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    Dr Eric Delaporte (chercheur à l'Inserm) : la vie après Ebola

    Ebola : « les ¾ des rescapés déclarent encore avoir des symptômes plusieurs mois après la fin de l'épidémie. » (Ici, le personnel soignant se protège avant de traiter les malades). inserm.fr

    Plus de trois ans après la découverte du virus Ebola en Afrique de l'Ouest, qui a tué quelque 12.000 personnes, l'heure est au bilan. Et malgré un nombre de décès sans précédent, on recense 17.000 survivants. Les ¾ de ces rescapés déclarent encore avoir des symptômes plusieurs mois après la fin de l'épidémie. Des résultats obtenus grâce au suivi de centaines de personnes contaminées et observées au CHU de Donka, en Guinée, en collaboration avec l'Inserm et l'Institut de recherche pour le développement. Le docteur Eric Delapote, chercheur à l'Inserm, auteur de cette étude, répond aux questions de RFI.

    RFI : Est-ce qu’on peut revenir sur ces chiffres qui ont beaucoup évolué à l’époque ?

    Eric Delaporte : Les trois pays les plus fortement touchés sont la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Il est vrai que les chiffres de Sierra Leone et du Liberia paraissent beaucoup plus importants que ceux de la Guinée pour une raison simple, c’est que dans ces deux pays on a inclus, dans les statistiques, les cas suspects et confirmés. Il y a donc plus de survivants dans ces pays parce qu’il y avait probablement, parmi ces survivants, beaucoup de gens qui n’étaient pas forcément confirmés Ebola. La différence avec la Guinée, c’est que les chiffres sont extraordinairement précis car il s’agissait de cas confirmés par la recherche de virus dans le sang. Selon ces chiffres, il y a eu 3 814 cas dont 2 544 morts et 1 270 survivants à cette épidémie.

    De quoi souffrent exactement ces personnes encore aujourd’hui ?

    Ils souffrent d’un ensemble de symptômes qui sont – il faut le dire – très fréquents puisque ce sont trois personnes sur quatre qui souffrent de symptômes plus ou moins graves.

    La plupart du temps, les patients les tolèrent assez bien mais ce sont à la fois des signes généraux de type fatigue chronique, sur le temps. Dans notre étude, c’est près d’un an après la sortie. On s’aperçoit que la fatigue perdure. Dans 22 % des cas il y a des douleurs abdominales, dans 40 % des cas, ce sont des douleurs musculaires. Il y a des troubles ophtalmologiques, parfois une baisse importante de l’acuité visuelle dans près de 20 % des cas.

    Et puis, il y a des troubles neurosensoriels, type vertige, dans 47 % des cas et puis, à côté, il y a bien sûr des troubles psychologiques de type syndrome dépressif. On voit donc que ces troubles sont variés. Il y a peut-être ceux qui sont liés à un post stress, à un post traumatique. C’est tout ce qui va être autour de la dépression ou encore de la douleur. Et puis, il y a d’autres manifestations cliniques liées - et ça c’est une autre découverte - aux manifestations de l’infection après la phase aiguë qui perdure sur le temps.

    Et qui a été suivi dans cette cohorte ?

    On suit 802 survivants sur les 1 270 officiels de la Guinée. Des adultes et des enfants. C’est cela l’originalité de cette étude, c’est que vraiment tout le monde a été pris en charge, à la fois en Guinée Forestière à N’Zérékoré et à Macenta avec le docteur Savané. Et puis aussi à Conakry, avec le docteur Saliou Sow, Moumié Barry et Abdoulaye Touré.

    On parle de ces symptômes physiques mais il y a également ceux dont ces malades souffraient déjà lorsqu’ils étaient contaminés par Ebola. Je veux parler de la stigmatisation. Est-ce qu’on peut comparer cet isolement observé dans Ebola avec d’autres pathologies comme le VIH par exemple ?

    Oui. De cette stigmatisation, 27 % des survivants s’en sont plaints. Elle a un impact très important comme dans le VIH car en effet, il va y avoir l’isolement, la perte de l’emploi d’où la précarité, la dépression, des douleurs, etc… Donc c’est vrai qu’il y a une stigmatisation mais avec une grande différence par rapport au Sida, c’est qu’il n’y a pas de connotation morale. Dans le Sida, c’est la faute, parce qu’on a « pêché ». Là, non. Il s’agit vraiment d’une stigmatisation sans connotation morale. Mais une fois qu’on a dit ça, stigmatisation c’est toujours la stigmatisation, malheureusement avec les conséquences que cela peut avoir pour la vie privée.

    Est-ce qu’on a observé de tels signes sur les rares survivants des épidémies précédentes beaucoup plus brèves ? C’était en Afrique centrale notamment.

    Oui, en particulier d'après les travaux de Jean-Jacques Muyembe, le professeur de l’INRB [Institut de recherche biomédicale] qui est vraiment la personne clé dans l’histoire d’Ebola, puisque c’est le premier à avoir été sur l’investigation en Afrique centrale, en République démocratique du Congo.

    D’emblée, il s’était aperçu que les rares survivants - rares survivants parce que les épidémies étaient petites et qu’elles étaient villageoises - pouvaient présenter des douleurs chroniques après l’infection, parfois des baisses de l’acuité visuelle, etc. Mais comme les épidémies étaient petites, on avait du mal à quantifier ces effets secondaires mais on savait que potentiellement, à distance, les patients pouvaient encore se plaindre.

    Ce que l’on sait, par exemple, sur les grandes cohortes qui vont être en place en Sierra Leone et au Liberia, de façon similaire à celles de la Guinée, c’est que sur le long terme, les signes vont perdurer - là on est à un an - mais ça diminue avec le temps. Cependant, on n’a pas de date de fin globale de guérison vraiment totale de l’infection.

    L’autre chose très importante sur ces études -  et celle de la Guinée en particulier - c’est qu’on s’est aperçu que le virus, là aussi on le savait de la RDC, pouvait persister dans le sperme. Mais à l’époque, on disait huit semaines après, quelques mois après. Là, on est à 18 mois après la phase aigüe et certains patients avaient encore des traces de virus dans le sperme. On sait également qu’en Guinée, par exemple, lorsqu’il y a eu résurgence, en juin dernier, de l’épidémie, c’était à partir d’un épisode de transmission sexuelle.

    La bonne nouvelle c’est qu’aujourd’hui, avec le temps, le virus a disparu dans le sperme et donc, le risque de transmission sexuelle a disparu. Mais là aussi, c’était une donnée tout à fait nouvelle qui impose des mesures de prévention qu’on ne connaissait pas avant l’épidémie.


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