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    Jean Ping sur RFI: Ali Bongo «procède à un hold-up militaro-électoral» au Gabon

    Le leader de l'opposition gabonaise Jean Ping, lors d'une conférence de presse, deux jours après la réélection d'Ali Bongo, le 2 septembre 2016. STEVE JORDAN / AFP

    Au lendemain de la présidentielle du 27 août, le Gabon est confronté à une crise post-électorale. Jean Ping a demandé jeudi 29 septembre à la communauté internationale de « prendre des sanctions ciblées » contre les responsables de ce qu'il appelle un « coup d'Etat militaro-électoral », réaffirmant qu'il ne « reconnaîtrait pas le pouvoir d'Ali Bongo ». Jean Ping sort de son silence. Est-il « KO debout » ? A-t-il cru réellement pouvoir accéder au fauteuil suprême ? Quel va être sa stratégie désormais ? Quelles initiatives va-t-il prendre ? A toutes ces questions, Jean Ping répond ce matin.

    RFI : Certains vous disent KO, sonné. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? KO ou combatif ?

    Jean Ping : Je ne peux pas être KO. On ne peut pas être KO quand on sait qu’on a le peuple avec soi, le droit avec soi et la communauté internationale avec soi. On ne peut pas être KO.

    Vous appelez chacun à la résistance active, c’est-à-dire ? Des grèves nationales ? Des journées « ville morte » ? Des marches ? Qu'est-ce que cela veut dire ?

    Ça veut dire, tout simplement, que nous avons en face de nous quelqu’un qui a usurpé les résultats des élections, qui a fait un coup d’Etat militaro-électoral, qui a pris le pouvoir, qui veut le conserver encore sept ans. Ça veut dire 57 ans de pouvoir. Et ils utilisent tous les moyens pour y arriver. Et je crois que, cette fois-ci, le peuple ne veut plus de ça.

    Le nouveau Premier ministre Issoze-Ngondet a annoncé la formation d’un gouvernement d’ouverture, en direction des partis et de la société civile. Ne craignez-vous pas qu’il débauche certains qui vous ont rallié ?

    Oh, mais c’est certain, c’est certain ! Ça se passe toujours comme ça, ici comme chez vous ! Ça se passe toujours comme ça. Il va à la pêche, il va « pêcher » les gens. Nous le savions depuis le départ. Il n’y a rien d’étonnant à cela.

    Aujourd’hui, vous dites quoi ? « Je suis le président, le mandat d’Ali Bongo va s’achever » ? Ne placez-vous pas ainsi le Gabon dans une impasse totale ?

    Non. Moi, je ne place pas le Gabon dans une impasse totale. C’est lui qui place le Gabon dans une impasse totale. Il n’a pas gagné les élections, il le sait. Il procède à un « hold-up » militaro-électoral, il cherche à se faire légitimer par tous les moyens, voilà.

    Vous annoncez organiser un dialogue inclusif. Avec qui ? C’est-à-dire ?

    C’est simple : le dialogue est quelque chose qu’on ne peut pas négliger. Surtout lorsque le pays traverse une crise aussi grave. Je pense simplement que le dialogue doit être organisé par celui qui a gagné les élections, avec tous les Gabonais. Pas par celui qui n’a pas gagné et qui cherche un dialogue juste pour se faire légitimer ! Et de surcroît, il vous appelle au dialogue revolver sur la tempe, les Mirage qui terrorisent les populations à basse altitude, les hélicoptères d’attaque, les emprisonnements, les tueries... Est-ce un dialogue, ça ? Ce n’est pas un dialogue !

    Diriez-vous qu’Ali Bongo ne tient pas compte de vos 47 % de voix ?

    Ali Bongo ne tient pas compte de ma victoire ! Quels 47 % des voix ? Les 47 % des voix qu’il a annoncés et préfabriqués ? Vous connaissez la vérité ! Donc, ne nous dites pas des choses qui sont contraires à la vérité.

    Ecartez-vous toute violence, M. Jean Ping ?

    La violence est pratiquée par Ali, pas par nous ! Vous étiez ici à Libreville. Les avions à réaction qui volent à basse altitude, c’est contre qui ? Les hélicoptères d’attaque, c’est contre qui ? Les arrestations arbitraires, c’est contre qui ? Les morts qui ne cessent de s’accumuler, c’est contre qui ? Il y a une volée de violence disproportionnée de l’Etat. Nous, nous n’avons tué personne, nous n’avons pas d’armes.

    Aviez-vous pensé sincèrement, à un moment donné, pouvoir gagner l’élection et qu’Ali Bongo quitterait le pouvoir ?

    Bon, nous l’avons réellement pensé. Nous avons pensé que, pour une fois, il pourrait céder à la volonté populaire unanime. Mais nous connaissons l’homme. Il a voulu en 1985 se faire proclamer prince héritier, faire passer le président Bongo pour un roi. Et il est dans cette posture. Il pense qu’il va régner à perpétuité sur le Gabon et, après lui, ce sera son fils. Mais on n’entre pas au XXIe siècle à reculons. Tous ceux qui ont tenté de jouer à ce jeu-là ont fini par perdre. Qu’ils s’appellent Idi Amin Dada ou tout ce que vous voulez.

    La communauté internationale vous a conseillé lourdement de déposer des recours devant la Cour constitutionnelle. Vous l’avez fait. Le regrettez-vous aujourd’hui ?

    Oui et non. Non, parce que si nous ne l’avions pas fait, la communauté internationale nous aurait accusés de ceci ou de cela, de ne pas vouloir respecter les règles. Nous l’avons donc fait en pensant que la communauté internationale jouerait à son tour son rôle. Et ça n’a pas été le cas. Nous pensons que la communauté internationale doit maintenant jouer son rôle.

    Diriez-vous que vous avez été dupe à un moment donné ?

    Non, je viens de vous dire ! Dupe, ce n’est pas le mot qui convient. La communauté internationale nous a forcé la main en nous disant : cette fois-ci, ça pourrait bien se passer. Nous avons dit oui, parce que les communiqués de la communauté internationale sont clairs, les engagements pris étaient clairs. L’Union européenne a fait tout ce qu’elle pouvait et, malheureusement, ce que nous craignions est arrivé ! Nous, qui connaissons ces gens et nous, qui avons dit que la Cour constitutionnelle, c’est la tour de Pise qui penche toujours du même côté.

    Je retire le mot « dupe ». Pourrait-on dire que vous avez été à un moment donné ou que vous êtes aujourd’hui – pardonnez-moi l’expression – le « dindon de la farce » ?

    Vous pouvez employer tous les mots que vous voulez, vous pouvez employer tous les mots que vous voulez... Nous savons simplement que la direction qu’on nous a demandé de prendre n’était pas la bonne. Nous avons fait ce qu’on nous demandait de faire. Aux autres de faire ce qu’ils ont promis de faire.

    Le Gabon se réveille coupé en deux ?

    Non, le Gabon n’est pas coupé en deux ! Le Gabon, c’est le Gabon, avec une bande de voyous qui ont pris le Gabon en otage. Et la population gabonaise dans son ensemble est en danger. Elle appelle la communauté internationale à une assistance à population en danger. Voilà, c’est clair.


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