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    H. Touati (historien): il faut «désacraliser la langue arabe» à l'école en Algérie

    Houari Touati, historien, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris (Capture d'écran). youtube

    Comment réformer l'école en Algérie ? Des intellectuels algériens ont récemment relancé le débat en publiant une tribune dans plusieurs journaux, notamment Le Monde et Le Soir d'Algérie. Ils y dénoncent le poids de la religion dans l'enseignement public, qui se fait en langue arabe classique. Une langue arabe mal assimilée par les élèves ce qui a un impact négatif sur leur apprentissage des autres matières. Houari Touati, historien, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, co-rédacteur de cette tribune, est l'invité d'Anthony Lattier.

    RFI: Houari Touati, un rapport publié cette semaine, le rapport PISA sur les compétences scolaires des élèves de 15 ans dans les pays de l’OCDE et dans les pays associés place l’Algérie parmi les derniers. Ça veut dire que les résultats des élèves sont mauvais. Comment vous l’expliquez ?

    Houari Touati : Oui l’enquête PISA classe l’Algérie à l’avant-dernière place - 69ème place sur 70 - ce qui montre bien que le système éducatif algérien ne fonctionne pas comme il se doit.

    Pour vous et pour les intellectuels qui ont signé avec vous cette tribune, l’un des problèmes, le problème même fondamental, c’est la langue arabe. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quel est le problème ?

    Le problème n’est pas tout à fait celui de la langue arabe en tant que langue. Tous les systèmes éducatifs utilisent leur langue nationale. Ce qui dans le cas des pays arabes est un peu compliqué parce que la langue de l’école n’est pas tout à fait la langue utilisée au quotidien. Mais le problème que nous posions dans ce texte est celui du poids religieux qui pèse sur la langue et de manière générale sur le système éducatif dans son ensemble.

    Si nous voulons changer les choses positivement dans l’école algérienne, mais dans l’école de tous les pays arabes, il est absolument nécessaire de désacraliser la langue. Et nous montrons de façon historique que la langue arabe n’est pas une langue sacrée. C’est une langue qui est utilisée dans le sacré, une langue utilisée dans le Coran, mais la langue arabe est aussi la langue liturgique de plusieurs églises chrétiennes arabes elles-mêmes. Si elle est sacrée elle ne l’est pas uniquement pour les musulmans.

    Comment il se manifeste, ce poids religieux ?

    Le poids religieux se manifeste de deux façons. Comme vous le savez, dans les pays arabes aujourd’hui la religion est dans l’espace public ; elle a un poids politique et idéologique. Je ne parle pas de son poids religieux qui n’a pas posé problème. Ça n’a commencé à poser problème que lorsque la religion s’est idéologisée et s’est politisée.
    Cette idéologisation et cette politisation de la religion a envahi tout l’espace social et par la même occasion, a envahi l’école de plusieurs façons. La plus immédiate c’est les cours d’éducation religieuse qui souvent ressemblent à des cours de propagande religieuse, plutôt que d’explication des fondamentaux de la religion. Et je pense que ce poids de la religion telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui par une grande partie des arabes et des musulmans sunnites, ce que nous appelons dans le texte le néo-salafisme, c’est une forme très pauvre de religion qui s’appuie essentiellement sur les traditions prophétiques. Or, cette forme de religion est absolument hostile à tout ce qui est rationnel et elle repose sur la mémorisation.

    Pas d’esprit critique ? Pas de réflexion ?

    Pas d’esprit critique, pas de réflexion. Et sur le plan dogmatique elle ne connaît que ce qui est licite – c’est-à-dire ḥalāl – et ce qui est illicite : harām. Donc elle a créé une dogmatique binaire qui est absolument étrangère au système normatif de l’islam classique, qui est aujourd’hui complètement en crise.

    Et ça se traduit à l’école par une volonté d’apprendre par cœur et de ne pas forcément réfléchir sur ce qu’on fait ?

    En grande partie. Je pense que le fait qu’on ait une forme d’expression de la religion qui empêche le raisonnement rationnel, qui empêche l’examen critique, qui empêche les enfants de réfléchir, c’est ces difficultés-là que nous voulions soulever, en disant qu’il ne faut pas craindre de toucher à la religion et de toucher à la langue - la langue arabe - parce qu’elle est considérée comme sacrée. C’est le même débat qui a lieu en Tunisie ou au Maroc et dans un certain nombre de pays d’Afrique sahélienne.

    Qu’est-ce qu’il faudrait faire alors ?

    La solution c’est de déconnecter la langue arabe littéraire de la religion et de discuter du poids des langues étrangères, en particulier du français, dans le système éducatif algérien.


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