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    Election en RDC: délais intenables pour la Céni avec ou sans révision du fichier

    Le président de la Commission électorale nationale indépendante de la RDC, Corneille Nangaa. MONUSCO/Alain Wandimoyi

    Alors que des partis d'opposition doivent se réunir mercredi 8 juin à Bruxelles, autour d'Etienne Tshisekedi, le vieux leader de l'UDPS, RFI fait le point sur le processus électoral en République démocratique du Congo. La question qui obsède la classe politique est de savoir s'il est encore possible de tenir les délais constitutionnels pour la présidentielle. Le processus d'enrôlement des électeurs n'a même pas encore commencé. Mais la Céni promet de débuter l'opération au mois de juillet, pour une convocation du corps électoral fixée par la Constitution à septembre. Pour répondre à toutes les questions ce matin, l'invité de la rédaction Afrique de RFI est Corneille Nangaa, président de la Commission électorale.

    RFI : On connaît enfin le nom du fournisseur des kits électoraux. Combien de temps va prendre l’enrôlement et à partir de quand est-ce que cette procédure d’enrôlement va pouvoir commencer ?

    Corneille Nangaa : Nous devons travailler avec le nouveau fournisseur et il va devoir nous livrer dès fin juin le premier lot des 500 kits qui vont nous permettre de lancer l’opération d’identification et d’enrôlement en province pilote du Nord-Ubangi à partir de fin juillet.

    Et pour le lancement sur l’ensemble du territoire ?

    Le lancement sur l’ensemble du territoire se fera au fur et à mesure que le fournisseur va produire les kits.

    Ça veut dire que la révision du fichier ne pourra pas être terminée à temps pour le mois de septembre ?

    Nous l’avions dit depuis notre évaluation. Nous avions parlé à l’époque de plus ou moins 16 mois et un jour. On a commencé à compter depuis le mois de février, nous travaillons et nous faisons en sorte que nous ayons le fichier dans un temps record. Nous nous sommes lancés dans cette procédure et nous avançons. Il est vrai que le fichier ne sera pas disponible avant la fin de l’année. En milieu de l’année 2017, le fichier sera déjà prêt. Le fichier aujourd’hui est le seul argument, malheureusement, qui justifie la non-tenue de l’élection.

    Pourquoi ne pas annoncer que l’élection présidentielle ne sera pas tenue dans les délais constitutionnels, puisque vous savez déjà que le fichier ne sera pas prêt pour pouvoir organiser cette élection et convoquer le corps électoral en septembre ?

    Nous sommes en train de constituer le corps électoral qui sera convoqué pour toutes les élections. Pourquoi ne pas l’annoncer, c’est la question du calendrier. Nous allons publier dans les jours qui viennent des calendriers et il y a des éléments que nous sommes en train de réunir, qui nous permettront de publier ces calendriers sans qu’il y ait encore un refus ou un rejet par l’un ou l’autre camp de ce calendrier. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a la contrainte légale et constitutionnelle qui est là et il y a aussi la contrainte technique. Comment concilier les deux contraintes ? C’est ça la question. Et c’est là où nous disons que cette question devrait être gérée par d’autres acteurs. La Céni se focalise sur ce critère technique parce qu’après tout il faut avoir un fichier fiable pour aller aux élections.

    Est-ce que si les acteurs se décidaient demain à aller aux élections sans révision du fichier, est-ce que ce serait encore possible de tenir les délais constitutionnels ?

    C’était une option qui était tenable à partir de janvier. Et nous avions proposé en son temps cette question. Aujourd’hui, à cette date en juin, même si l’option politique était levée d’aller aux élections avec le fichier de 2011 fiabilisé on ne tiendra plus le mois de novembre. Ce n’est plus tenable, même dans cette hypothèse-là.

    Donc il n’y a plus d’option possible pour tenir les délais constitutionnels aujourd’hui, selon l’avis technique de la Céni ?

    Je pense que nous avons donné notre avis technique, nous avons fait une feuille de route, qu’on nous fasse confiance. Nous sommes en train de travailler pour avoir un fichier fiable sur lequel tout le monde peut être d’accord. Et à partir de là, nous allons tenir de très bonnes élections.

    Pourtant il y avait des experts électoraux onusiens qui disaient dans un rapport qu’il était encore possible de tenir les délais constitutionnels sans révision du fichier électoral. C’est un point de vue que vous ne partagez pas ?

    J’aurais bien voulu voir ce rapport avant de faire des commentaires là-dessus. Mais tout ce que je sais c’est que nous avons travaillé avec les experts de l’OIF et des Nations unies et nous avons mis sur la table toutes les options possibles.

    Vous ne craignez pas d’être accusé d’avoir violé la Constitution et en l’occurrence d’être poursuivi pour haute trahison, ce que disent certains membres de la société civile aujourd’hui ?

    Ce qui veut dire pour que je publie le calendrier, il faut que je sois couvert pour que vous ne me traitiez pas de l’institution qui a violé la Constitution. Nous n’allons pas violer la Constitution. Nous disons nous-mêmes que nous avons pris beaucoup de retard. Et le retard accumulé a fait qu’aujourd’hui, il faut constituer les fichiers. C’est ça la contrainte technique qui est devant nous. Et nous sommes en train d’avancer.

    Mais comment expliquer ça alors que depuis 2011 vous savez que des élections sont à organiser en 2016 et qu’il n’y a pas de surprise avec ça ?

    Il n’y a pas de surprise. Mais la vérité est que je suis entré en fonction en novembre. Nous avons fait l’évaluation de la situation et nous avons tracé la feuille de route pour sortir de cette impasse où on était.

    Qui est responsable de ce retard selon vous ? Qui est responsable du fait que les élections ne soient pas organisées dans les délais constitutionnels cette année ?

    Ce n’est pas le rôle de la Céni de déterminer qui est responsable de quoi ? Nous, on a établi les faits.

    Il y a bien un problème de financement ? La Céni elle-même s’est plainte du fait de ne pas être financée à hauteur de ce qui était promis par l’Assemblée nationale l’an dernier.

    Les finances constituent effectivement une contrainte importante au processus. Dans ce calendrier global de 2015, la Céni avait déjà soulevé cette question. Mais il faut dire qu’avec le gouvernement, dès décembre, dès notre prise de fonction, nous sommes tombés d’accord sur le plan de décaissement. Et depuis janvier jusqu’à ce jour le gouvernement exécute ces plans de décaissement correctement. La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui nous connaissons les fournisseurs. A la signature du contrat, la Céni a plus ou moins de quoi payer le matériel, ce qui est une avancée et nous pensons que nous allons évoluer dans ce sens-là.


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