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    Niger : sécheresse, épidémies, insécurité… les éleveurs fuient à Niamey

    Un éleveur de bétail nigerien. Getty Images/ Aldo Pavan

    Au Niger, la fin de l'année 2016 a été particulièrement difficile pour les éleveurs de la région de Tchintabaraden. La sécheresse et une épidémie de la fièvre de la vallée du Rift ont décimé les troupeaux. A cela s'ajoutent une situation sécuritaire préoccupante et une forte recrudescence du vol de bétail. Beaucoup d'éleveurs quittent donc leur village pour trouver un emploi à Niamey, dans l'espoir d'économiser, et de racheter des animaux. 400 familles sont ainsi parties de la région. Mais dans la capitale, la déception est grande.

    Madina Joha avait une quinzaine de vaches. La sécheresse et la maladie ne lui en ont laissé que cinq. Pas assez pour vivre. C'est à pied qu'il a quitté son village de Tahoua pour rejoindre Niamey. 500 kilomètres de sable et de galères. A Niamey, Madina vit de petits boulots...

    « Je peux être gardien de nuit, parfois je vends du thé ou du café dans la rue, je peux aussi travailler sur les chantiers. C'est très difficile de trouver un emploi. Il y a trop de monde qui cherche du travail. Ma femme est venue à Niamey avec moi, c'est elle qui fait vivre la famille. Elle fait des tresses et un peu de couture. Ça rapporte entre 800 et 750 francs CFA (1,20 – 1,15 euro) par jour. Ce n'est pas suffisant, mais c'est tout ce qu'on a ».

    Kayassa Kitiko lui vient de Kao. Son troupeau de 50 bêtes a été décimé. Depuis mi-février, il s'est installé avec sa femme et ses sept enfants dans une case, dans le quartier de Yantala. Pour gagner sa vie, il vend parfois du thé dans la rue. 50 centimes de franc CFA la tasse.

    « Je ne veux pas rester à Niamey, je veux retourner dans mon village, espère l’éleveur. Là-bas je suis libre, pas comme ici où il faut de l'argent pour tout, même pour se laver! Mais ça coûte très cher d'acheter des bêtes. Il faudrait 2 millions de francs CFA (3 000 euros) pour avoir une dizaine de têtes de bétail... c'est le minimum pour vivre de son troupeau. Je ne suis pas sûr de jamais gagner une somme pareille ici. Il faut travailler dur. »
     
    Mirage
     
    Des illusions, Lémou Djima n'en a plus beaucoup. Eleveur à Tahoua la moitié de l'année, il vend des bijoux à Niamey, le reste du temps. Mieux loti que ses congénères, grâce à sa formation d'artisan, il doit quand même affronter des dépenses colossales en ville...

    « Je n'ai pas d'économies. Quand j'ai de l'argent, je dépense tout dans le mois. J'ai une famille pauvre à soutenir. A Niamey, j'habite un appartement dans le quartier de Recasement. Ça me coûte déjà 40 000 francs CFA (60 euros) par mois. Parfois, je dois demander à mon propriétaire de me faire crédit. Je n'ai jamais vu d'éleveur qui arrive à gagner suffisamment d'argent pour racheter des bêtes et repartir. En général, ils restent à Niamey. Ils ne peuvent pas retourner au village, ou ils vont mourir de faim. Certains vont même jusque dans les pays voisins: le Nigeria, le Bénin ou le Burkina Faso. »

    Aujourd'hui, une vache coûte au Niger environ 200 000 francs CFA (300 euros) et une génisse 65 000 (100 euros).


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