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    Les déboires de la Deutsche Bank dangereux pour l’Europe?

    REUTERS/Kai Pfaffenbach/Files

    La plus grande banque allemande, la Deutsche Bank, est-elle oui ou non capable d'honorer l'amende record que lui a imposée la justice américaine ? Cette question affole les marchés depuis le début de la semaine.

     

    La Deutsche Bank a été condamnée aux États-Unis à une amende de 14 milliards d’euros pour ses frasques d’avant 2008, à l’époque où elle jonglait avec les subprimes. A priori elle a les moyens d’honorer cette pénalité qu’elle compte négocier à la baisse. Pourtant, son action a plongé cette semaine, faisant craindre le pire, comme si ce mastodonte allait s’effondrer à l’instar de Lehman Brothers.

    Le gouvernement allemand et le patron de la banque sont montés au créneau pour démentir les rumeurs : il n’y a pas de plan de sauvetage en vue, ont-ils affirmé, parce qu’il n’y en a pas besoin. Les investisseurs se sont alarmés surtout à cause du contexte européen : la santé des banques italiennes les préoccupe depuis le début de l’année. Avec les ennuis de la Deutsche Bank, ils réalisent qu’il y a un danger dans toute l’Europe.

    Les banques disent souffrir des taux d’intérêt maintenus au plancher par la Banque centrale européenne

    C’est vrai que dans ces conditions elles ont aujourd’hui plus de mal à dégager des profits en faisant du crédit. Mais accuser Mario Draghi est un peu rapide. On oublie qu’il a mis en place cette politique accommodante non pour punir les banques, mais d’abord pour ranimer la croissance.

    Le vrai problème des banques européennes, selon Alexandre Baradez, analyste marché chez IG, c’est qu’elles sont dimensionnées pour évoluer dans des économies en croissance forte, de l’ordre de 2 à 3 %, or la croissance demeure anémique. À cela s’ajoute la concurrence des nouveaux venus issus de l’univers numérique et des contraintes réglementaires de plus en plus fortes. Résultat, il y a aujourd’hui trop de banques en Europe par rapport à la demande réelle.

    Certaines banques en ont pris acte et ont entamé un régime minceur

    La Deutsche Bank prévoit de supprimer 9 % de ses effectifs et de se retirer d’une dizaine de pays. Ce matin, Commerzbank, une autre banque allemande, a annoncé un vaste plan de restructuration. Mais pour assainir le secteur, il faudra bien d’autres efforts.

    Des fusions peut-être, pourquoi pas des banques transnationales comme l’a suggéré le gouverneur de la banque de France ? Se pose aussi la question du sort des plus fragiles. Celles qui croulent sous les créances douteuses et qui auraient dû déjà fermer les guichets si elles n’étaient pas soutenues par des fonds publics.

    La tourmente de la Deutsche Bank fait donc planer sur l’Europe le risque d’une nouvelle crise financière ?

    Ce risque est minime, estime une majorité d’analystes bancaires. D’abord parce que la Deutsche Bank peut vendre des actifs pour faire face, ce qu’elle a commencé à faire. Ensuite parce que l’Europe a mis en place des pare-feu. Elle peut aussi recevoir l’appui de son gouvernement dont les coffres sont remplis à ras bord. Mais cette option a déjà été exclue par Angela Merkel. Aider une banque est devenu politiquement incorrect, cela équivaut à se compromettre pour les partis extrémistes qui ont aujourd’hui le vent en poupe en Allemagne.

    Tant que les marchés ne seront pas fixés, subsiste donc un risque de crise systémique, estiment certains analystes. Un risque évident, selon Christophe Nijdam, le secrétaire général de l’ONG Finance Watch. « Deutsche est un vrai souci, rappelle cet ancien analyste bancaire, car son bilan est trois fois plus important que celui de Lehman, et les produits dérivés hors bilan de Deutsche, c’est vingt fois la taille du PIB de l’Allemagne ». Sa conclusion : « Huit ans après Lehman, on n’a rien résolu et on a un problème beaucoup plus gros sur les bras ».

     


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