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    Isabelle Werenfels: en Algérie, «Bouteflika divise pour mieux régner»

    Abdelaziz Bouteflika à Alger, le 15 juin 2015. AFP PHOTO / POOL / ALAIN JOCARD

    Avec l'annonce, le 20 février 2017, de l'annulation à la dernière minute de la visite à Alger de la chancelière allemande Angela Merkel, les inquiétudes sur l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika se sont accrues. Depuis un accident vasculaire cérébral, le président algérien se déplace en fauteuil roulant et ne fait que de rares apparitions publiques. Le président a-t-il préparé sa succession ? Quel sera l'après-Bouteflika ? Qui dirige l'Algérie aujourd'hui ? Pour répondre à ces questions, Isabelle Werenfels, politologue et spécialiste des pays du Maghreb est l'invité de RFI.

    RFI : Un président Bouteflika très malade, mais un pouvoir qui malgré tout existe. Alors ce qu’on appelle le clan Bouteflika c’est quoi, c’est qui ? Des clientélistes, une mafia de généraux, les PDG de grands groupes ?

    Isabelle Werenfels : Ce sont des gens avec une grande loyauté au président et ce sont ceux qui protègent le président contre les adversaires et qui l’aident à maintenir la façade. Et je pense que c’est un mélange de tous ces groupes que vous avez notés. Des membres de la famille, on a surtout le frère. On a des compagnons de la Révolution encore, des personnes de sa région par exemple le chef du FLN Ould Abbes ou Messahel, le ministre pour le Maghreb, l’Union africaine et la Coopération arabe, puis le chef de l’armée Gaïd Salah. On a Ali Haddad, le chef du Forum des entreprises, Ahmed Ouyahia, chef du cabinet, Tartag des renseignements. On a tous ces gens autour du président, mais on n’a aucune idée de qui a le plus de pouvoir et qui a le plus d’accès, sauf que l’on sait que le frère ouvre et ferme la porte. C’est ça les rumeurs au moins. Mais c’est très important de savoir que ces gens sont entre eux dans des luttes de pouvoir surtout en vue de la succession.

    Malgré toutes les hospitalisations, Abdelaziz Bouteflika n’a pas vraiment été contesté.

    Non. Mais je pense que ce qui l’a aidé c’est la situation économique. La rente distribuée est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Il y a beaucoup plus de gens qui en profitent. La situation économique des Algériens - des individus - s’est beaucoup améliorée. Mais ce n’est pas à cause d’une politique sage économique, c’est à cause de la rente pétrolière.

    Le président Bouteflika a toujours voulu prendre sa revanche sur l’armée qui ne l’avait pas laissé arriver au pouvoir à la mort de Boumédiène. Alors quels sont les rapports aujourd’hui entre l’armée et Bouteflika et jouera-t-elle un rôle dans la transition à venir ?

    Je pense que c’est très difficile de savoir le vrai rôle de l’armée. Je pense que l’armée est en même temps une partie du problème et une partie de la solution concernant la transition. Mais je pense, concernant la transition, qu’il y a parmi toutes les élites – soit dans l’armée, soit dans les autres institutions – une minorité qui veut une transition, qui comprend qu’on a besoin de réformes profondes. Mais il y a parmi les élites une majorité qui freine. Parce que, qu’est-ce qu’une transition apporte ? Un Etat de droit, la transparence. Alors beaucoup d’élites ont peur de perdre dans un tel système.

    La question toute bête, mais très compliquée : Bouteflika a-t-il préparé sa succession ?

    Non. Je pense plutôt le 5e mandat. Le frère joue un rôle important. Il y a des gens qui pensent que Bouteflika a voulu que son frère lui succède. Je pense que Bouteflika est, ou était, trop intelligent pour penser que dans un pays avec un esprit si républicain, révolutionnaire, on pourrait instaurer une dynastie familiale. Je pense plutôt que ce qu’on a vu, c’est qu’on a un système divisé pour mieux régner. C’est ça que Bouteflika fait avec tout son entourage. Et les personnes qui sont devenues trop fortes ont dû partir. Par exemple Amar Saadani, l’ex-chef du FLN.

    Alors c’est quoi ? C’est après lui le chaos ?

    Je pense que ce qu’on va voir si le système algérien est un système de personne, d’individu ou un système de structure et de pratique. Et je pense que c’est plutôt un système de pratique, des pratiques clientélistes. Et dans un tel système, une personne peut être remplacée par une autre qui remplit la même fonction.

    Américains et Européens lorgnent sur l’Algérie, sur cet après-Bouteflika. Les uns jouent la stabilité, tandis que les autres joueraient peut-être plus la carte du bouleversement démocratique.

    En ce qui concerne l’Algérie, je ne vois aujourd’hui aucun pays qui est très concerné par la question de la démocratisation. Le paradigme d’aujourd’hui c’est la stabilité. On veut une Algérie stable. Surtout vraiment en vue de sa fonction comme un tampon contre l’immigration subsaharienne. C’est ça la fonction que l’Europe veut pour l’Algérie. Et puis les différences avec les Américains sont dans les nuances. Oui, c’est clair, l’administration Trump ne va pas s’intéresser à des prisonniers de conscience ou la liberté de la presse, l’Etat de droit, etc. Là, je pense que certains Européens – surtout les Allemands, les Scandinaves – vont être un peu plus concernés, peut-être plus concernés que les Français. Mais je ne pense pas que là, on va voir quelqu’un va pousser pour une démocratisation.

    Dernière question qui pourrait être une boutade, mais non… Abdelaziz Bouteflika aura 80 ans le 2 mars. Aura-t-il la force de souffler ses bougies ?

    Oui, ça, c’est une question que je voulais poser à l’entourage de madame Merkel. Mais comme elle ne pouvait pas voyager, on doit attendre les rumeurs qui sortent. Peut-être qu’après la prochaine visite d’un président européen à Alger ou un prochain candidat dans les élections françaises va avoir la chance ou pas de le voir.


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