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    Claude Ekanga: les albinos «sont victimes de préjugés et d’idées reçues»

    Claude Ekanga. DR

    « Non aux discriminations contre les albinos », dit l'Unesco, qui est à l'initiative, ce lundi 13 juin, de la journée internationale de sensibilisation à l'albinisme – une initiative dont RFI et France 24 sont partenaires. Quelles sont ces discriminations ? Et surtout comment en venir à bout ? Claude Ekanga est un albinos camerounais de 25 ans. Après sa scolarité au collège adventiste de Yaoundé, il est parti en Allemagne pour y poursuivre ses études. En ligne de Francfort, il répond aux questions de RFI.

    RFI : Est-ce que vous avez senti de la discrimination quand vous faisiez vos études à Yaoundé ?

    Claude Ekanga
    : La discrimination au sens propre, non. Disons qu’au lieu de parler de discrimination, de mon point de vue il faut parler de préjugés, c’est-à-dire le manque d’informations conduit à ce qu’il y ait des idées reçues. Quand on ne sait pas, il y a des légendes, il y a des histoires qui se racontent. Mais en termes de discrimination, au sens premier du terme, du genre quelqu’un qui se sent pas bien dans son pays, qui se sent marginalisé, ça n’a pas été le cas en ce qui me concerne.

    Quelle est la première fois, enfant, que vous avez senti que vous n’étiez pas comme les autres ?

    J’en ai pris conscience quand je me suis regardé pour la première fois. Tout le monde était noir, moi j’étais blanc. On n’est pas spécialiste des questions génétiques à cinq ans et donc on se pose des questions : pourquoi je ne suis pas comme les autres en quelque sorte ?

    Parce que quelques fois, les enfants sont méchants entre eux ?

    Nyabibale, Province du Nord Kivu, RD Congo : Une maman et son enfant albinos s'amusent. Aujourd'hui est célébrée la Journée internationale de sensibilisation à l'albinisme. MONUSCO/Abel Kavanagh

    Oui, ils peuvent même être très méchants. C’est clair que ça n’a pas été rigolo tous les jours. Parfois, on en a pleuré, mais bon c’est l’enfance, rien de bien méchant, même si ça fait pleurer évidemment.

    Est-ce que quelquefois les gens vous considéraient comme une personne malade, et est-ce que vous avez dû leur expliquer ce que vous aviez ?

    Oui, et là ce n’est pas que l’apanage du Cameroun. Je veux dire que, quand je suis arrivé ici les gens en Allemagne en particulier parce qu’on a remarqué « il est blanc, mais il a des attributs physiques, son visage c’est un visage africain ». On dirait un Africain blanc. Alors on m’a demandé ce que j’étais. Les parents, est-ce qu’ils sont noirs ? Et ensuite, ça s’est passé un peu partout où on s’est dit, voilà il est peut-être malade, il y a quelque chose. C’est vrai que la fragilité du corps ou le déficit de l’acuité visuelle par rapport aux autres fait que parfois, on considère comme une maladie. C’est pour ça qu'entre autres , même dans le cadre de l’Unesco ou des instances internationales, on parle de « personnes atteintes d’albinisme ». C’est une expression que je n’épouse pas toujours parce que je ne considère pas que c’est une maladie en soi. Mais bon, c’est vrai qu’on ne peut pas empêcher le monde de penser que certains attributs, qui ne sont pas communs à tout le monde, sont une maladie ou un écart à la norme.

    Est-ce que votre albinisme vous a freiné quelque fois dans vos études, vous a fermé des portes ?

    Pour l’instant, aucune parce que, sans me jeter des fleurs, je n’ai jamais fait partie des élèves les plus stupides de la classe. Et donc comme on dit, le soleil n’a pas d’ombre. On ne pouvait pas me cacher. Ça aurait été trop évident de discriminer, de marginaliser quelqu’un alors qu’on voit bien qu’il a un certain talent dans le domaine académique. Donc on va dire que c’est du point de vue biologique que certains aspects de la vie ont été compliqués pour moi parce que par exemple, lors des examens, j’ai été obligé de m’asseoir tout près du tableau par rapport aux autres. Et il arrivait que ça agace mes camarades parce que je devais me lever pour lire, je devais vraiment m’approcher du tableau. Je n’avais pas toujours la même rapidité que tout le monde pour passer les épreuves parce que ce qu’on écrivait au tableau n’était pas toujours visible pour moi.

    Est-ce qu’a contrario, l’albinisme finalement, ça ne vous a pas rendu plus fort dans votre combat pour la vie ?

    En quelque sorte, oui parce que, je me suis dit parfois, de la même manière qu’on ne respecte pas trop ceux qui n’ont pas d’argent, peut-être aussi qu’on ne me respectera pas trop si je ne me fais pas remarquer par autre chose que par mon apparence physique. Alors du coup, j’ai essayé en particulier dans le domaine académique de sortir du lot en quelque sorte. Ça explique peut-être que le fait que du point de vue académique, je n’étais pas mauvais, je n’étais pas des plus mauvais. Et ça fait qu’on prend tellement de temps à l’école à louer vos prouesses scolaires, qu’on oublie. On n’a pas le temps de s’attarder sur votre apparence physique. Donc la surmotivation, certainement de manière inconsciente, elle était là parce qu’on veut exister, on veut être présent dans la société avec les autres.

    Et les filles, elles sont comment avec vous ?

    Les filles, ça dépend. Au collège, il y en a beaucoup qui sont venues et qui ont dit, pour le simple fait que je suis ce que je suis, elles m’aiment beaucoup. Le fait que j’ai des yeux en fait comme les autres, remarquez que mes yeux étaient en mouvement, et ils étaient multicolores, des yeux arc-en-ciel. Il y a des gens à qui ça plait. Du côté du sexe opposé, il y a des gens qui viennent vous voir et qui disent « ça me plait beaucoup ». Mais d’un autre côté, il y a aussi des filles qui vont vous dire « il est hors de question que je sorte avec un albinos un jour. C’est hors de question, je ne vais pas prendre ». C’est plus vu comme un risque que comme une chance.

    Vous semblez assez bien vivre votre différence. Mais vous savez qu’il y a des pays d’Afrique australe, notamment comme le Malawi, où les albinos vivent dans la terreur parce qu’ils ont victimes de crimes rituels. Est-ce qu’on voit cela au Cameroun ?

    Au Cameroun, à ma connaissance, il n’y a pas ces cas-là. Sur mon vécu personnel, on ne peut pas dire que j’ai été victime de menaces ou que j’ai vécu dans une peur, absolument pas. Mais j’ai rencontré des gens tout le temps qui ont demandé, on va dire certaines parties de mon corps, qui m’ont demandé si je pouvais mettre mes cheveux à leurs dispositions pour qu’ils puissent en faire des médicaments ou des rituels. En fait, je ne sais pas trop. Mais en ce qui concerne le Cameroun, pour ce qui est du trafic d’organes ou des tueries d’albinos, les albinos ne vivent pas dans une peur permanente, mais ils sont victimes de préjugés, d’idées reçues qui font qu’ils ne sont pas toujours perçus comme on devrait les percevoir, en tant que minorité.

    Vous savez qu’au Malawi, c’est tellement grave que la justice de ce pays interdit aujourd’hui aux sorciers et aux guérisseurs traditionnels d’exercer leur propre métier ?

    En 2015, le gouvernement de Malawi interdit aux praticiens, aux chefs traditionnels, de pratiquer parce qu’il y a ce trafic d’organes. Et j’ai lu, il y a deux jours, le rapport de Amnesty International qui a révélé que de 2014 à 2016, il y a eu près de 18 décès d’albinos pour crimes rituels. On a remarqué qu’en Afrique australe, il y a une énorme proportion d’albinos. Il y en a pour le Malawi environ 7 000 à 10 000. On ne sait pas trop pourquoi c’est comme ça, mais cette forte représentation de cette communauté là-bas. Et c’est vrai quand il y a déjà deux décès, ça fait peur et on se dit la prochaine fois, ce sera peut-être moi. On se dit, pour conjurer le mauvais sort, on va faire un sacrifice humain. Pour la question des albinos, on se dit aussi que garder certains de leurs organes, ça va nous apporter richesse et prospérité, un peu comme les sacrifices humains dans les films d’horreur. On n’est pas tranquille.



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