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    Vincent Foucher, analyste à l'ICG: «On a une transformation de Boko Haram»

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    Vincent Foucher, analyste à l'International Crisis Group. www.cean.sciencespobordeaux.fr

    La Lutte contre Boko Haram est au cœur des discussions, ce samedi 14 mai, à Abuja au Nigeria. C’est le deuxième sommet régional sur la question. Les dirigeants du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Nigeria se retrouvent autour d’une même table pour réfléchir aux moyens de lutter efficacement contre le groupe islamiste. Et même si Boko Haram a perdu du terrain ces derniers mois, la bataille n’est pas gagnée pour autant. C’est ce que dit l’organisation International Crisis Group (ICG) dans son dernier rapport. Vincent Foucher est analyste au sein de l’organisation. Il est l’invité de Mathieu Auger.

    RFI: Est-ce que, comme l’a dit il y a quelques mois le président nigérian, Muhammadu Buhari, la guerre contre Boko Haram est aujourd’hui techniquement gagnée ?

    Vincent Foucher: Ce qui est vrai et ce que l’on voit, c’est que l’activité de Boko Haram baisse au Nigeria de façon notable mais, ceci étant, on assiste à une transformation de Boko Haram.

    Boko Haram est un mouvement qui n’a pas arrêté de se transformer et semble, cette fois-ci, repartir davantage vers la guerre asymétrique, vers des activités de terrorisme avec, en particulier, l’utilisation de plus en plus importante d’attaques-suicides et d’engins explosifs. Nous avons d’ailleurs vu, ailleurs, les Shebabs en Somalie ou encore Aqmi [al-Qaïda au Maghreb islamique], au Mali. Lorsque ces mouvements-là se voient dénier un contrôle territorial par une coalition d’Etat bien équipée, on peut effectivement les priver de territorialité. Par contre, c’est beaucoup plus difficile de les empêcher d’agir et de continuer d’agir.

    Diriez-vous que Boko Haram s’est, quelque part, adapté à la réponse militaire régionale ?

    Oui, c’est ce qu’on voit effectivement, c’est à dire un passage vers des actions plus discrètes, de plus petits groupes de combattants qui se déplacent à pied, à cheval parfois, des attaques sur des villages isolés plutôt que des grosses attaques sur des grosses localités.

    On voit également, dans cette dynamique-là, un mouvement qui a des problèmes de ressources. Il mène des attaques en effet pour piller des ressources ou encore pour enlever de force des combattants, ce qui indique là aussi, que Boko Haram est peut-être, moins qu’avant, en position de recruter des volontaires avec des promesses de rémunérations.

    Nous avons donc ce type d’attaques, à la fois des actions de petite guérilla et puis, par ailleurs, des actions terroristes avec des attentats-suicides et engins explosifs contre des forces armées, parfois, mais aussi contre la population civile. C’est le cas des attaques de terreur pure du côté du Cameroun surtout, mais aussi un peu au Nigeria avec des actions contre les mosquées ou encore dans des camps de réfugiés, des actes indiscriminés contre la population civile.

    Dans le rapport de l’International Crisis Group, vous dites que dans la lutte contre Boko Haram, il faut sortir du tout militaire. Qu’est-ce que cela veut dire ?

    On sait bien - c’est dans tous les manuels de contre insurrection - qu’une contre insurrection doit être fine et que pour être efficace, elle doit essayer d’éviter de faire trop de dégâts et de pression sur la population civile parce que s’en prendre de façon indiscriminée à tous les civils soupçonnés, c’est évidemment pousser les gens dans les bras des rébellions. Les gens en recherche de protection vont vers les mouvements armés rebelles. C’est ce qui s’est passé notamment au Nigeria où l’armée nigériane a été longtemps sur la défensive.

    Au fond, nous voudrions bien être sûrs que l’armée nigériane et les autres armées de la sous-région ont compris qu’il fallait procéder avec un peu plus de finesse, qu’il fallait arrêter les gens plutôt que de les tuer, qu’il fallait avoir des prisons correctes ou le plus correctes possible, avoir des procédures judiciaires le plus correctes possible et que ce n’était pas simplement une question de respect des droits de l’homme mais aussi et même, au fond, une forme d’efficacité politique des Etats.

    Finalement, c’est en restaurant la gouvernance dans les régions d’influence de Boko Haram que la guerre se gagnera ?

    Au-delà même de la question du respect des droits de l’homme, il y a une vraie question de rapport à l’Etat, en particulier dans les zones rurales de l’ensemble du Bassin du lac Tchad où l’Etat est très peu visible, où l’Etat se montre avant tout comme un empêcheur de tourner en rond, un prédateur. Il faut vraiment repenser le rôle de l’Etat. Il faut que l’Etat se montre, non seulement comme une force militaire, mais aussi comme un fournisseur de services de qualité en matière d’éducation et de santé. Il y a un énorme travail à faire qui est nécessaire. Il ne s’agit pas simplement d’infrastructures, de construire des écoles ; il s’agit de déployer des instituteurs, des gens payés et formés correctement, suivis et qui sont effectivement présents dans les écoles rurales. C’est un gros travail.

    Pour ce qui est du cas précis du Nigeria, vous avez le sentiment que le président Buhari, en poste depuis un an, prend cette direction ?

    La volonté est clairement exprimée et la conférence, en préparation, à Abuja vise à cela. Oui, nous avons l’impression qu’il y a une volonté. Ceci étant, le Nigeria est un pays compliqué. Les prix du pétrole sont tombés, la monnaie nigériane, le Naira, est tombée. Problèmes de moyens, de capacités, tout cela pose des problèmes.

    Si les discussions à Abuja ne se concentraient que sur le seul aspect militaire de la lutte contre Boko Haram, ce serait un échec ?

    A dire vrai, dans l’agenda, les discussions d’Abuja sont censées porter plutôt sur le développement, comme si, au fond, la question sécuritaire était déjà résolue, ce qui est, d’un certain point de vue, aller très vite en besogne. Il y a encore pas mal de progrès à faire y compris de ce point de vue-là. Comme je le disais un peu avant, il y a aussi la question du respect des droits humains et de la lutte contre l’impunité. Je pense que c’est sur l’agenda. On va voir ce que les Nigérians et les partenaires internationaux vont réussir à faire.
     


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