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    Robert Wiren: «Djibouti est l’objet de convoitises»

    Ismaïl Omar Guelleh. AFP/Jim Watson

    Après dix ans de bouderie, la France et Djibouti se reparlent au plus haut niveau. Mardi 28 février 2017, François Hollande a reçu à l’Elysée son homologue djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh. Il faut dire que Djibouti abrite la base militaire française la plus importante dans le monde. Et, mardi, les deux chefs d’Etat ont beaucoup parlé stratégie. Décryptage avec le spécialiste Robert Wiren, qui a publié chez Karthala l'ouvrage Somaliland, pays en quarantaine.

    RFI : Pourquoi François Hollande s’est-il enfin décidé à la fin de son mandat à recevoir Ismaïl Omar Guelleh ?

    Robert Wiren : Je suppose que vu les contentieux qui, dans le passé, ont opposé les deux pays [France et Djibouti, ndlr], c’est une situation qui ne pouvait pas durer. D’autant plus que Djibouti est l’objet de convoitises. Les Chinois se sont bien implantés, y compris en Ethiopie. Donc, la France, qui a toujours maintenu sa base, ne pouvait peut-être pas envisager de rester absente dans ce pays, où, en plus, il y a un conflit chaud qui se passe juste en face sur l’autre rive de la mer Rouge.

    La guerre civile au Yémen.

    Exactement.

    On sait qu’il y a actuellement quelque 1 400 soldats français, basés à Djibouti, mais il y a également des bases militaires montées par les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, l’Italie, et bientôt la Chine. Est-ce que la France a encore une place dans ce pays ?

    Apparemment, oui, puisqu’elle a toujours sa base. Je pense qu’à l’origine, il y a eu tous ces conflits avec al-Qaïda dans la péninsule arabique, et puis la piraterie dans le golfe d’Aden qui ont fait que les Etats-Unis ont voulu avoir un œil sur cette région. Les Chinois, eux, seront aussi nombreux puisqu’ils construisent une base à Tadjourah, pas à Djibouti même.

    Dans la baie de Djibouti.

    Voilà.

    Djibouti, c’est le terminal d’un nouveau chemin de fer, Addis-Abeba-Djibouti, construit par les Chinois. Mais est-ce que Djibouti ne subit pas maintenant la concurrence d’un autre port en eaux profondes de la région, Berbera au Somaliland ?

    Cela va sans doute se produire à la suite de l’accord intervenu l’année dernière avec Dubaï Ports World qui va investir entre 400 et 500 millions de dollars pour moderniser le port de Berbera. Et en même temps, l’Ethiopie a signé un accord avec le Somaliland pour envisager de transférer 30 % de son commerce extérieur par le port de Berbera. Ce qui veut dire que c’est autant de marchandises qui ne passeraient plus par Djibouti, et cela ferait sans doute baisser le prix des prestations puisqu’actuellement Djibouti a une sorte de monopole sur le commerce portuaire.

    Et ces nouveaux investissements de Dubaï Ports World à Berbera, c’est d’autant plus intéressant à suivre qu’il y a aujourd’hui un litige entre Djibouti et la même société Dubaï Ports World ?

    En effet, celui qui dirigeait le port de Djibouti était un Franco-Djiboutien, monsieur Abdourahman Boreh, qui était d’ailleurs un vieil ami, une vieille connaissance du président Guelleh. Mais quand ce dernier a voulu faire le mandat de trop, qui n’était sans doute pas prévu par la Constitution, monsieur Boreh était plutôt contre et lui a dit. De ce fait, la vengeance du président Guelleh a été d’accuser monsieur Boreh d’avoir été corrompu par les autorités de Dubaï.

    D’où la fâcherie entre Djibouti et Dubaï Ports World.

    Cela veut dire aussi que certains investissements, qui étaient prévus en plus par Dubaï, ne seront pas réalisés.

    On a donc aujourd’hui le port de Djibouti qui est en train de perdre sa situation de monopole sur la mer Rouge. Quel est l’intérêt vu d’Ethiopie ?

    Pour l’Ethiopie, c’est surtout une mise en concurrence pour peser sur les prix des opérations portuaires.

    Il y a donc cette compétition commerciale entre Djibouti et le Somaliland, mais il y a maintenant aussi une compétition stratégique, puisqu’on parle d’une future base militaire des Emirats arabes unis, c’est-à-dire notamment de Dubaï, dans le port de Berbera, au Somaliland ?

    Oui, cet accord est venu un peu de façon surprenante à la suite de l’accord sur le port commercial. Et on peut se demander pourquoi. Une hypothèse, ce serait qu’à terme, les Emirats voudraient peut-être quitter Assab en Erythrée, vu le mauvais dossier de l’Erythrée au niveau de l’ONU sur les droits de l’homme, etc. Peut-être que le conflit au Yémen est un élément qui a penché dans cette décision, mais en même temps, en venant à Berbera, peut-être aussi que l’idée c’est de protéger les futures investissements de Dubaï au Somaliland qui a déjà beaucoup à faire pour protéger ses frontières avec les incursions possibles de shebabs venus de Somalie du Sud. D’autre part, il y a aussi le fait que le Somaliland a du mal aussi à contrôler sa côte qui fait près de 800 kilomètres sur le golfe d’Aden, et que l’apport d’une aide technique et financière n’est pas négligeable pour le Somaliland.

    Pour lutter contre la piraterie ?

    Voilà.

    Et est-ce qu’on peut parler, du coup, d’une militarisation croissante du détroit de Bab el-Mandeb ?

    Oui, sans conteste, puisqu’on a donc maintenant des Saoudiens qui décollent depuis Assab au sud de l’Erythrée. On a les bases militaires occidentales et chinoises à Djibouti. Puis maintenant, une base émiratie prochaine au Somaliland. C’est une zone qui est devenue très importante, sans doute à cause de sa situation stratégique : le détroit, la mer Rouge, les convois pétroliers, les convois de conteneurs avec les marchandises chinoises qui vont vers l’Europe.

    Et la montée d’al-Qaïda au Yémen aussi ?

    Oui, bien sûr, et aussi le fait que la Somalie du Sud est une zone grise puisque le gouvernement de transition n’arrive pas à contrôler. Les shebabs sont toujours là. Et ils sont une menace potentielle.


    Somaliland, pays en quarantaine, de Robert Wiren, publié chez Karthala. DR


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