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    Pierre Puchot: en Tunisie, «on est dans une négation de la période Ben Ali»

    «La chute de la maison Ben Ali», une bande dessinée publiée dans la Revue dessinée et à lire en intégralité sur le site Inkyfada, écrite par le journaliste Pierre Puchot et mise en image par Jean-Paul Krassinsky. Revue dessinée via Inkyfada

    Cela fera bientôt six ans que Zine el-Abidine Ben Ali a quitté la Tunisie, au terme d'une révolution populaire. Son départ a eu lieu le 14 janvier 2011. Mais qu'apprend-on dans les livres d'histoire en Tunisie sur cette journée où tout a basculé ? Le journaliste Pierre Puchot a publié plusieurs enquêtes sur ce sujet dans Mediapart. Il publie cette fois avec Jean-Paul Krassinsky La chute de la maison Ben Ali, une courte bande dessinée dans la Revue dessinée. Elle est à lire en intégralité sur le site Inkyfada. Pierre Puchot est l'invité de RFI.

    J’aimerais commencer par cette déclaration que l’ancien président tunisien Ben Ali vous a faite quand vous l’interrogiez sur cette affaire. Il vous a dit : « Je n’ai pas fui, on m’a influencé pour monter dans l’avion ». C’est étonnant et cela résume bien ce jour, un peu mouvant, où tout aurait pu basculer dans un sens ou dans un autre.

    Pierre Puchot: Oui, c’est ça, c’est-à-dire que tout est parti de la décision de Ben Ali de quitter le sol tunisien. Quand il accompagne sa famille à l’aéroport de Carthage, vers 17 heures, le 14 janvier donc, il ne doit, en fait, que juste les accompagner sur le tarmac et rentrer ensuite au Palais présidentiel. C’est le moment où Ali Seriati - qui est chargé de la sécurité présidentielle - lui dit « Je ne peux plus assurer votre sécurité ». C’est ce qui le pousse donc, avec ensuite les supplications de sa fille, à rejoindre sa famille et à monter dans son avion pour les accompagner jusqu’à Jeddah. Mais Ben Ali a tout à fait l’intention de revenir et ce sont les dénouements ultérieurs qui feront qu’il ne pourra pas le faire. Mais techniquement il n’a pas fui.

    Si l’on remonte un petit peu le fil de ce 14 janvier, c’est un contexte insurrectionnel, avec des manifestations en particulier devant le ministère de l’Intérieur. Et là, un homme va jouer un rôle déterminant, c’est Samir Tarhouni. Qui est-il et qu’a-t-il fait ?

    C’est le commandant de la BAT, la brigade antiterroriste qui – hasard et ironie de l’histoire – est venue en soutien de Ben Ali lors de son coup d’Etat en 1987. Cette fois-ci, il est demandé à la BAT de faire feu sur les manifestants qui stationnent devant le ministère de l’Intérieur sur l’avenue Bourguiba. Samir Tarhouni refuse de faire feu sur ces manifestants et, par la suite, il apprend qu’une partie de la famille de Ben Ali veut partir.

    Apprenant cela, Tarhouni est furieux. Il dit : « Mais comment ? Le pays est à feu et à sang et ces gens-là décident de partir ? Je vais leur demander des comptes ». Il part part donc à l’aéroport où sa femme travaille à la tour de contrôle. Il a, par conséquent, les informations concernant la présence à l’aéroport de la famille de Ben Ali et il décide donc de s’expliquer avec eux et de les arrêter.

    Il les prend en otage, en fait  ?

    Il les prend en otage concrètement. Les choses se font un peu comme ça, sur le fil, sans avoir vraiment décidé de la suite. Néanmoins, une à une, plusieurs compagnies – l’équivalent du GIGN en Tunisie – le rejoignent et lui apportent son aide, ce qui fait que la famille de Ben Ali est effectivement bloquée sur le tarmac, alors qu’elle souhaitait partir.

    Il rallie, vous le disiez, d’autres corps des forces de l’ordre en évoquant des ordres. Mais là, de quels ordres parle-t-il  ? Lui, il a fait cela tout seul ou il était soumis à des ordres  ?

    Bien sûr que non. Il n’a pas agi sur commande. Lui, il l’a toujours affirmé et on n’a toujours pas trouvé traces d’un quelconque ordre dans tous les documents, interrogatoires ou écoutes téléphoniques qui ont été menés ce jour-là.

    C’est donc de sa propre initiative qu’il s’est rendu à l’aéroport et c’est de sa propre initiative qu’il a pris en otage les Trabelsi, un événement important dont a découlé l’issue de la révolution tunisienne. Bien sûr, la révolution tunisienne n’est pas résumable à ce moment-là. C’était une manifestation contre la dictature féroce de Ben Ali qui s’exerçait depuis des années. Néanmoins, elle a permis de se dénouer grâce à cet épisode du 14 janvier qui demeure encore totalement méconnu aujourd’hui.

    Que savent les Tunisiens de ces événements, aujourd’hui ?

    Assez peu finalement puisque c’est le principal problème que pose aujourd’hui cette histoire, d’où l’intérêt d’en reparler. On est toujours dans ce grand flou, dans cette idée que l’armée aurait poussé dans des circonstances un peu obscures, Ben Ali à partir, ou encore que Ben Ali aurait fui la Tunisie. Or, on voit bien que ce n’est pas le cas. On voit bien que cette enquête, étayée, encore une fois, par plusieurs milliers de documents, des dizaines d’entretiens et plus de cinq, six années d’enquête, montre bien qu’il n’en est rien. Cette enquête et le fait qu’elle soit toujours ignorée aujourd’hui en Tunisie. Je rappelle qu’il n’y a pas de version officielle reconnue par l’Etat tunisien sur ce qui s’est passé le 14 janvier. Je rappelle aussi que de jeunes Tunisiens qui, aujourd’hui dans leurs livres d’Histoire, tentent de savoir ce qui s’est passé le jour de la révolution et du départ de Ben Ali, ne trouvent pas d’explications à cette journée. On en reste à des termes flous. Elle pose la question de la mémoire.

    Cette absence de mémoire, aujourd’hui, de la révolution tunisienne correspond bien à l’optique du gouvernement actuel qui, comme mesure assez phare, a réinstauré par exemple la figure de l’ancien dictateur Bourguiba sur l’avenue Bourguiba. C’est-à-dire qu’on est dans une négation d’une partie de la révolution ainsi que de la période Ben Ali dans son ensemble et que l’on voudrait revenir à la période Bourguiba comme si tout cela n’avait pas eu lieu.

    Et qu’est-ce qu’il faudrait faire, alors ? Il faudrait un travail des historiens ? Il faudrait un travail aussi des journalistes dont vous faites partie, mais des journalistes peut-être tunisiens, sur place ?

    Il faut que tout ce travail de mémoire se fasse et soit saisi petit à petit par effectivement les historiens et les universitaires tunisiens pour la faire leur. Il faut peut-être qu’ils montent eux-mêmes leur propre enquête, qu’ils refassent les entretiens avec ces mêmes personnes ou avec d’autres personnes pour aller plus loin, pour essayer d’éclairer encore un peu plus cette journée et faire que cette mémoire dont les Tunisiens aujourd’hui sont dépossédés, devienne leur.

     
     
    ► La chute de la maison Ben Ali est à retrouver sur le site Inkyfada

     


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