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    Bénin: le ministre de la Justice revient sur l’échec du projet de révision de la Constitution

    Joseph Djogbenou. © V. Le Guen/RFI

    Notre invité ce jeudi 6 avril est Joseph Djogbenou, le ministre de la Justice du Bénin. Les députés béninois ont créé la surprise mardi soir en rejetant le projet de révision constitutionnelle. Ils l’ont jugé non recevable. Il ne s’agissait pas pourtant - comme on le voit dans d’autres pays africains - de modifier la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de se représenter indéfiniment, mais bien au contraire, il s’agissait notamment d’instaurer un mandat unique de six ans. Les uns parlent de « gifle », d’autres d’« échec cuisant », d’autres encore de « revers historique ». Joseph Djogbenou répond aux questions de Carine Frenk.

    RFI : A trois voix près, votre projet de révision ne passe pas. Ce n’est pas beaucoup mais c’est comme ça. Qu’est-ce que vous regrettez le plus ?

    Joseph Djogbenou : Il y a un aspect sans doute d’imprévisibilité et que nous n’avons pas pu prendre en compte. On ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas prévoir les comportements des hommes et des femmes, notamment dans le sérail politique béninois. La politique a ses raisons que la raison continue à ignorer. Nous étions très assurés de ce que nous obtiendrions les trois quarts. Et de ce point de vue sans doute que toutes les mesures n’avaient pas été prises. Et il faut assumer cela. Mais cela dit, nous avons quand même positivement une majorité assez élevée. Avec cette majorité, nous allons travailler pour le reste du parcours, pour l’exécution du programme national du gouvernement.

    Est-ce que cela veut dire que le Bénin n’inaugurera pas le mandat unique de six ans ? Que vous avez renoncé ?

    Ce que je peux vous dire, c’est que la procédure est suspendue et que les idées ne sont pas suspendues. C’est le Parlement qui demande au président de la République d’appliquer la Constitution en l’état. Et nous suspendons, nous en tirons les conséquences. Le moment venu sans doute avec le dialogue des institutions, le dialogue avec les hommes et les femmes politiques, peut-être bien que le projet passera. Mais pour le moment, on comprend bien que le financement des partis politiques ne peut intervenir. On comprend bien que le mandat unique ne peut intervenir parce que pour que cela puisse être mis en œuvre, il faut réviser la Constitution.

    Donc c’est un grave échec ?

    Pas un échec au plan des idées, un échec au plan de comportements institutionnels, des relations avec les institutions, de la prise en compte des aléas politiques. Peut-être bien qu’on n’a pas pris en compte tous les aléas politiques.

    Est-ce que votre erreur finalement, ce n’est pas d’avoir voulu changer trop de choses, 43 articles modifiés, au lieu de vous contenter d’une simple révision sur deux ou trois points essentiels comme le mandat du président ?

    Oui. Mais vous savez que l’idée de révision de la Constitution au Bénin date depuis plus d’une quinzaine d’années. Et que lorsque l’on considère que les cironstances s’y prêtent, il faut faire des corrections que l’héritage demande de faire, au-delà de ce que nous-mêmes nous envisageons d’introduire. C’est ce qui a conduit à prendre en considération ces corrections nécessaires, que personne ne conteste. Sur l’opportunité de la révision, vous avez une large majorité de Béninoises et de Béninois qui sont d’accord. Mais sur les questions peut-être personnelles, relationnelles, politiques, c’est peut-être à ce niveau que certains ont considéré que le moment n’était pas venu.

    Si vous n’aviez pas renoncé au référendum, il n’y aurait peut-être pas eu non plus toutes ces polémiques ?

    Le référendum, on ne prend pas un hélicoptère et « tomber sur le peuple » sans passer par l’Assemblée nationale. Il fallait nécessairement passer par le Parlement, ce qui est tout à fait normal. Mais cela dit, si les 4/5e n’avaient pas été obtenus lors du vote sur l’approbation, il ne fait l’objet d’aucun doute que le référendum se poserait.

    Alors au cours de ces débats, l’ancienne Première dame, Rosine Soglo, la doyenne des députés, a affirmé en plein hémicycle que des députés avaient reçu de l’argent pour voter et qu’elle-même avait reçu de l’argent. C’est une réalité ?

    Je n’ai pas l’impression qu’elle ait apporté la preuve de ce qu’elle a affirmé. Nous sommes dans une situation de séparation des pouvoirs. L’Assemblée nationale qui, me semble-t-il, elle-même, est interpellée, va prendre les décisions qui s’imposent. Je pense qu’il y a des associations de lutte contre la corruption. Elles vont sans doute s’y intéresser. Et le pouvoir judiciaire est aussi interpellé et il va jouer sa partition. Ce que nous avons reçu comme appréhension, c’est le fait que de notre propre camp, il y a quelques balles qui nous ont été adressées, quelques, on va dire, traîtrises, que nous regrettons.

    Quand vous parlez de trahison politique, vous faites référence à qui ?

    Pas à un groupe de personnes particulier.

    Candide Azannaï, [l’ex-ministre de la Défense, démissionnaire, NDLR] ?

    Pas du tout. Le moment n’est pas venu de donner des noms. Mais quand même 22 voix contre, c’est quand même un peu au-delà des personnes qui potentiellement pouvaient voter contre. S’il y a un renfort du camp du non, c’est de notre propre camp.

    Parmi ceux qui ont voté contre votre projet, il y a Guy Dossou Mitokpè, le suppléant de Candide Azannaï, le ministre délégué à la Défense qui vient de démissionner avec fracas. Pourtant Candide Azannaï était l’un des grands partisans du mandat unique. Qu’est-ce qui s’est passé ?

    Je pense que le moment viendra où lui-même va intervenir sur la question. En l’état actuel, je ne saurais commenter son positionnement et ses positions. Mais je peux vous répondre en ce qui me concerne : je ne peux pas avoir soutenu quelque chose dans la campagne ou de la campagne électorale et soutenir le contraire en cours d’exécution, au moment de la mise en œuvre. Voilà en ce qui me concerne.

    Cet échec tombe en tout cas au plus mal pour le président Talon. Vous utilisez des méthodes qui ne sont pas celles habituellement utilisées par la classe politique béninoise, qui sont vécues comme des passages en force. Comment allez-vous faire ?

    La question de la rigueur se pose beaucoup plus à l’Afrique que partout ailleurs. Nous avons tout à construire, de sorte que les décisions les plus courageuses en un temps plus court, doivent être prises. Et de ce point de vue, nous comprenons qu’il y ait des difficultés. Il n’y a pas de société qui ne soit pas conservatrice quelque part. Evidemment il faut comprendre cette difficulté. Il faut les traiter, il faut les corriger, mais il faut avancer.


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