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    Famine en Afrique: R. Brauman s'interroge sur «la répétition des appels catastrophiques»

    Docteur Rony Brauman, directeur de recherches à la Fondation Médecins sans frontières. Wikimédia Commons

    Quelque vingt millions de personnes sont menacées de famine en Afrique de l'Est, au Nigeria et au Yémen. C'est le cri d'alarme que lance le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres qui réclame une aide d'urgence de plus de 4 milliards de dollars. Mais au-delà de l'urgence, que faire pour qu'il n'y ait plus de famine au 21e siècle ? Le docteur Rony Brauman a présidé Médecins sans frontières de 1982 à 1994. Il est aujourd'hui directeur de recherches à la Fondation Médecins sans frontières et participe aux travaux du Crash, le Centre de réflexion sur l'action et les savoirs humanitaires. Il répond aux questions de RFI.

    RFI : Comment peut-on encore mourir de faim au XXIe siècle ?

    Rony Brauman : Quand on est dans un pays en guerre. Il n’y a plus aujourd’hui de famines qui sont dues à des sécheresses, à des invasions de criquets ou d’infection des récoltes. En revanche, dans des régions qui sont isolées par la guerre, lorsque se conjuguent par exemple comme en Somalie les effets de la sécheresse, des déplacements de populations et d’enclavement de régions qui sont totalement isolées du reste du monde, là on peut mourir de faim. C’est ce qui s’est passé, par exemple, au nord-est du Nigeria l’an dernier dans la province du Borno, où on estime que plusieurs milliers de personnes sont mortes de faim. C’est ce qui arrive dans certaines régions très spécifiques du Soudan du Sud également, probablement de Somalie. Donc, il faut garder en tête que la famine n’est pas du tout un phénomène naturel, bien entendu.

    Au Soudan du Sud, voilà plus d’un an que de nombreuses organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Et pourtant rien n’a été fait, c’est ça ?

    Si. Il y a tout de même un déploiement très important de casques bleus, d’ONG, mais ce genre de mobilisation ne peut pas effacer les conséquences de la guerre. Si demain, les belligérants décidaient de suspendre les hostilités, de trouver un moyen de sortir du conflit, la question serait très rapidement réglée. Mais aujourd’hui, si nous avions les 4 milliards et quelques de dollars que demande le secrétaire général des Nations unies, nous ne saurions pas comment les utiliser. Nous nous heurterions très vite à des goulots d’étranglement, à des impasses, parce que les régions les plus affectées sont aussi les régions qui sont impossibles d’accès.

    Y a-t-il au Soudan du Sud des groupes armés, voire l’armée gouvernementale, qui affament volontairement les populations ?

    Ça c’est difficile à dire, mais disons dans leur impatience de conquérir ou de se maintenir au pouvoir, ils s’autorisent tous les coups. Et donc en se donnant totalement à la guerre, ils acceptent ces conséquences immédiates que sont les déplacements de populations et par conséquent la famine. Donc, appelons ça de l’intentionnalité, de la négligence ou du cynisme. En tout cas, ce sont des catastrophes qui sont produites.
    Cela étant, je crois qu’il faut aussi faire attention à la question des chiffres. Les Nations unies ont parlé de 20 millions de personnes directement menacées par la famine, 1,5 million d’enfants dans un risque mortel à très court terme. Ces chiffres me laissent sceptique. Non pas que je nie l’ampleur de la crise et de ce point de vue, les Nations unies ont raison. En revanche, la quantification qui l’accompagne, elle, elle est beaucoup plus sujette à caution parce qu’on mêle là des populations potentiellement exposées à une famine et d’autres qui sont déjà en train d’agoniser avec des milliers de gens qui sont en train de mourir de faim. Et donc cet agrégat, cette espèce de combinaison de différentes situations n’est pas très éclairante d’une part. Elle brouille plutôt le panorama du conflit et en plus elle a quelque chose d’écrasant. Si 20 millions de personnes sont aujourd’hui susceptibles de mourir de faim, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? L’échelle est bien trop vaste. Personne n’est capable de répondre à une telle situation. Donc là, je trouve que cet appel mériterait d’être nuancé. La répétition de tels appels catastrophiques risque finalement de lasser tout le monde : les Etats, les donateurs, l’opinion publique. Il ne faut pas être dans une situation aussi catastrophiste nécessairement.

    Le gouvernement de Salva Kiir et les rebelles de Riek Machar ont-ils la même responsabilité au Soudan du Sud ?

    Oui, je crois que les uns et les autres se livrent une guerre à peu près totale. La seule chose qui limite cette guerre c’est le manque de moyens très sophistiqués. Il y a très peu d’aviation, il n’y a pas de blindé, on n’utilise pas les gaz, etc. Disons que ce n’est pas comme la Syrie. Mais pour le reste, ils ne s’interdisent absolument rien. Ni les massacres des civils ni les attaques d’hôpitaux… Tous les coups sont permis, et cela des deux côtés, en effet.

    Dans la sous-région, l’Ethiopie et le Kenya semblent moins touchés. Est-ce parce que dans ces deux pays il y a un Etat ?

    Il y a un Etat et dans l’ensemble il y a une stabilité, un pouvoir réel, qui n’est pas toujours exemplaire, loin de là. Mais on voit bien que ce qu’il y a de pire c’est : pas d’Etat du tout ou un Etat si fragmenté qui n’existe pas.

    Si l’on en croit les organisations humanitaires, il n’y a pas de problèmes alimentaires en Erythrée. C’est vrai ou c’est la propagande de l’Etat érythréen ?

    L’Erythrée est un trou noir politique ! Il y a très, très peu d’informations qui sortent. Je ne dirai rien de ce qui se passe là-bas. C’est un pays qui est entièrement régimenté, où les jeunes sont à l’armée et non pas dans les champs. Donc je ne vois pas comment on peut avoir une situation alimentaire qui soit satisfaisante. Donc je mettrais cela en doute.

    Pour faire face à cette grande crise alimentaire, non seulement en Afrique de l’Est, mais aussi au Nigeria et au Yémen, le secrétaire général Antonio Guterres veut mobiliser quelque 4,4 milliards de dollars. Est-ce que c’est la bonne méthode ?

    Non, je ne crois pas. Il y a des contraintes. Le secrétaire général des Nations unies doit trouver les financements pour les différentes agences humanitaires, le HCR, le Programme alimentaire mondial, l’UNICEF… Il est compréhensible qu’il mette en avant des chiffres. Mais si aujourd’hui les Nations unies disposaient de ces 4 milliards, elle serait incapable de transformer ceci en une aide alimentaire consistante atteignant les populations affectées. Tout simplement parce que les zones de famine, précisément, elles échappent aux Nations unies. Donc personnellement, j’aurais préféré que le secrétaire général des Nations unies fasse une analyse de la situation de vie, de la situation alimentaire, mais aussi de vie en général des populations soumises à ces régimes de guerre, appelle les belligérants à trouver d’autres moyens de résoudre leurs différends que par la violence et qu’à ce moment-là on trouve un panorama politique un peu plus ouvert, un peu plus accueillant, à la fois pour les populations et pour les organisations qui tentent de les aider.


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