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    Alpha Condé (Guinée): «Nous voulons désormais être maîtres de notre destin»

    Le président français François Hollande (D) reçoit le président guinéen Alpha Condé (G) au Palais de l'Elysée à Paris , le 11 avril 2017. REUTERS/Philippe Wojazer

    Alpha Condé est en visite d'Etat à Paris. Le président guinéen parle sans tabou de ses candidats préférés à l'élection française et de plusieurs autres sujets sensibles, comme son avenir politique ou de la grave crise en République démocratique du Congo. Le chef de l'Etat guinéen, président en exercice de l'Union africaine, est l'invité de RFI.

    RFI : M. le président, lors de cette visite d’Etat vous avez dit : « Les Africains sont très reconnaissants au président Hollande pour tout ce qu’il a fait pour l’Afrique ». A quoi pensez-vous ? A son engagement militaire au Sahel ? A son attitude par rapport à la fameuse Françafrique ?

    Alpha Condé : A son attitude, mais surtout à trois actes qu’il a posés. Son intervention au Mali nous a sauvés parce que sans son intervention ça aurait été la catastrophe. La deuxième : lorsqu’on a eu Ebola en Guinée, non seulement il nous a accompagnés, mais il est venu lui-même en Guinée en plein Ebola. Il a été à l’hôpital voir les malades. Le troisième c’est son action relayée par [Laurent] Fabius et ensuite par Ségolène [Royal] à la COP21, les résultats que nous avons obtenus sur le climat, mais surtout le financement de l’énergie, puisque la COP21 s’est engagée à financer 10 Gigawatts, dont 5 par l’Union européenne. Donc ces trois actes posés sont fondamentaux. Ensuite, il a toujours montré une grande ouverture avec l’Afrique en traitant l’Afrique en pays majeur et non pas en une attitude paternaliste.

    Vous regrettez qu’il ne se représente pas ? Vous le lui avez dit ?

    Je lui ai dit. Je lui ai dit que je ne pense pas qu’un président puisse participer à des primaires parce que ce n’est pas le rôle d’un président, un président est un candidat naturel. Maintenant c’est l’affaire des Français et du Parti socialiste. Mais en tant qu’ami j’aurais souhaité qu’il soit candidat et qu’il ait un nouveau mandat.

    Et quand vous dites espérer que le successeur de François Hollande fera comme lui et laissera les Africains résoudre leurs problèmes par eux-mêmes, on sent pointer une petite inquiétude. Est-ce que vous êtes inquiet ?

    Pas du tout. J’ai eu l’occasion de rencontrer un des candidats : [Emmanuel] Macron, qui est totalement en harmonie avec cette vision. J’ai échangé avec l'ex-Premier ministre [François] Fillon au téléphone et on se voit ce jeudi matin. Il m’a dit qu’il est parfaitement d’accord avec cette vision : une coopération entre Etats souverains bénéfique aux deux parties. Donc je n’ai aucune inquiétude. En tout cas si c’est l’un des deux qui est élu, je n’ai pas d’inquiétude.

    Quand vous dites que vous n’avez pas d’inquiétude si c’est M. Fillon ou M. Macron, vous aurez plus d’inquiétude si c’est M. Mélenchon ou Mme Le Pen ?

    Non, [Jean-Luc] Mélenchon est un camarade de longue date. Mais vous connaissez les positions de Mme Le Pen sur l’Afrique, donc je ne vous apprends rien. Par contre, Mélenchon est un camarade de longue date. Nous avons participé à plusieurs congrès du Parti socialiste et je pense que c’est quelqu’un qui est attaché à l’Afrique. Donc je n’ai aucune inquiétude.

    Donc c’est le vieux militant de l’international socialiste qui parle aussi là.

    Oui.

    M. le président, avec un taux de croissance de plus de 5% l’année dernière, la Guinée sort enfin de la grave crise Ebola. Mais les cours mondiaux du fer restent bas. Est-ce que vous ne craignez pas que ça reste un handicap ?

    Le développement de la Guinée n’est pas basé sur les mines, mais sur l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie et les infrastructures. Les mines ne peuvent être aucun moyen pour nous de permettre à transformer notre agriculture en une agriculture moderne. Donc je ne compte pas sur les mines. Mais je vous ferai remarquer que le fer était tombé à 30 dollars, maintenant il est à 80. Mais nous avons la bauxite, nous avons l’or, nous avons beaucoup d’autres matières premières. Mais le développement de la Guinée sera basé sur l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie, les nouvelles technologies et le développement industriel.

    Vous vous êtes donné dix ans pour mettre la Guinée sur les bons rails. Plusieurs de vos partisans vous demandent de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat en 2020. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    C’est un débat qui ne m’intéresse pas. Je me suis engagé devant le peuple de Guinée sur un programme et je me demande pourquoi vous ne posez jamais la question aux Asiatiques ou aux Européens et pourquoi c’est aux Africains que vous posez la question. Je ne vous ai jamais entendu demander à Singapour, à la Corée du Sud ou à la Malaisie de limiter les mandats. Alors qu’on respecte un peu l’Afrique dans ce domaine. Nous allons imposer qu’on nous respecte et n'allons pas accepter qu'on nous dicte ce que nous devons faire.

    Donc rien n’est exclu pour 2020, c’est ça ?

    Je ne réponds pas à cette question. C’est le peuple de Guinée qui jugera.

    Et quand vous dites que c’est le peuple de Guinée qui jugera, c’est-à-dire que vous n’excluez pas un référendum. C’est ça ? C’est ouvert ?

    Je vous ai déjà dit que je ne réponds pas à cette question. Donc vous pouvez la poser de 10 000 façons différentes, je ne répondrai pas. Parce que pour le moment, Marx disait que l’humanité ne résout que les problèmes qui se posent à elle. Le problème qui se pose à moi aujourd’hui c’est le développement de la Guinée, l’emploi des jeunes, l'autonomisation des femmes et le développement du pays.

    M. le président, vous présidez également l’Union africaine pour toute cette année 2017 et au Congo Kinshasa l’opposition dit que le Premier ministre nommé vendredi dernier par le président Kabila n’est pas consensuel et que sa nomination contrevient à l’accord du 31 décembre dernier. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    J’ai eu à discuter avec le président Kabila, avec Félix [Tshisekedi] et aussi avec [Moïse] Katumbi. Notre objectif, c’est d’accompagner le Congo Kinshasa afin de permettre à l’opposition et au président Kabila de s’entendre pour que les élections aient lieu en 2017 et que le Congo sauvegarde son unité et la paix.

    Notre rôle c’est de les accompagner et non pas de porter un jugement, mais nous allons tout faire pour amener les partenaires à un accord. Nous verrons bien, puisque nous continuons à discuter avec eux. J’avais téléphoné au président Ali Bongo qui est président de la Cemac, pour qu’on voit ensemble comment nous pouvons agir, quitte à nous rendre ensemble au Congo, discuter avec le président Kabila et les autres.

    En tout cas nous allons accompagner, l’Union africaine va accompagner le Congo parce que le Congo c’est le poumon et le centre, le cœur de l’Afrique. Il est extrêmement important pour nous que ce pays soit stable et que les choses se passent normalement. Donc nous allons discuter sans ingérence, mais nous allons les accompagner. On verra ce que nous pourrons faire pour les aider.

    Donc vous êtes prêt s’il le faut à prendre votre bâton de pèlerin avec Ali Bongo et à aller à Kinshasa ?

    Ali Bongo et d’autres, comme le président dos Santos, le président Sassou [Nguesso], le président Idriss Déby, le président Obiang. C’est-à-dire les principaux acteurs de l’Afrique centrale. D’abord nous échangeons beaucoup, parce que nous sommes très préoccupés de la situation au Congo, étant donné l’importance du Congo en Afrique.

    Dans votre feuille de route pour l’Union africaine vous dites : « Nous, les Africains, nous ne sommes pas maîtres de notre destin ». Un exemple : le franc CFA, est-ce que vous pensez que vos voisins doivent renoncer à cette monnaie qui est accrochée à l’euro, via le Trésor français ?

    Je n’ai pas dit que nous ne sommes pas maîtres. J’ai dit que nous voulons désormais être maîtres de notre destin. C’est-à-dire que nous ne voulons plus qu’on nous dicte. Nous voulons pouvoir définir notre propre plan de développement économique, notre propre façon d’appliquer les principes démocratiques à nos pays. Ce que j’ai dit c’est que l’Afrique aujourd’hui doit se prendre en main. Maintenant, je ne suis pas membre de la zone franc. C’est les pays membres de la zone franc qui doivent savoir si c’est avantageux ou pas et décider. Et je ne suis pas membre de la zone franc, mais je suis partisan d’une monnaie régionale ou continentale. Je suis partisan d’une monnaie dans le cadre de la Cédéao et plus tard d’une monnaie africaine.

    Vous êtes le responsable pour toute l’Afrique du développement des énergies renouvelables. Le discours de Donald Trump contre la COP21, est-ce que ça vous inquiète ?

    L’Afrique est confrontée à deux problèmes. Le premier c’est la maîtrise de l’énergie. Je ne pense pas qu’il ait parlé contre cela. Le deuxième c’est la COP21, le climat. Nous allons bien voir. En tout cas nous sommes décidés à ce qu’en Afrique nous appliquions la COP21 et que nous luttions contre les méfaits de l'altération du climat.

    Maintenant le président Trump ne s’est pas encore prononcé sur l’Afrique, donc je ne suis ni inquiet ni optimiste. Vous savez, très souvent les républicains ont plus été positifs en Afrique que les démocrates. Bush a fait plus pour l’Afrique que Clinton. Nous aimons bien Obama, mais Power Africa n’est jamais sorti des limbes. Il n’y a pas eu un dollar d’investi, alors qu’on nous avait fait espérer que Power Africa allait nous donner de la lumière.

    Par contre, nous remercions l’Union européenne qui a concrétisé son soutien, puisque lors du dernier Conseil d’admiration à Conakry nous avons déjà adopté le financement de vingt projets. Et au prochain Conseil d’administration fin juin nous allons adopter d’autres projets. Donc tout ça c’est un engagement concret effectif, comme la France aussi c’est un engagement concret donnant voie à des résultats.

    Votre premier geste politique en tant que président de l’Union africaine c’est d’avoir aidé le Maroc à revenir dans la grande famille africaine. Aujourd’hui le royaume frappe à la porte de la Cédéao. Est-ce que vous pensez que le Maroc a une place à part entière dans votre organisation régionale ?

    Je suis président de l’Union africaine, je ne suis pas président de la Cédéao.

    Oui, mais vous en êtes membre.

    Oui, je suis membre de la Cédéao. Je pense que nous allons en discuter entre les chefs d’Etat. J'ai déjà échangé avec le roi du Maroc et je pense que le Maroc sait à peu près quels sont les problèmes posés. Tout ce qui peut renforcer l’intégration africaine, je suis pour. Mais ça dépendra de la vision des pays de la Cédéao.

    Ça veut dire que vous êtes ouvert à cette perspective ?

    Je suis ouvert. Vous savez, le Tchad avait déjà demandé à adhérer. Donc nous verrons bien quelles sont les possibilités. Ce n’est pas seulement le Maroc, le Tchad avait demandé à adhérer. Est-ce qu’il faut revoir la recomposition des régions ou pas ? C’est un débat libre. Mais notre objectif aujourd’hui c’est l’intégration continentale. C’est pourquoi nous avons confié au président du Niger Issoufou d’être le champion pour la zone de libre-échange, afin de mettre fin à toutes les barrières douanières, etc, pour que le commerce interafricain soit l’essentiel.

    Et aussi nous avons confié au président Museveni l’intégration politique, au président Alassane Ouattara l’agenda 2063, pour qu’effectivement l’intégration africaine soit une réalité. Donc ça dépasse la Cédéao, ça dépasse la Sadec. C’est une véritable intégration continentale. N’oubliez pas que la Cédéao est en retard par rapport à l’Afrique australe et à l’Afrique de l’Est, qui ont déjà beaucoup avancé dans l’intégration économique, notamment la zone de libre-échange.


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