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    F. Akindes (sociologue ivoirien): le PDCI estime que l’horizon n’est pas lisible

    Le professeur ivoirien Francis Akindes enseigne la sociologie à l'université de Bouaké. college-de-france.fr

    En Côte d'Ivoire, le RDR d'Alassane Ouattara et le PDCI de Henri Konan Bédié n'arrivent toujours pas à fusionner au sein d'un parti unifié qui s'appellerait le RHDP. La preuve : tous les députés élus en décembre dernier sous l'étiquette RHDP se divisent aujourd'hui, dans la nouvelle Assemblée nationale, entre députés RDR et députés PDCI. L'alliance RDR-PDCI risque-t-elle de casser d'ici la présidentielle de 2020 ? Le professeur Francis Akindès enseigne la sociologie à l'université de Bouaké. En ligne d'Abidjan, il répond aux questions de RFI.

    RFI : Francis Akindès, en décembre dernier les députés actuels de la majorité ont tous fait campagne sous l’étiquette RHDP et pourtant aujourd’hui ils se séparent. Les uns sont au RDR et les autres au PDCI. Comment expliquez-vous cela ?

    Francis Akindès : On a une image d’un couple qui fait chambre à part. Ça pose question parce qu’on peut s’inquiéter de ce qu’aujourd’hui ce RHDP, qui a fonctionné, qui a permis au président Alassane Ouattara d’arriver au pouvoir, soit aujourd’hui décrié et qu’en 2017 pour renouveler le Parlement on se retrouve avec deux groupes parlementaires. Ça veut dire aussi en même temps qu’il y a quelque chose qui n’a pas fonctionné à l’intérieur du RHDP et ça a tout l’air d’être des malentendus, des compromis non trouvés.

    En décembre dernier, les candidats de la majorité qui refusaient l’étiquette RHDP se sont présentés en indépendants et beaucoup d’entre eux ont été élus. Est-ce le signe que beaucoup d’électeurs ivoiriens rejettent cette étiquette RHDP ?

    Certains rejettent cette étiquette et ces indépendants ont été (re)marqués (par) le fait qu’ils ne soient pas d’accord avec le mode de gouvernance à l’intérieur des partis majoritaires, et ils ont frappé d’un coup parce que le RHDP fait des vagues.

    Ces percées des indépendants est-ce le signe que l’alliance RHDP n’est pas aussi populaire que le voudraient ses dirigeants ?

    Oui, les dernières élections législatives l’ont montré. Visiblement, s’il y a eu cette percée des indépendants c’est que c’est une contestation de la gouvernance même du RHDP. Evidemment, le RHDP n’est pas aussi populaire. Il a pu l’être pour permettre certains résultats, par exemple l’arrivée du président Alassane Ouattra aux affaires, mais après la gestion du pouvoir a mis à rude épreuve ce mouvement.

    Et du coup les députés RDR et PDCI en ont tiré la conclusion qu’il fallait qu’ils restent sous leur étiquette d’origine ?

    Apparemment oui, parce beaucoup de gens dans les rangs du PDCI pensent qu’il y a eu un investissement politique pour que le RDR arrive au pouvoir. Ils attendent visiblement un retour d’ascenseur et ils ont le sentiment que l’horizon n’est pas lisible. Du coup vous comprenez un peu pourquoi à l’intérieur du PDCI il y a cette tendance au retour au parti, en fait au principe de la chambre à part au niveau du Parlement. Donc on en est là aujourd’hui.

    Voulez-vous dire qu’en 2015 quand Henri Konan Bédié s’est effacé devant le candidat Ouattara, il a espéré qu’en 2020 ce serait au tour d’un candidat PDCI de représenter le RHDP et qu’aujourd’hui il n’est plus du tout sûr que ce sera le cas ?

    En réalité ça n’a pas été dit explicitement. Mais le PDCI attendait un retour sur investissement. Ils ont le sentiment que la promesse n’est pas faite formellement que 2020 va permettre leur arrivée aux affaires. Et d’ailleurs le président Alassane lui-même dit qu’il passera le pouvoir au meilleur. Mais c’est quoi le meilleur ? Donc vous comprenez la tension qu’il peut avoir entre ces deux mouvements supposés coaliser dans une alliance.

    Et la nomination du RDR Amadou Gon Coulibaly à la tête de la primature, j’imagine que ça inquiète aussi le PDCI pour 2020, non ?

    C’est tout cela qui en rajoute à la suspicion. Nommer un Premier ministre sorti des ranges du RDR en rajoute aux doutes à l’intérieur du PDCI.

    Est-ce qu’il n’y a pas un décalage au sein du PDCI entre Henri Konan Bédié qui joue toujours la carte RHDP et la base de ce parti qui visiblement n’y croit plus ?

    C’est justement l’un des problèmes du PDCI. La parole est libérée, les cadres PDCI s’expriment, mais le chef ne tranche pas. Et ils ont le sentiment de ne pas être défendus dans leur position par le chef.

    On se souvient en 2015 : les deux chefs Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié parlaient d’une fusion de leurs deux partis au sein d’un seul parti RHDP. Aujourd’hui est-ce que ce projet n’est pas définitivement abandonné ?

    On ne le sait pas. C’est trop tôt pour le dire. Mais toujours est-il que ce projet de parti unifié est boudé par beaucoup de militants du RDR et du PDCI. Mais les leaders ne tranchent pas, ne donnent aucune orientation politique qui laisse penser ce qu’ils souhaitent vraiment pour 2020.

    Le PDCI Daniel Kablan Duncan au poste de vice-président est-ce que ça peut rassurer la base du PDCI sur cette éventuelle alliance RHDP ?

    Apparemment non, parce que tout le monde connaît les tendances «non politiques» de Monsieur Kablan Duncan. Il est très technique. Il est très peu politique.

    Est-ce qu’on risque d’avoir en 2020 un candidat RDR face à un candidat PDCI ?

    Il est très tôt pour faire des pronostics dans ce sens. Mais ce n’est pas exclu. Si on ne réussit pas à trouver un compromis entre les deux grands groupes politiques, ils risquent d’aller en rangs dispersés. Et les nouvelles alliances qui peuvent naître de cette séparation entre le RDR et le PDCI, risquent de recomposer les fractures nord-sud, parce que le PDCI a son bastion électoral au centre et au sud et on va se retrouver avec une espèce de fracture nord-sud et on risque de retrouver la Côte d’Ivoire dans une situation bipolaire, quand on la croyait sortie depuis quelques années.


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