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    Un accord a été signé ce jeudi entre la Birmanie et le Bangladesh pour le rapatriement des Rohingyas, sur la base de l’accord de 1992 entre les deux pays. Le Bangladesh va devoir envoyer des formulaires remplis par les réfugiés qui précisent leur adresse en Birmanie, et une décharge disant qu’ils reviennent volontairement. Selon le ministère de l’Information birman, la Birmanie acceptera ceux qui pourront présenter des documents d’identification délivrés par le passé par le pays.

    Jean-Claude de l’Estrac: la Francophonie prône «la démocratie et refuse une élection par un coup de force»

    Jean-Claude de l'Estrac. De L'Estrac

    La Francophonie n’est pas un club sans histoires. Témoin le livre Francophonie, le pacte brisé, que le Mauricien Jean-Claude de l’Estrac publie aux éditions du Cherche-Midi. Il y a deux ans, il était candidat au poste de secrétaire général de la Francophonie. Dans ce livre, il raconte les coulisses de cette bataille perdue face à la Canadienne Michaëlle Jean. Il dit aussi pourquoi il est inquiet pour l’avenir de cette organisation. En ligne de Port-Louis, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Ile Maurice répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Qu'avez-vous avez pensé du discours assez anti Donald Trump de Michaëlle Jean, le 26 novembre 2016 à l’ouverture du sommet de la Francophonie à Antananarivo ?

    Jean-Claude de l'Estrac : Elle est dans l’air du temps. Tout le monde fait ça ces jours-ci. Je pense que cette élection de Trump, il y a des inquiétudes qui s’expriment, notamment sur les questions de gestion de la diversité qui est un enjeu essentiel pour la Francophonie. Je trouve qu’elle a eu raison d’évoquer la question. Maintenant, sur le ton, chacun choisit son ton et son moment.

    Elle y est allée assez fort quand même, en tant qu’ancienne gouverneure générale du Canada, elle n’a pas hésité à s’élever contre tous ceux qui veulent ériger des murs. On pense évidemment à ce mur éventuel entre les Etats-Unis et le Mexique.

    Elle vit la voix de la Francophonie. Vous savez bien que la Francophonie a fait de la question de la diversité, notamment culturelle, la gestion de la diversité, une de ses missions essentielles. Et elle a eu parfaitement raison de le souligner. Maintenant, sur le plan de la diplomatie, c’est peut-être autre chose.

    Avec le Congolais Henri Lopes et le Burundais Pierre Buyoya, vous êtes l’un des candidats malheureux à la succession d’Abdou Diouf. C’était il y a deux ans au sommet de la Francophonie de Dakar. Quel regard portez-vous sur la direction de la Francophonie par Michaëlle Jean depuis deux ans ?

    Il y a un certain nombre d’interrogations qui étaient posées déjà au départ sur la vision qu’a Madame Jean effectivement de la Francophonie. Ces interrogations s’étaient exprimées au moment même de son élection, notamment en France où j’ai vu des documents du quai d’Orsay se posant la question de savoir si elle avait effectivement une vision pour la Francophonie. Je ne peux pas répondre à cette question pour l’instant. Elle est à mi-mandat. On ne peut pas dire qu’il y a eu des initiatives marquantes, sauf peut-être on l’a vu devant le Conseil de sécurité [de l’ONU le 7 novembre 2016], ce qui était une première, sur la question de la RDC. Mais pour le reste, et notamment sur le rôle de la Francophonie en termes de stratégie économique, à un moment crucial pour l’Afrique, sur la question de l’industrialisation de l’Afrique, je n’ai pas vu d’initiatives nouvelles.

    Depuis 2013, le budget annuel de l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, est tombé de 85 à 75 millions d’euros. Est-ce que ça vous inquiète ?

    Oui, c’est extrêmement inquiétant. Alors au niveau des contributions des pays, il y a de plus en plus de difficultés à faire en sorte que les pays payent la cotisation. Ensuite, il y a de plus en plus de difficultés à mobiliser des fonds pour des projets. C’est peut-être l’illustration d’un manque d’intérêt pour une organisation dont on ne sait pas très bien où elle veut aller, ce qu’elle est réellement. Elle a le souci de vouloir s’agrandir sans cesse, sans vraiment un droit d’ inventaire de ceux qui souhaitent y adhérer. On est dans un moment de confusion, d’ambiguïté, de manque de réflexion stratégique, dispersion de petits projets que l’on essaye de faire dans l’un ou l’autre pays comme une manière de satisfaire les égos des uns, des autres. Tout cela ne fait pas une grande ambition pour la Francophonie.

    L’élargissement de la Francophonie, hier au Qatar, peut-être demain à l’Arabie saoudite : qu’en pensez-vous ?

    C’est un non-sens. C’est quoi la Francophonie ? Je n’ai jamais compris pourquoi le Qatar, et moins encore l’Arabie saoudite. Heureusement, je crois que ça a été repoussé, ce n’est pas pour tout de suite. Mais ce dont il s’agit, c’est de définir ce que nous voulons être, ce que nous sommes, ce que nous pouvons être, ce qui nous réunit véritablement et quelles sont ces valeurs-là ? Et si tout le monde peut y adhérer, quel est le projet ? Je ne comprends absolument rien à cette volonté d’élargissement permanent sans une réflexion profonde sur la stratégie à mener.

    Dans Francophonie, le pacte brisé, vous dites que votre défaite à Dakar en novembre 2014 est le résultat d’un « coup de force ». Le mot est fort ?

    Il est juste. C’est un coup de force de Hollande puisque ce qui a été annoncé à la séance plénière, c’est-à-dire qu’il y a eu consensus, n’est pas exact. Il n’y a jamais eu de consensus puisque le président Hollande a levé la séance avant que le président mauricien ait eu l’occasion de venir dire : "il n’y a pas de consensus, passons au vote". Ce qui est prévu par la charte de l’organisation. Voilà une organisation qui prêche la démocratie et qui refuse une élection par un coup de force politique.

    Donc aujourd’hui, vous dites que pour l’avenir de la Francophonie, il faudra démocratiser les instances, c’est cela ?

    Absolument. C’est même tout le sens de ce livre. Toutes les organisations internationales passent par la voie des élections pour choisir leur dirigeant. Et pas la Francophonie ? Ils prétendent pourvoir la démocratie.

    Quand vous portez ce regard critique sur les actions de Michaëlle Jean, est-ce que vous tenez les propos d’un mauvais perdant ?

    Pas du tout. Ces critiques que je formule, ce ne sont pas des critiques sur la performance de Madame Jean, mais pour porter un regard sur ce qu’est la Francophonie aujourd’hui. Et en réalité, il est un peu une synthèse de tout ce que j’ai entendu. Pendant une année de campagne, j’ai rencontré les chefs d’Etat africains eux-mêmes, j’ai senti beaucoup de scepticisme, de désillusion dans l’espace francophone à l’égard de l’organisation : est-elle encore utile ? Comment peut-elle se rendre utile ? Quelle est sa valeur ajoutée ? Toutes ces questions se posent et plus particulièrement, au Sud, à l’Afrique et souvent aussi en Asie.

    Dans deux ans, le sommet de la Francophonie en Arménie, vous serez candidat ?

    Non, pas du tout. C’est la raison pour laquelle j’ai fait ce livre. Je dis que je tourne la page. Je fais ce livre pour que la prochaine élection se déroule de manière démocratique.

    Francophonie, le pacte brisé, paru aux Editions du Cherche Midi. DR


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