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    Pas de 3e mandat pour le président mauritanien: les doutes de Ely M.Vall (opposition)

    Ely Ould Mohamed Vall, ancien chef d'Etat mauritanien. Actuellement leader de l'opposition. Ici, lors du 23è sommet France-Afrique en décembre 2005 à Bamako au Mali. Gilles Bassignac/ gettyimages.fr

    En Mauritanie, une réforme constitutionnelle est à l'ordre du jour, mais le président Mohamed Ould Abdel Aziz s'engage à ne pas toucher à l'article qui l'empêche de se présenter à un troisième mandat en 2019. Qu'en pense l'opposition ? Ely Ould Mohamed Vall connait bien Mohamed Ould Abdel Aziz. En 2005, les deux officiers ont pris le pouvoir ensemble, au terme d'un putsch éclair. Depuis, les deux hommes se sont sérieusement brouillés. De passage à Paris, l'ancien président Ould Mohamed Vall répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Ely Ould Mohamed Vall, le président Abdel Aziz a déclaré la semaine dernière qu’il ne profiterait pas de la révision constitutionnelle à venir pour faire sauter le verrou des deux mandats. Est-ce que ça vous rassure ?

    Ely Ould Mohamed Vall : Non, ça ne me rassure pas du tout. Croyez-moi, j’irais plus loin pour dire que je n’y crois même pas. Parce qu’en 2008, la personne que vous nommez a mis en cause les accords de Dakar, et les a sabordés, et a refusé systématiquement de les respecter. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi une promesse de plus ou une déclaration de plus changerait des choses en ce qui concerne ce qu’il fait et ce qu’il dit.

    C’est vrai que le porte-parole du gouvernement mauritanien, Mohamed Lamine Ould Cheikh, a dit que la question d’un éventuel troisième mandat était à l’ordre du jour, mais le président Abdel Aziz a déclaré la semaine dernière qu’il respecterait l’engagement pris lors de sa dernière prestation de serment en 2014, à savoir la limitation constitutionnelle des mandats.

    Croyez-vous un seul instant que le ministre de la Justice du gouvernement, de la personne que vous citez, que le Premier ministre du même gouvernement, que le ministre de l’Information, qui répètent à longueur de journée pendant deux mois ou trois mois que la Constitution n’est pas sacrée, qu’il faut l’ouvrir, vous croyez qu’ils peuvent le faire d’eux-mêmes ? Vous pouvez croire un seul instant ce qu’ils peuvent d’eux-mêmes ? Si ce n’était pas un double langage, un double jeu, et une tentative de sonder les possibilités d’aller dans ce sens, aucun d’eux n’aurait pu le déclarer de la manière dont ils l’ont déclarée.

    Toujours dans ce projet de révision constitutionnelle, le pouvoir propose de remplacer le Sénat par des conseils régionaux et de supprimer la Haute Cour de justice et le Haut Conseil islamique.

    Ce que je pense, c’est que le Sénat aujourd’hui est l’élément le plus opposé à toute tentative de toucher à la Constitution. C’est pourquoi il est dans le collimateur du pouvoir aujourd’hui. Il faut s’en débarrasser pour pouvoir aller dans le sens d’une domestication des institutions. Je pense que, ce qui est aujourd’hui la réflexion au niveau du pouvoir, c’est tout simplement d’aller vers l’élection d’une Assemblée [nationale ; NDLR] à la botte et une Assemblée dont la majorité est totalement maîtrisée par le parti-Etat, et avec une telle Assemblée, faire un référendum qui lui permettra de se maintenir au pouvoir, ou qui lui permettra de s’organiser, de manière à ce que toute personne qu’il fera arriver au pouvoir, il puisse en tirer les ficelles comme il l’entend et de la manière qu’il veut.

    Vous évoquez un éventuel dauphin du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Vous pensez qu’il l’a déjà choisi ?

    Non, je pense que ce doit être quelqu’un sans envergure, sans ambition et dont le pouvoir va être limité par une majorité à l’Assemblée et par une maîtrise des dispositifs sécuritaires qui resteront aux mains de celui qui est au pouvoir aujourd’hui et pas autre chose.

    Ce sera le scénario Poutine-Medvedev ?

    Je pense que ce sera beaucoup moins respectable que ça.

    Toujours dans ce projet constitutionnel, le pouvoir veut maintenir la limite d’âge à 75 ans, ce qui empêchera les opposants Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir de se présenter à la présidentielle de 2019. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

    De toute façon, qu’ils puissent se présenter ou qu’ils soient empêchés par la Constitution, c’est tout à fait égal parce que le jeu est d’avance biaisé.

    A la présidentielle de 2009 vous étiez candidat et vous étiez en concurrence avec *Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir. Si vous vous représentez en 2019, ils ne seront plus un obstacle sur votre chemin. N’est pas une bonne nouvelle pour vous ?

    Permettez-moi de vous dire qu’aujourd’hui mon ambition ce n’est pas d’être candidat à ceci ou d’être candidat à cela. Mon ambition aujourd’hui, avec toute l’opposition, avec tous les Mauritaniens qui sont conscients de la situation dans notre pays, c’est de trouver d’abord une solution politique pour notre pays.

    Vous n’irez pas à la présidentielle de 2019 sans une ouverture politique de la part du pouvoir. Qu’est-ce que vous lui demandez ?

    Il faut revenir à la table avec tous les Mauritaniens, et se mettre d’accord sur un projet de société clair et net pour qu’on mette en place les instruments pour la mise en œuvre de ce projet dans la transparence la plus absolue, et qui puisse produire demain ou après-demain pour les autorités l’effet de légitimité et de légalité pour tous les dirigeants de notre pays. Voilà la question qui se pose pour nous aujourd’hui.

    Quels sont les « nouveaux instruments » ? C’est une administration neutre, une justice indépendante ?

    C’est d’abord l’administration territoriale, qu’elle ne soit pas aux mains d’un pouvoir donné qui peut instrumentaliser, dans un pays rural et dans un pays arriéré politiquement et arriéré économiquement, où l’administration du gouverneur et l’administration centrale sont à même de faire pression sur les chefferies traditionnelles, les chefs de village. Deuxièmement, c’est l’administration centrale qui est détentrice des moyens de l’Etat. Il faut engager un processus où l’Etat est totalement neutre et transparent.

    Ely Ould Mohamed Vall, comme beaucoup d’autres opposants, vous allez donc boycotter les législatives anticipées qui sont annoncées dans les mois à venir. Mais le parti islamiste Tawassoul de Jemil Ould Mansour va sans doute y aller. Est-ce que vous ne risquez pas de tomber dans les oubliettes au profit de ce parti islamiste qui est déjà la deuxième force politique à l’Assemblée nationale ?

    Un homme politique raisonnable, dans notre pays aujourd’hui, ne peut pas envisager d’aller dans une élection unilatérale qui est faite par le régime. Je pense que les Mauritaniens sont suffisamment intelligents pour ne pas permettre que cette situation continue, qu’elle se complique.

     


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