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    L’Afrique, si concernée par la présidentielle française…

    Jean-Baptiste Placca. RFI

    En dépit du fait qu’il n’y ait plus, en France, de lieu où s’élaborent des stratégies pour préserver les intérêts français dans ce que Paris considérait jadis comme son « pré-carré » en Afrique, les Africains continuent de s’intéresser à l’élection présidentielle en France, parce que celle-ci a longtemps eu, chez eux et sur leur vie, des conséquences insoupçonnées.

    Alexis Guilleux : Avant les primaires socialistes, Manuel Valls s’était offert une petite tournée africaine. François Fillon, le candidat de la droite et du centre à, lui aussi, sacrifié à ce qui est en passe de devenir une tradition. Emmanuel Macron, lui, s’est limité à l’Algérie. Et voici que Marine Le Pen s’annonce au Tchad, pour rencontrer les troupes françaises. Verra-t-elle le président Déby Itno ?… L’Afrique serait-elle en train de devenir une terre électorale, où se jouerait, en partie, la présidentielle française ?
     
    Jean-Baptiste Placca : S’il y a un enjeu à tous ces voyages, alors, il est très peu électoral. Car, le nombre de Français votant dans la plupart de ces pays ne justifie pas de si longs déplacements. Le corps électoral, dans tout le Mali, équivaut péniblement à la population du seul Ier arrondissement de Paris. Certes, une voix est une voix. Mais, s’ils sont réellement à la recherche de suffrages, alors, les candidats feraient un meilleur usage de leur temps, en écumant des contrées moins éloignées et plus peuplées… de Français !
     
    En revanche, depuis 1981, la présidentielle française s’est, parfois, jouée en terre africaine. Souvent pour le pire, comme avec les tristement célèbres diamants de Bokassa. Et depuis, pour à peu près toutes les présidentielles, l’on parle plus souvent de l’Afrique pour de présumés financements occultes que par rapport au poids décisif des électeurs français du Gabon ou du Burkina dans le choix du nouveau président.
     
    Mais alors, comment expliquer que les Africains, eux, soient toujours si intéressés par l’élection présidentielle, en France ?
     
    Sans doute en raison des conséquences qu’a longtemps eues ce type d’échéance sur le destin des populations de toutes ces anciennes colonies françaises, que l’on considérait naguère, à Paris, comme le pré-carré africain. Sauf que le pré-carré n’existe plus. Simplement parce qu’il n’y a plus, en France, de lieu où s’élabore une stratégie, une réelle politique africaine. L’on serait tenté de dire : tant mieux ! Car, lorsqu’il s’en élaborait une, la finalité de cette politique visait rarement les intérêts supérieurs des peuples africains. Elle préservait plutôt ceux de la France, qui coïncidaient rarement avec ceux des jeunes nations africaines. C’est, d’ailleurs, ainsi que les dictatures improductives qui ont tant nui à l’Afrique et l’ont mise dans l’état dans lequel elle est ont, pour la plupart, été suscitées, soutenues et maintenues au pouvoir par Paris. Certes, les élites africaines aux manettes au lendemain des indépendances assument leur part, historique, de responsabilité dans tout cela. Mais nous parlons, ici, d’une génération qui n’est déjà plus là pour répondre de ses choix et de ses actes passés.
     
    Peut-on les condamner ainsi, toutes en bloc, sans aucune nuance ?
     
    Non, évidemment. L’élite qui a conduit les pays à l’indépendance avait, pour certains, un réel courage. Si ces cadres ont eu des défaillances, cela tenait davantage à la nature des indépendances conquises… ou concédées, qu’à leur compétence intrinsèque. La plupart sortaient des universités françaises, américaines, soviétiques, ou de l’Ecole normale fédérale de l’Afrique occidentale française William Ponty de Dakar. Et certains de ces cadres se retrouvaient, par exemple, dans des cabinets ministériels, à cohabiter avec des conseillers techniques qui avaient été leurs camarades dans les écoles et universités françaises. Des camarades que la plupart d’entre eux surclassaient, mais qui, dans leur propre pays, avaient plus de pouvoir et jouissaient de plus d’égards qu’eux.
     
    Comment peut-on affirmer cela, comme cela ?
     
    Parce que l’on considérait, dans la haute administration, en France, les sujets que l’on envoyait en Afrique comme les moins brillants de leurs promotions. On les désignait par une expression : « bons pour l’Afrique ». Ces conseillers techniques étaient là, malgré tout, pour préserver les intérêts de la France. Leur résister revenait souvent, pour les cadres africains, à courir le risque d’être considérés comme étant anti-français, et cela pouvait se payer cher. Les réseaux Foccart étaient là pour veiller à cela. Et bien des carrières ont ainsi été ruinées.
     
    Comment passe-t-on des intérêts de la France à tous ces financements occultes, si souvent décrits par l’avocat Robert Bourgi, à nouveau dans l’actualité depuis hier ?
     
    Ce que l’on vend aux chefs d’Etat africains, c’est le privilège d’avoir un ami à l’Elysée. Ce qui, par temps de contestations internes, peut être une assurance tous risques. Et, parce que les porteurs de valises, un jour ou l’autre, se sont mis à parler, les populations africaines savent désormais se saisir du moindre petit indice pour construire des histoires de milliards, que les dirigeants africains laisseraient s’échapper, à travers divers canaux indétectables, y compris pour les organismes en de contrôle des comptes de campagne.


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