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    Soumeylou Boubèye Maïga: les trafics, «ressources financières» pour Boko Haram

    Soumeylou Boubèye Maïga. AFP/Georges Gobet

    Depuis le début de l’année, on disait Boko Haram sur la défensive, et pourtant, le 3 juin dernier, la secte islamiste a lancé une offensive meurtrière sur la ville de Bosso, au sud-est du Niger. D’où viennent les ressources du groupe islamiste ? Soumeylou Boubèye Maïga connait bien le sujet. Au Mali, il a été ministre de la Défense. Aujourd’hui, à l’Union africaine, il est expert sur les questions de terrorisme et d’extrémisme violent. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Le 3 juin, l’attaque de Bosso au Niger a montré que Boko Haram avait encore des capacités opérationnelles. Quelles sont ses ressources financières ?

    Soumeylou Boubèye Maïga : Boko Haram a des ressources financières importantes qui proviennent principalement du contrôle que le groupe exerce sur un certain nombre d’axes et de circuits économiques, et puis du trafic de drogue et du trafic des armes. Quand on prend la carte, quand on regarde dans le sens est-ouest, Boko Haram sert d’élément important dans le transfert des drogues, en particulier de l’héroïne, depuis un certain nombre de ports d’Afrique de l’Est, comme Mombassa, Dar es Salam, et même plus loin le port de Durban, le groupe parvient à faire passer l’héroïne, via plusieurs ports du Nigeria, comme Calabar, Lagos, Port Harcourt, puis via un certain nombre de ports ouest-africains, et parvient à faire transiter la drogue jusqu’en Europe.

    C’est-à-dire que Boko Haram fait transiter l’héroïne depuis les ports de l’océan Indien jusqu’aux ports du golfe de Guinée ?

    Oui, du golfe de Guinée sur l’Europe, principalement sur l’Italie, la Grande-Bretagne et d’autres. Donc c’est un trafic qui rapporte au groupe beaucoup d’argent. Ça, c’est dans l’axe est-ouest. Dans l’axe nord-sud, son allégeance à l’Etat islamique lui permet d’être dans le transfert des armes à partir de la Libye. Au niveau régional, c’est au niveau du lac Tchad qu’un certain nombre d’activités économiques licites ont été totalement infiltrées par les gens de Boko Haram. Je pense notamment à la pêche, je pense un peu au pastoralisme. Ce qui fait que Boko Haram dispose aujourd’hui de ressources financières importantes qui lui permettent de monter des opérations, de les planifier, de les conduire et de les multiplier.

    Ce qui paraît incroyable, c’est que grâce à la corruption et au chantage, vous dites que Boko Haram parvient à contrôler des administrateurs et des opérateurs qui travaillent sur les grands ports du golfe de Guinée, comme Lagos, Port Harcourt, Calabar ?

    Oui. C’est-à-dire que, pour organiser sa mainmise sur ces ports ou, en tout cas, pour pouvoir y faire les trafics qu’il organise, il lui a fallu avoir les moyens d’exercer plus de chantage sur beaucoup de gens qui sont dans la chaîne de gestion et d’administration de ces ports, et qui font qu’ils peuvent faire transiter tous ces produits illicites.

    Ce qui veut dire qu’il y a des liens entre Boko Haram et les mafias qui contrôlent ces ports ?

    Totalement. Et à titre de comparaison, je peux vous dire par exemple que le trafic des cigarettes, qu’il faut aussi ajouter aux différents trafics contrôlés par Boko Haram, a généré plus de 800 millions d’euros de profits en 2015, et que le trafic de cocaïne a généré plus de 900 millions d’euros de bénéfices en 2012-2013.

    Sur quelles zones ?

    Sur la zone Afrique de l’Ouest. A titre comparatif, le budget de la Guinée-Bissau, pour la même période, c’est 117 millions d’euros.

    L’attaque de Boko Haram sur Bosso au Niger ce 3 juin 2016 signifie-t-elle que le sommet du 14 mai à Abuja avec une douzaine de chefs d’Etat, dont François Hollande, n’a pas servi à grand-chose ?

    Ce n’est pas ça. Vous savez, nous sommes dans une situation asymétrique qui fait que les armées conventionnelles -la preuve en est faite tous les jours- ont beaucoup de difficultés à cerner durablement les activités des groupes terroristes. Maintenant, le sommet auquel vous faites référence a certainement contribué à mieux définir les axes de coopération, c’est-à-dire que plus d’efforts doivent être portés sur la conception, la planification, la logistique et l’organisation du commandement et du renseignement. Et surtout ce qu’on voit bien, c’est que c’est un conflit qui ne se mène pas à une échelle nationale. Donc cela doit conduire nos pays à nous engager dans une offensive permanente, générale. Il faut que ce soit une vraie guerre jusqu’à atteindre le niveau d’éradication [de Boko Haram] afin que cela ne pose plus problème au fonctionnement normal des Etats.

    Au Mali, il y a eu coup sur coup deux attentats meurtriers contre les casques bleus : le 29 mai dans le centre du pays, près de Mopti - cinq casques bleus togolais tués dans une embuscade - et le 31 mai, à Gao - attaque à la voiture piégée contre le camp de la Minusma tuant un casque bleu chinois. Est-ce à dire que les jihadistes étendent leur influence sur le terrain et parmi les populations ?

    C’est-à-dire que, depuis plusieurs mois déjà, la stratégie des jihadistes est de transporter le nord dans le sud et le centre. On l’a vu déjà à travers l’attentat qui a été commis à Sévaré en août 2015 contre un hôtel. Il y a eu les attentats de Bamako, à la Terrasse [bar-restaurant ayant fait 5 morts le 7 mars 2015], et au Radisson [Radisson Blu hôtel ayant fait 22 morts le 20 novembre 2015]. Donc je pense que la piste de réflexion et d’action sur laquelle nous devons nous engager, c’est qu’il y ait une articulation plus importante dans les différents dispositifs que nous avons prescrits. Nous avons quand même la coexistence de plusieurs dispositifs sur le terrain. Il y a les Fama, les Forces armées maliennes, et les cosignataires de l’accord de paix. Il y a la Minusma [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali], il a Barkhane [force antiterroriste française], il y a le G5 [groupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad]. Et je pense que si nous n’arrivons pas à mieux articuler l’action de ces différents dispositifs, nous ne pourrons pas avoir une réponse satisfaisante ou adéquate.

    La Minusma aujourd’hui, ce sont quelque 12 000 casques bleus au Mali. Faut-il, comme le demande le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, quelque 2 500 hommes supplémentaires ?

    Honnêtement, je ne pense pas que le problème de la Minusma soit aujourd’hui un problème d’effectifs. Je pense qu’il y a un problème de doctrine d’emploi des forces. Les règles d’engagement ne sont pas harmonisées parce que nous avons des contingents qui viennent de plusieurs pays, et à ma connaissance, ils n’ont pas les mêmes règles d’engagement, si bien que leur présence quelquefois n’est pas très productive. Donc moi, honnêtement, je pense que le premier problème à régler, c’est d’abord celui de la doctrine d’emploi des forces de la Minusma, et de leur articulation avec les forces nationales et régionales.

    C’est-à-dire qu’il ne faut pas laisser aux forces françaises de Barkhane le monopole de la traque des jihadistes ? Il faut que les casques bleus de la Minusma y participent ?

    Oui, sinon leur présence ne serait pas très compréhensible. Et à plus forte raison, le renforcement de leurs effectifs.


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