « Croyant renforcer sa main en s’alignant sur plus puissant qu’elle, les Etats-Unis, la France perd sa crédibilité » ?

    Oui, parce qu’elle reste encore marquée par les Etats-Unis, qui n’ont plus de politique internationale comme vous le voyez. Avant que les Etats-Unis ne reviennent et ne disposent de troupes de combats au sol, il faudra se lever de bonne heure.


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