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    Un départ et une délivrance…

    Jean Baptiste Placca. RFI

    Au cœur de la nuit, le tyran à la tête de la Gambie depuis vingt-deux ans a accepté, enfin, de rendre le pouvoir au président élu. Il quitte le pouvoir, quelques heures après Obama.

    Magali Lagrange : Double claps de fin ! Le Gambien Yahya Jammeh s’en va, presqu’en même temps que Barack Obama. Une bonne nouvelle et une très bonne nouvelle, est-on tenté de dire…

    Jean-Baptiste Placca : Attention au sacrilège, qui consisterait à traiter Yahya Jammeh dans le même registre qu’Obama ! L’on aurait pu user du même langage pour le Gambien, s’il s’était tenu à sa première inspiration : la reconnaissance claire et définitive de sa défaite. Mais là, il s’en va, comme il est venu. Et comme il a gouverné : sans gloire, et sans panache, hélas ! Ce qu’il faut, ici, saluer, c’est plutôt la prouesse de la Cédéao, la redoutable efficacité du Guinéen Alpha Condé, avec le renfort inestimable du Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce n’était pas évident, et c’est une réelle victoire que ces deux chefs d’Etat ont apporté, tard dans la nuit, à la sous-région ouest-africaine, à l’Afrique. Un succès, aussi, pour le Béninois Marcel Alain de Souza, à la tête de la Cédéao depuis peu, et qui soutenait, il y a tout juste une semaine, que Yahya Jammeh partirait, de gré ou de force. La Cédéao gagne en crédibilité et prend une dimension nouvelle.

    Jerry John Rawlings, ancien président du Ghana, fait une suggestion, paraît-il…

    Celui qu’on appelait, autrefois, le Sankara des anglophones, soutient que la Cédéao, après la Gambie, devrait aider l’Union Africaine à envoyer quelques contingents au Cameroun, pour une mission identique... Sous prétexte que Paul Biya et lui seraient arrivés au pouvoir à peu près à la même période – lui, en 1981, et Biya en 1982 –, et que lui, Rawlings, a déjà eu cinq successeurs, depuis son départ du pouvoir au Ghana, alors que Paul Biya est toujours là, discréditant, dit-il, le continent avec ses méthodes… on fera l’économie des qualificatifs dont il use. Pour ceux qui croyaient que JJ Rawlings, avec l’âge, avait un peu policé son discours, doivent tomber de haut. A Yaoundé, on préférera sans doute mettre tout cela sur le compte d’une incurable effronterie.

    Bref, réservons l’expression : clap de fin pour l’artiste, le vrai : Barack Obama. Pour Jammeh, nous dirions plutôt : « Ite missa est, Alleluia ! ».

    Soit ! Barack Obama a donc quitté le pouvoir, et c’est une page d’histoire qui se tourne. Peut-on dire que c’est aussi une page de l’histoire de l’Afrique qui se tourne ?

    Comment peut-on ne pas le dire ? S’il est, dans l’histoire des Etats-Unis, le premier président issu de la communauté noire, il est aussi, au sens propre, le premier président africain, de ce pays. C’est aussi pour cette raison que son élection, en novembre 2008, avait tant mobilisé l’Afrique. Avec une ferveur comme le continent n’en avait plus connu depuis la sortie de prison de Nelson Mandela, en 1990. Au moment où Barack Obama rend son habit de lumière, l’Afrique se doit de tirer le bilan de sa présidence, non pas en termes de milliards de dollars déversés par son administration sur le continent, mais du point de vue de la preuve qu’il a faite qu’un jeune Africain bien formé peut gouverner le monde, et valablement.

    Pourquoi donc parlez-vous, à son sujet, de jeune Africain bien formé gouvernant le monde ?

    Barack Obama est Africain, comme l’est, par exemple, un Yannick Noah, ou comme le sont des millions d’enfants métis, d’ici ou d’ailleurs, nés d’un père ou d’une mère venant d’Afrique. Le lien du 44président des Etats-Unis avec l’Afrique n’est pas un lien si lointain. Si son père avait vécu plus longtemps, s’il avait choisi, à un moment de sa vie, de s’installer en Afrique, Obama aurait été un jeune Africain, formé à Columbia University et à Harvard.

    Pour le reste, ce qu’il est, ce qu’il vaut, a été suffisamment jaugé, soupesé, commenté, durant sa première campagne présidentielle. Et c’est le général Colin Powell qui dressera le portrait le plus élogieux jamais fait du futur président : sujet « brillant, structuré, d’une solidité et d’une constance remarquables, avec une impressionnante capacité de jugement ». Et qui a, en plus, franchi les lignes, toutes les barrières culturelles, ethniques, raciales, générationnelles, et a « du style et de la substance », selon le général Powell.

    Huit ans après, le monde, aujourd’hui, doit regarder l’Afrique en ayant un peu à l’esprit que le fils d’un authentique Africain, à la tête de la première puissance de la planète, a gouverné avec classe et compétence.

    Sa gestion est pourtant critiquée par une bonne moitié du pays…

    Oui, parce que le pays a été remis sur les rails, et les amnésiques font semblant d’avoir oublié que ledit pays lui avait été « livré », en janvier 2009, avec une crise comme le monde n’en avait pas connu depuis la Grande Dépression, la crise économique mondiale de 1929.

    Il s’en va et manquera assez vite à l’Amérique. Il manquera aussi au monde, et il manquera à l’Afrique. On peut raisonnablement penser qu’il gardera un œil sur le continent de son père, sur la démocratie en Afrique, et qu’il continuera de veiller sur la façon dont on traite l’Afrique sur l’échiquier diplomatique, pour empêcher que d’autres fassent de mauvaises manières à ce continent. Pour cela, sa seule présence suffira. Un peu comme, naguère, la seule présence de Mandela suffisait à dissuader ceux qui étaient tentés de rajouter du mépris et des réflexions désobligeantes au rudoiement économique qu’ils réservent d’ordinaire à l’Afrique.


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