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    Benoît Guillou (sociologue) : «Le pardon est-il durable ? Une enquête au Rwanda»

    Le pape François et le président rwandais Paul Kagame, au Vatican le 20 mars 2017. REUTERS/Tony Gentile

    Y a-t-il une responsabilité de l'église catholique dans le génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda ? Cette question est au cœur de la rencontre - la première du genre - qui a eu lieu lundi dernier au Vatican entre le pape François et le président rwandais Paul Kagamé. Le sociologue français Benoît Guillou a publié, aux éditions François Bourin, « Le pardon est-il durable ? Une enquête au Rwanda ». L'ancien rédacteur en chef du journal d'Amnesty international France répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Couverture du livre « Le pardon est-il durable ? Une enquête au Rwanda » de Benoît Guillou bourin-editeur.fr

    RFI : En recevant Paul Kagame, le pape François a dit : « J’implore le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l’Eglise et de ses membres pendant le génocide ». Est-ce que c’est une demande de pardon pour l’institution ou pour des individus ?

    Benoît Guillou : Concernant le pape François, il admet la responsabilité de certains de ses membres. Mais ça ne se situe pas au niveau de l’institution. Si vous voulez, ce qu’il faut savoir, c’est qu’en 1990, sept des neuf évêques en fonction sont Hutus. Donc ça, c’est le contexte avant le génocide. Ça veut dire très concrètement qu’une préférence ethnique est accordée aux Hutus dans la promotion ecclésiastique. Et parmi ces évêques, certains entretiennent une relation de proximité avec le président Habyarimana. Et c’est le cas de l’archevêque de Kigali. Je rappelle quand même qu’il a était membre du Comité central du MRND, le parti unique de 1976 à 1989. Donc ce qu’il faut savoir c’est que de 1959 à 1990 la Conférence des évêques n’a pas dénoncé publiquement les violences dont étaient victimes les Tutsis.

    Alors on sait que pendant le génocide de nombreux prêtres et religieux ont succombé, comme dit le pape François, à la haine et à la violence, en trahissant leur mission évangélique. Mais qu’en est-il de l’institution elle-même, l’Eglise catholique ?

    Ce qu’il faut savoir c’est qu’en 1994 pendant le génocide, dans la même assemblée de fidèles, vous avez certains qui ont tué, qui vont prendre part au massacre, et d’autres qui sont tués. Donc certains vont prendre part aux massacres et le Tribunal pénal international pour le Rwanda a inculpé quatre prêtres, en Belgique, deux religieuses ont été condamnées. Mais en 1994, des chrétiens ont aussi été tués. Si la hiérarchie est majoritairement constituée de Hutus, le clergé majoritairement constitué de Tutsis. Donc des prêtres, des fidèles, des hommes et femmes, ont également été tués. Donc l’Eglise n’est pas un bloc homogène.

    Et qu’en est-il justement de la hiérarchie de l’Eglise catholique rwandaise pendant le génocide ?

    Mais voilà justement. Donc le cas de l’archevêque de Kigali, c’est le problème. Comme je l’ai expliqué, il était membre du Comité central du MRND de 1976 à 1989, et c’est peu de temps avant la visite de Jean-Paul II au Rwanda en 1990 qu’il va démissionner sur les pressions du Vatican. Maintenant, concrètement, je n’ai pas d’élément pour savoir ce qu’il était ou ce qu’il a fait pendant le génocide.

    Est-ce qu’on peut dire à ce moment-là que grâce à Jean-Paul II l’Eglise a commencé à faire le ménage en son sein quatre ans avant le génocide ?

    En tout cas, ce qui est intéressant c’est qu’avant le génocide le pape Jean-Paul II alerte. Et je rappelle que c’est Jean-Paul II qui est le premier chef d’Etat qui a qualifié les massacres de 1994 de génocide.

    Et alors finalement lors de cette rencontre de lundi dernier, est-ce que le pape a demandé pardon pour les individus qui ont péché et qui ont trahi leur mission évangélique ou est-ce qu’il a demandé pardon pour l’institution, pour toute l’Eglise catholique ?

    L’Eglise catholique au niveau de sa tradition situe la responsabilité à un titre personnel, individuel. Donc le pape reconnaît la responsabilité de certains de ses membres. Ce qui est intéressant, au Rwanda après le génocide la situation est extrêmement tendue. En 1998, African Rights adresse une lettre ouverte au pape Jean-Paul II en disant qu’au nom du pardon, on ne peut pas se permettre d’échapper à la justice. Des députés aussi adressent une lettre ouverte aux Pères blancs en demandant de quitter le pays. Donc la situation est très dure. Mais malgré la gravité des accusations, l’Eglise essaie de se mobiliser. L’épiscopat, à partir de 1998, organise des Gacaca chrétiens. C’est-à-dire que c’est un moment où l’Eglise va essayer de revisiter son passé. Et ce qui est intéressant de façon parallèle, il y a une démarche qui est engagée au niveau institutionnel et l’Eglise amorce un aggiornamento. Au moment de la clôture du Jubilé en 2001, au stade Amahoro, il y a près de 15 000 à 20 000 personnes. Les évêques font faire un acte de repentance. Ils reconnaissent la responsabilité de certains de ses membres.

    Paul Kagame voulait aussi que le Vatican fasse repentance pour le soutien que, selon lui, le Saint-Siège aurait apporté au pouvoir hutu jusqu’au moment du génocide. Qu’en est-il finalement ?

    Pour l’heure, on reste dans le domaine des généralités. C’est le pape Jean-Paul II, peu de temps après les attentats du 11 septembre, qui va écrire une lettre sur le lien entre le pardon et la justice.

    Vous parlez de ce travail sur le pardon. Le pape parle de la nécessité de purifier la mémoire. Ça veut dire quoi ?

    Oui, le pape Jean-Paul II aussi parlait beaucoup de la purification de la mémoire. C’est une invitation qui est faite aux fidèles de revisiter le passé, d’établir les faits, de reconnaître la gravité et de s’engager à réparer dans la mesure de ses moyens.

    Ca ne veut pas dire oublier ?

    C’est totalement un authentique pardon et une antithèse de l’oubli.

    Le 5 juin 1994, dans les dernières semaines du génocide, trois évêques catholiques rwandais ont été assassinés à Gakurazo par le FPR. Est-ce que cet évènement est totalement occulté aujourd’hui au nom de la réconciliation ?

    La situation est compliquée. Il y a un rapport de force entre l’Eglise et l’Etat. Donc en effet, le 5 juin, des militaires du FPR ont commis ce massacre. Il y a 15 victimes, dont 3 évêques. Donc aujourd’hui, la situation est compliquée au Rwanda, mais comme dans beaucoup de pays. Il n’y a pas d’un côté les bons et les méchants. Bien souvent face à des violences extrêmes, on a les méchants et d’autres méchants à des degrés différents, à des moments différents. Donc on a le génocide de 1994 et il y a aussi ces massacres qui ont été commis par le FPR avant 1994 et après 1994, au Rwanda et en RDC. Simplement, ces crimes on ne peut pas en parler. C’est dans le domaine des non-dits. Aujourd’hui, la qualité de victime est réservée pour les Tutsis. Mais là, je voudrais être clair, il ne s’agit pas d’instaurer une symétrie historique entre le crime de génocide et le crime du FPR. Mais c’est une particularité du Rwanda. On est dans un contexte historique qui est caractérisé par le tragique du conflit. Je reprends cette expression du philosophe Olivier Abel, quand il parle du tragique du conflit, c’est-à-dire qu’on est en présence de faits irréparables, un enchaînement de crimes de nature différente et on est dans l’impossibilité d’exprimer tous les torts.


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