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    A quoi servent les paradis fiscaux ?

    Lors du sommet anti-corruption organisé à Londres, le 12 mai 2016. REUTERS/Paul Hackett

    L'existence des paradis fiscaux une nouvelle fois sous le feu des projecteurs avec le sommet anti-corruption organisé jeudi 12 mai à Londres par David Cameron. D'après d'éminents économistes, ces entités n'ont aucune utilité économique.

    C'est dit en toutes lettres dans la déclaration que 300 experts de renommée mondiale ont publiée en début de semaine pour alerter l'opinion, et les gouvernants. Les paradis fiscaux, écrivent-ils, « n’apportent aucune plus-value en termes de richesse globale ou de bien-être ». Parmi les signataires on retrouve Thomas Piketty, le pourfendeur des inégalités, Olivier Blanchard, l'ancien économiste en chef du FMI, ou encore le Britannique Angus Deaton, le récent prix Nobel d'économie. Leur message : ces juridictions ne servent qu'à aggraver les inégalités en privant les États de recettes fiscales.

    Si la communauté des contribuables ordinaires en pâtit, il y a pourtant des acteurs économiques qui en font leur miel : les entreprises, peut-être les États, utilisent volontiers ce canal pour faire circuler l'argent destiné à corrompre. Pour obtenir un marché, par exemple. Les criminels accourent dans ces îlots pour blanchir leurs revenus illicites. Et enfin, et c'est ce qui devient insupportable aux yeux de l'opinion publique, les multinationales ou les grandes fortunes visitent régulièrement ces paradis pour échapper à l'impôt.

    Comment des petits territoires a priori sans grand pouvoir ont-ils acquis ce label de paradis fiscal ?

    Les paradis fiscaux existent d'abord parce que des États puissants leur ont accordé cette « licence ». Cela peut avoir une raison historique. Au moment de la décolonisation, les anciens empires ont parfois aidé, encouragé les micro-Etats à se transformer en centre financier en offrant des conditions alléchantes : c'est-à-dire des taxes faibles, voire nulles, des facilités pour ouvrir un compte et surtout un secret maximum sur l'identité du détenteur réel.

    Ces juridictions se sont révélées bien utiles pendant la Guerre froide pour masquer le financement des activités d'espionnage. Mais il y a aussi des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni qui ont sciemment encouragé ces régimes juridiques exceptionnels dans leur propre giron. C'est ce qui a rendu l'État américain du Delaware célèbre dans le monde entier. Côté britannique, sans parler des dépendances de la couronne, La City a par exemple un statut à part et elle est considérée comme l'un des paradis fiscaux les plus performants.

    Dans leur lettre ouverte, les économistes demandent plus de régulation pour rendre ces entités moins attractives

    Ils proposent deux pistes : d'abord, contraindre ces juridictions très secrètes à communiquer l'identité des détenteurs de comptes, et ensuite imposer le reporting pays par pays aux multinationales. Les entreprises doivent déclarer ce qu’elles font et ce qu’elles gagnent dans chaque pays. Le Premier ministre britannique va-t-il encourager une telle évolution comme lui demandent les économistes, alors que comme ils le font remarquer, non sans malice, le Royaume-Uni a autorité sur environ le tiers des paradis fiscaux ? On a du mal à y croire.

    Un mois après les « Panama Papers » qui ont d'ailleurs éclaboussé David Cameron, les paradis fiscaux la jouent profil bas. Ni le Panama, ni les Îles Vierges britanniques par où ont transité la moitié des affaires traitées par le cabinet Fonseka ne sont présentes à ce sommet, leurs représentants disent ne pas avoir été invités.

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