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    Patrice Talon: «Il n'y aura pas de révision parce que le Parlement me le refuse»

    Patrice Talon, le président du Bénin. THIERRY CHARLIER / AFP

    Au Bénin, un an après son élection, le président Patrice Talon vient d’essuyer un revers politique. Il voulait mettre en place un mandat unique, mais mardi dernier, son projet de révision constitutionnelle a été rejeté par le Parlement. Patrice Talon va-t-il tout de même quitter le pouvoir en 2021, comme il l’avait promis lors de la campagne de l’an dernier ? En ligne de Cotonou, le chef de l’Etat béninois répond aux questions de Christophe Boisbouvier. 

     

    RFI : Est-ce que vous êtes surpris par le rejet de votre projet de révision constitutionnelle ?

    Patrice Talon : Certes, je suis un peu surpris. Mais les évènements de ces derniers temps auxquels RFI a largement contribué, je ne veux parler de l’intoxication, justifient bien ce qui s’est passé. Mais j’ai pris acte de cela, en bon démocrate.

    Dans votre projet, il y avait la mise en place d’un mandat unique. C’était votre promesse de campagne. Mais aussi l’interdiction de toute garde à vue ou détention pour le chef de l’Etat ou les ministres en fonction. Certains y ont vu une prime à l’impunité…

    Vous parlez justement de quelque chose qui a arrêté mon attention dans ce que RFI a pu diffuser depuis une dizaine de jours au sujet de ce projet de révision. En effet, RFI a affirmé, sans précaution, que mon projet de révision prévoyait, comme vous venez de le dire, l’instauration d’une immunité politique et judiciaire au profit des membres du gouvernement, pendant leurs fonctions et après leurs fonctions.

    Ce dont m’accuse RFI depuis bientôt une semaine, c’est exactement ce qui figure déjà dans la Constitution présentement et que je dénonce, que je condamne. C’est plutôt moi qui propose dans le projet de révision que j’ai soumis au Parlement de supprimer l’immunité dès la fin de fonction des membres du gouvernement afin que ceux-ci puissent répondre de leurs actes devant les tribunaux ordinaires.

    Donc l’immunité qui a cours actuellement dans la Constitution, je prévois que l’on puisse la maintenir pendant que le gouvernement est en fonction, pendant que les ministres sont en fonction, pendant que le chef d’Etat est en fonction. Mais une fois qu’ils ont fini, les ministres au moins doivent pouvoir répondre de leurs actes devant n’importe quel tribunal ordinaire sans qu’il soit nécessaire que le Parlement lève leur immunité.

    J’ai toutefois rajouté quand même comme précaution, et anti-tracasserie, que les anciens ministres qui seraient poursuivis au titre de ce qu’ils ont pu faire au cours de leur mandat, que ceux-ci ne puissent faire l’objet de détention préventive ou de garde à vue, pour éviter qu’on les emprisonne sans jugement au titre de représailles politiques parce que ce sont des choses qui sont possibles.

    Quelqu’un qui est Premier ministre, il y a un changement de régime, même s’il n’a rien fait, on le convoque, on le met en garde à vue, on le met en prison à titre préventif. Et en fin de compte, au jugement, il se révèle qu’il n’a rien fait et qu’il aurait passé des mois, des années en prison. Donc la seule précaution qu’on a rajoutée, on ne doit pas pouvoir les détenir préventivement ou les garder à vue au titre de représailles politiques. C’est une précaution pour éviter des représailles.

    A la télévision béninoise samedi soir, vous avez dit à propos des 22 députés qui ont voté contre votre projet : « Ce ne sont pas des réticences rationnelles, mais ce sont des réticences politiques ». Est-ce qu’il s’agit de règlements de compte ?

    Mais non, en politique, il n’y a pas de règlements de compte. Ceux qui n’ont pas intérêt à ce que je réussisse, à ce que mon projet réussisse, ont intérêt à faire blocage. Ce qui est bon pour un camp est toujours mauvais pour l’autre camp.

    Est-ce que vous pensez au camp de l’ancien président Boni Yayi, au camp de l’ancien président Soglo. Est-ce qu’ils veulent prendre leur revanche sur vous ?

    Ils ont ouvertement appelé à voter contre sans arguments. Tout le monde sait qu’il y a des choses qui ne vont pas, des choses qui méritent d’être réformées, d’être révisées, d’être amendées. C’est un vote de refus d’impartialité. On n’examine pas, non, ce n’est pas la peine. Point barre. C’est un vote politique tout simplement, ils devraient l’examiner. Tout le monde dit au Bénin, tout le monde sait que ce n’est pas un projet de révision opportuniste. Non, on n’a pas qualifié ce projet de révision tendant à me faire rester au pouvoir. Je propose un mandat unique. Je propose qu’il n’y ait pas de renouvellement. J’ai dit que cela s’appliquerait à moi-même, dès maintenant.

    Vous dites : « c’est un vote politique ». C’est donc un vote de revanche ?

    Oui, en politique, la revanche fait partie des paramètres politiques.

    Puis il y a eu des défections dans votre propre camp. C’est le cas de votre ministre de la Défense, Candide Azannaï, qui a démissionné, et dont le suppléant a voté contre votre projet. C’est une trahison ?

    En politique, on ne part jamais avec une même équipe éternellement. J’en ai éprouvé une certaine tristesse parce que bon, c’est un ami monsieur Azannaï. Mais je ne souhaite pas en parler davantage.

    A votre arrivée au pouvoir, vous avez lancé le Programme d’action du gouvernement, le PAG. Mais les résultats se font attendre et votre échec au Parlement, est-ce que ce n’est pas aussi à cause de ce mécontentement social ?

    Mais ce n’est pas le peuple qui a voté au Parlement et qui a refusé d’examiner le projet de révision. J’ai proposé qu’il soit mis fin à la possibilité de renouvellement de mandat du président de la République. Et ça commencerait par moi. J’ai proposé que le président de la République, à commencer par moi, ne nomme plus les membres de la Cour constitutionnelle, qu’il ne nomme plus le président de la Cour suprême, qu’il ne siège plus au Conseil supérieur de la magistrature. Et c’est étonnant qu’on refuse d’examiner un tel projet de réforme qui est assez novateur pour un pays d’Afrique.

    Puisque vous dites que c’est un blocage de la part de vos adversaires politiques, et non pas du peuple, est-ce que désormais vous allez vous tourner vers le peuple ? Est-ce que vous allez le consulter par référendum ?

    Malheureusement, non, ce n’est pas possible. Au Bénin, notre Constitution ne permet pas qu’on aille au référendum sans un vote préalable du Parlement, aux trois quarts.

    Donc il n’y aura pas de révision de la Constitution du Bénin avant le terme de votre mandat, c’est-à-dire avant 2021 ?

    Mais oui, il n’y aura pas de révision parce que le Parlement refuse même d’aller au référendum.

    Du coup, puisque les députés vous refusent ce mandat unique, est-ce que vous allez vous représenter en 2021 ?

    Ce qu’il faut noter, c’est que j’ai une proposition qui n’est pas passée. Je m’incline. J’accepte, c’est vrai avec beaucoup de tristesse, mais sans amertume. Ceci dit, ma proposition n’est pas passée, je ne veux pas m’extirper de ce qui est la règle générale. Donc j’aviserai en 2021, je verrai bien ce que je ferai.

    En fait, votre message à vos adversaires politiques, c’est : « d’accord, vous me faites reculer sur le mandat unique, mais du coup, vous aurez peut-être Patrice Talon au pouvoir pendant deux mandats, c’est-à-dire pendant dix ans » ?

    (rires) Ce sera le revers de la médaille ou bien le change que je leur ferai, pourquoi pas ? Cela m’amuserait même, bien que ce soit triste. Mais ce qui est sûr aujourd’hui, pour moi, c’est que 2021 c’est loin. Ça devient une affaire personnelle, ce n’est plus une affaire de réforme. Je verrai bien ce que je ferai.


    Communiqué de la direction de RFI

    En réponse au président Patrice Talon, qui adresse de sévères critiques à notre radio, la direction de RFI tient à préciser qu’en aucun cas la rédaction n’a pris parti lors du débat constitutionnel de ces dernières semaines au Bénin. Comme dans tous les autres pays dont elle couvre l’actualité, la rédaction de RFI travaille avec rigueur, en toute indépendance et sans parti pris, avec le souci constant de lutter contre toute « intoxication » et de faire entendre la pluralité des points de vue.


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