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    Adrien Absolu: en Guinée, «il y a eu beaucoup de fantasmagories autour d'Ebola»

    Les forêts profondes, paru aux Editions JC Lattès, sur l’épidémie Ebola. DR

    C’est un livre qui se lit comme un roman à suspense. Les forêts profondes raconte l’apparition du virus Ebola en Guinée-Conakry, et la course contre la montre qui s’est engagée pour l’endiguer. Son auteur, Adrien Absolu, est chef de projet à l’Agence française de développement (AFD). Il s’est rendu plusieurs fois en Guinée avant et pendant l’épidémie. Il est l’invité d’Anthony Lattier, ce dimanche 18 décembre.

    RFI : Pourquoi vous avez voulu raconter l’histoire de l’apparition, de l’indentification et aussi de la riposte à ce virus Ebola. Est-ce que c’est parce que on a déjà oublié ?

    Adrien Absolu : Il m’a semblé que ce qui c’était passé en Guinée durant l’année 2014, pour l’essentiel, était vraiment quelque chose d’extraordinaire dans tous les sens du terme, et qu’il y avait là un matériel un peu romanesque pour ainsi dire. C’est vrai, j’ai eu la chance ou l’opportunité d’être témoin d’un certain nombre de situations, de réactions, d’actions, de la part de tous les acteurs qui sont impliqués dans la lutte contre Ebola. J’ai essayé d’écrire un ouvrage qui réconcilie un peu tous ces points de vue pour essayer de donner cette vision globale à ce qui s’est passé en Guinée, en 2014.

    Aussi peut-être pour rétablir la vérité ?

    Effectivement, j’ai essayé de rétablir un certain nombre de contrevérités, il y a eu beaucoup de fantasmagorie autour de l’épidémie Ebola. On a vu par exemple avec des réactions irrationnelles, les équipages Air France qui refusaient de se rendre en Guinée. Pour un steward ou un commandant de bord, le risque de contracter Ebola en voyageant vers Conakry est nul. Il y a eu vraiment des réactions tout à fait disproportionnées et qui ont été en fait très préjudiciables à la riposte internationale. Par exemple, quand des lignes aériennes ferment, ça complique l’acheminement du matériel, ça ralentit l’arrivée des humanitaires etc.

    Puis sur place, l’histoire d’Ebola, c’est aussi le savoir scientifique, les procédures venues d’en haut qui se heurtent à des croyances, à des pratiques ancestrales. Est-ce que là vous diriez avec le recul que des erreurs ont été commises ?

    Il faut savoir que l’épidémie Ebola a émergé en Guinée forestière qui est une région extrêmement pauvre et enclavée de Guinée, avec des croyances animistes, beaucoup de rituels liés à la forêt sacrée, au culte des ancêtres etc. Puis dans ce panorama, les humanitaires, les premiers Médecins sans frontière sont arrivés et ont adopté un certain nombre de gestes, de pratiques, qui se justifiaient du point de vue de la santé publique. C’était pour éviter les contaminations. Mais en fait, ces pratiques ne respectaient évidemment aucune des règles en vigueur en Guinée forestière en matière d’organisation des rituels funéraires. Et de ce fait, il y a eu une espèce de collision entre ces différentes cultures qui a abouti à des résistances très fortes de la population et une rupture du contrat de confiance entre les ONG et la population, et des violences ensuite, beaucoup de caillassages d’ambulances, des centres de traitement pris à partie, des jets de pierre etc.

    Sait-on aujourd’hui comment est apparu le virus en Guinée forestière ?

    Non, on n’a pas cette réponse. Cet épisode épidémique en Afrique de l’Ouest était, je crois, le 30e de l’histoire de l’épidémie Ebola qui est apparue pour la première fois en 1976, mais toujours en Afrique centrale. Et la question qui se pose, c’est comment ce virus a parcouru les 3 000, 4 000 kilomètres qui séparent en gros les forêts d’Afrique centrale des forêts d’Afrique de l’Ouest. Donc après, il a diverses interprétations possibles. En fait, on pense que le réservoir de la maladie, il est animalier, notamment les chauves-souris frugivores, qui mangent des petites baies, peuvent être des porteurs sains du virus depuis très longtemps. C’est-à-dire, elles sont contaminées par le virus, mais sans que ça n’engendre de manifestations extérieures de la maladie. On pense que ces petites chauves-souris ont probablement mis un peu de salive sur des mangues. Un jeune enfant a croqué dans une mangue et c’est ainsi que la rencontre fortuite, malheureuse, a eu lieu.

    Comment jugez-vous la réaction de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’ensemble des organisations internationales ?

    Personne ne soupçonnait que la situation de cette épidémie Ebola allait dégénérer. Comme j’ai déjà dit, il y en avait eu au moins 30 cas épidémiques auparavant. A chaque fois, l’épidémie était restée cantonnée à quelques dizaines de cas. Pour autant, tout le monde convient aujourd’hui que l’action de l’OMS n’a pas été efficace. Et d’ailleurs, l’OMS aujourd’hui se réforme en conséquence.

    Et au niveau de la coordination, c’était une coordination inédite. Est-ce que là vous pensez qu’on a tiré aussi des leçons de ce qui s’est passé ?

    Ce défaut de coordination a été probablement préjudiciable à une bonne gestion de l’épidémie, avec parfois des messages contraires qui pouvaient être véhiculés, un défaut de coordination, des pertes en ligne, des frais logistiques inhérents à ce manque de coordination. Puis ensuite, au bout de six mois à peu près, les autorités guinéennes, parce que c’était leur rôle et leur mandat, ont mis en place une cellule de coordination au niveau de Conakry avec un coordinateur national qui répondait directement au président guinéen Alpha Condé. Ce coordinateur s’appelle Sakoba Keita. C’est devenu, c’est vrai, un personnage public en Guinée. Tout le monde le connait. Probablement il n’a pas beaucoup dormi l’année 2014. Et tout le monde a salué la qualité extraordinaire de son travail. Et c’est lui qui a remis un peu d’ordre. Et à ce moment-là, les choses se sont beaucoup mieux déroulées.


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