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    Jean-Hervé Jézéquel: l’Etat malien «n'est plus en capacité d’assurer la sécurité» du pays

    Jean-Hervé Jézéquel. Source: crisisgroup.org

    Jean-Hervé Jézéquel est le directeur adjoint de l’International Crisis Group (ICG), une organisation indépendante qui mène des analyses sur les pays en situation de conflit. Il est notamment en charge des pays du Sahel, et plus particulièrement du Mali. Evolution et recomposition de la menace terroriste, impact des opérations militaires, manque de dialogue : un an après l’attaque de l’hôtel Radisson, à Bamako, il répond aux questions de David Baché.

    Un an après l’attaque du Radisson Blu, le 20 novembre 2015, revendiqué par le groupe islamiste Al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmoktar, pour le compte d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), jusqu’où les enquêteurs maliens ont-ils pu remonter le réseau des organisateurs ?

    Jean-Hervé Jezequel : Il y a eu un certain nombre d’arrestations qui ont été faites suite aux évènements de l’année dernière à Bamako. En fait, toute une série d’actions ont été menées, pas simplement sur les auteurs de cette attaque, mais également sur d’autres groupes, notamment la katiba d’Ansar Dine qui était active dans le sud du Mali, qui a été en grande partie démantelée, et également des arrestations qui ont eu lieu au centre du Mali sur cette fameuse katiba Macina qui avait fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps. Du côté des services maliens et aussi des forces internationales, il y a eu des actions, des gens ont été repérés. Il y a eu des arrestations.

    Un élément nouveau depuis le Radisson Blu, c’est l’extension et la multiplication des attaques jihadistes dans le centre du Mali depuis un peu plus d’un an, mais surtout ces derniers mois ?

    Je pense que c’est un phénomène qu’il est important de souligner. Au fond, il y a une transformation de ces groupes qui aujourd’hui investissent les espaces ruraux, investissent de nouvelles zones, sont toujours très présents au nord du Mali, de plus en plus présents au centre du Mali. Donc ils forcent au fond les forces nationales maliennes et également les forces internationales à consacrer beaucoup de ressources, beaucoup d’énergie à protéger leur base en milieu urbain. Et pendant ce temps, ils ont une liberté de mouvement dans les espaces ruraux qui devient de plus en plus forte. Ils s’installent dans ces espaces négligés par l’Etat, des espaces peu sillonnés également par les forces internationales qui n’y font que des patrouilles épisodiques.

    Ces attaques dans le centre du Mali sont le plus souvent revendiquées ou attribuées à Ansar Dine et au Front de libération du Macina. Que savez-vous de l’état des forces de ces deux groupes ?

    Au centre du Mali, on a toute une diversité de groupes en armes qui sont actifs. On a des milices à base ethnique, on a des groupes radicaux de différentes obédiences, on a des milices d’autodéfense. Tous ces groupes sont l’expression d’un même problème : l’Etat n’est plus en capacité aujourd’hui d’assurer la sécurité, la gestion pacifique des tensions autour de l’accès à la terre par exemple. Et donc ces groupes armés profitent des tensions au centre du Mali et s’y investissent. Les groupes radicaux, se revendiquant du jihad, ne sont qu’une des composantes des multiples groupes armés qui viennent concurrencer l’Etat dans cette partie du Mali.

    Le groupe Al-Mourabitoune, qui avait revendiqué l’attaque du Radisson Blu au nom d’Aqmi, s’est depuis coupé en deux. Abou Walid el-Sahraoui a fait dissidence et rallié le groupe Etat islamique. C’est une nouvelle menace qui s’ajoute ou est-ce que c’est juste des cartes qui se redessinent ?

    Je pense que ce sont les cartes qui se redessinent. Ce n’est pas véritablement une nouvelle menace. Disons que ça fait déjà plusieurs années qu’on voit ces groupes se scinder, se retrouver au gré des intérêts des gens qui les dirigent. Ce qui est important au fond, c’est de voir que ces groupes ont gardé une forte capacité à faire deux choses : d’abord à s’ancrer dans le local, à profiter des conflits locaux. On le voit pour ces nouveaux groupes de l’Etat islamique à la frontière entre le Mali et le Niger qui profitent au fond de la très mauvaise intégration de certaines populations nomades, en particulier des Peuls d’origine nigérienne, qui sont en difficulté avec leur propre Etat, mais aussi qui ne trouvent pas leur place dans le territoire malien ; puis d’autre part, leur capacité à se greffer sur des dynamiques plus globales. L’organisation de l’Etat islamique cherche en Afrique subsaharienne de nouveaux relais. Ces groupes au Mali se greffent également à cette dynamique venue de l’extérieur.

    Et est-ce que le groupe Etat islamique pourrait doter Abou Walid el-Sahraoui de moyens supplémentaires concrètement pour mener des attaques ?

    L’Etat islamique est entré en contact avec ce groupe-là il y a plus d’un an, à la frontière entre le Mali et le Niger. A l’époque, il n’avait pas choisi de le soutenir, de lui donner des moyens. Cette année, les choses ont changé. Peut-être que l’Etat islamique, notamment dans sa partie libyenne, est soumis à plus de pression, cherche peut-être des portes de sortie ou à soutenir des groupes ailleurs en Afrique subsaharienne. Donc oui, sans doute apporte au moins en tout cas un soutien moral, officiel, à ce groupe-là. Après, quand on regarde les activités de ce groupe, les moyens qu’il utilise, on le voit dans l’attaque de la prison de Koutoukalé au Niger récemment [le 17 octobre], c’est des moyens relativement faibles, des motos, quelques kalachnikovs et des RPG [lance-roquettes].

    L’armée malienne et la force française Barkhane sont en charge de la lutte antiterroriste au Mali. Selon vous, efficacement ?

    Oui, il y a une certaine efficacité à court terme ou périodique, c’est-à-dire qu’on élimine des têtes. Mais il faut bien se rendre compte que, au fond, le problème persiste et qu’il s’étend. Aujourd’hui, on n’arrive pas au fond à embrayer au-delà de la réponse militaire. Cette réponse militaire a un impact dans le court terme, mais elle n’est pas relayée au fond notamment par une réponse politique. Un grand nombre de ces groupes-là sont des groupes qu’on aurait pu associer un peu plus tôt à la négociation politique. On l’a fait un tout petit peu en acceptant qu’un certain nombre de dirigeants d’Ansar Dine passent dans des groupes tels que le HCUA [Haut conseil pour l'unité de l'Azawad]. Mais au fond, beaucoup de groupes sont restés en dehors des négociations et le processus politique, lui, n’est pas suffisamment étendu pour être efficace. On s’en tient encore trois ans après l’intervention française à une solution d’ordre militaire qui, je le répète, à une efficacité dans le court terme, mais qui n’offre pas de perspective à moyen ou plus long terme.

    → A lire aussi : [Reportage] Un an après l'attaque, le Radisson de Bamako affiche complet

     


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