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    Mamadou Diop «Castro»: défilé unitaire du 1er mai au Sénégal face au sous-emploi

    Mamadou Diop «Castro» (archive), leader syndicaliste sénégalais, ancien responsable de l'Uden, Union démocratique des enseignants du Sénégal. Seneweb

    Le Premier mai, c'est la Fête du travail. Et ce lundi, en Afrique comme ailleurs, les syndicats vont battre le pavé. Mais les syndicats sont-ils à la hauteur des attentes des travailleurs ? Au Sénégal, Mamadou Diop «Castro» est un vétéran du syndicalisme, qui préside aujourd'hui le Comité du dialogue social. En ligne de Dakar, cet inspecteur d'académie à la retraite répond aux questions de RFI.

    RFI : Ce 1er-Mai est-ce que vous allez marcher ?

    Mamadou Diop Castro : Absolument. J’ai pris l’habitude de manifester en dehors de Dakar sur invitation des Unions régionales et cette fois-ci je suis à Kaolack, au centre du Sénégal.

    Tous les ans, vous manifestez dans une région différente du pays ?

    Tout à fait. Parce qu’il y a eu une trop forte concentration dans la capitale.

    Au Sénégal, les syndicats sont très divisés, mais ce 1er-Mai est-ce qu’ils vont marcher ensemble ou séparément dans la capitale ?

    Depuis quatre ans, les centrales syndicales ont pris l’habitude de défiler ensemble. Surtout les centrales syndicales, membres de la CSI, la Confédération syndicale internationale. Cette année encore, à Dakar comme dans les régions, le défilé sera unitaire pour faire face aux défis du sous-emploi, de la mondialisation, de la dégradation compte tenu du pouvoir d’achat dans notre pays sous-développé.

    Il y a déjà une grande histoire syndicale au Sénégal, mais est-ce que les syndicats ne s’essoufflent pas un petit peu face à la montée des mouvements de la société civile, comme « Y’en a marre » ?

    Les terrains ne sont pas les mêmes. La société civile se positionne surtout sur le front politique, la défense des droits humains fondamentalement. Mais l’essoufflement se traduit par la dispersion et l’incapacité de faire face aux défis, de pouvoir mobiliser comme par le passé les travailleurs contre les politiques néolibérales. C’est par ce niveau-là que l’on ressent l’essoufflement des organisations syndicales, dans la dispersion, la division.

    Quelle est la dernière grande victoire syndicale au Sénégal ?

    Certainement le processus de mise en place du dialogue social avec la première conférence sociale tenue au Sénégal en avril 2014.

    Et concrètement, depuis cette première conférence sociale de 2014 est-ce qu’il y a eu des améliorations dans la condition de vie des travailleurs et dans leur rémunération ?

    C’est la grande faiblesse. Il y a eu des avancées sur les subventions accordées aux centrales syndicales les plus représentatives, il y a eu des avancées sur la prime de transport. Sur la retraite à 60 ans, il y a encore des résistances de la part du patronat.

    Des résistances ?

    Des résistances… Il y a eu des avancées sur la baisse de l’impôt sur le revenu des travailleurs, mais nous attendons encore le gouvernement sur la baisse des prix des denrées de première nécessité et usage courant. La dernière avancée c’est la baisse du prix de l’électricité.

    Donc il y a quand même quelques acquis ?

    Tout à fait. Mais encore insuffisants au regard des difficultés actuelles de vie et d’existence.

    Est-ce que le taux de syndicalisation ne reste pas très faible ?

    Tout à fait. Il est encore faible et les travailleurs sont déboussolés par la prolifération des centrales syndicales. Il faut travailler à restituer le mouvement syndical et à créer les conditions d’augmentation du taux des syndicalisations.

    Est-ce qu’il n’y a pas aussi un problème politique ? Est-ce que certains syndicats ne sont pas instrumentalisés ?

    Il en existe. Il y a encore une complicité avec les pouvoirs. La corruption également gangrène le mouvement syndical.

    Voulez-vous dire qu’il y a des dirigeants syndicaux qui sont corrompus ?

    De plus en plus. L’allégeance par rapport au régime en place, la corruption qui s’est installée depuis 2000 contribuent à affaiblir le mouvement syndical.

    Il y a cinquante ans, une intersyndicale a fait tomber un régime. C’était en Haute-Volta, du temps de Maurice Yaméogo. Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui des syndicalistes qui sont dans une logique insurrectionnelle ?

    Je ne le pense pas. Les perspectives d’insurrection s’éloignent de plus en plus de l’activité revendicative.

    Vous parlez pour le Sénégal ou pour l’Afrique de l’Ouest ?

    Pour le Sénégal et pour l’Afrique de l’Ouest. Je ne vois pas aujourd’hui dans les pays de la sous-région de la Cédéao des syndicats aussi puissants, aussi présents sur le terrain, pouvoir conduire de tels processus.

    Voulez-vous dire que désormais la dynamique est du côté des mouvements de la société civile ?

    Même du côté de la société civile, il y a des difficultés. Mais la gestion de la revendication politique avec des perspectives insurrectionnelles, c’est plus du côté de la société civile que des organisations syndicales.

    Prenons un exemple. Mai-juin 2011 Abdoulaye Wade veut modifier les règles du jeu pour pouvoir s’accrocher au pouvoir l’année suivante. Ce ne sont pas les syndicats qui ont fait reculer Abdoulaye Wade.

    Tout à fait. On voyait plus les membres de la société civile que les organisations syndicales. Alors qu’avant c’était le contraire.

    Et à quoi ça tient ?

    C’est en fait la faiblesse des partis de gauche. Les partis de gauche étaient très prétendants au mouvement social. Mais aujourd’hui, le recul des partis de gauche a affaibli également le mouvement social.

    Et le mouvement syndical ?

    Et le mouvement syndical. Et aujourd’hui, la prolifération des organisations syndicales et la dispersion des partis politiques ne créent plus les conditions de l’encadrement conséquent – et de la société civile – et des syndicats.

    Et évidemment, le pouvoir joue sur ces divisions syndicales, non ?

    Il les cultive en créant ses propres organisations et en développant une stratégie de pourrissement dans la gestion de la revendication et de corruption. Le processus de mondialisation, la précarisation, le culte de l’argent et de la promotion facile sont autant de phénomènes qui gangrènent notre société. Les syndicats n’y échappent pas. Les partis politiques n’y échappent pas. La société civile n’y échappe pas. C’est pourquoi aujourd’hui, il y a un recul dans le processus de mobilisation et de lutte contre les politiques aujourd’hui qui s’installent dans nos pays.


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