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    Elie Kamano: «les dirigeants guinéens ne veulent pas laisser la place aux jeunes»

    Elie Kamano, en mars 2015. www.facebook.com/eliekamanoguinee/

    Avec son nouvel album, le reggaeman guinéen et militant Elie Kamano revient sur le devant de la scène. En plus de ses nouveaux titres, l’artiste a décidé de sortir un livre où il appelle la jeunesse guinéenne à se faire entendre et les dirigeants guinéens à jouer le jeu de l’alternance.

    RFI: Un livre, un nouvel album et aujourd’hui, un concert. Quel est le message que vous voulez faire passer, ce dimanche ?

    Elie Kamano: Le message que je veux faire passer, c’est ce que j’ai toujours fait passer. Le message est le même à savoir que nos dirigeants sont têtus, nos dirigeants aiment s’éterniser au pouvoir, nos dirigeants ne veulent pas laisser la place aux jeunes. Et donc, dans le livre, dans l’album, je parle de cette thématique.

    A qui vous adressez-vous ?

    Je m’adresse d’abord à la jeunesse, au refus de cette jeunesse de se réveiller ou encore à son refus de prendre conscience que ces dirigeants sont en train d’hypothéquer son avenir. Ensuite, je m’adresse aux dirigeants qui refusent aujourd’hui de partir, de quitter le pouvoir, de respecter la Constitution de leur pays et qui continuent à bâillonner leur peuple. Mes deux cibles sont bien précises. C’est le gouvernement et la jeunesse.

    Est-ce que vous avez l’impression d’être entendu par ces deux cibles ?

    Oui. Par la jeunesse, oui. Les jeunes m’entendent. Il faut quand même reconnaître qu’en Guinée, je suis un leader de cette jeunesse et quand je décide de descendre dans la rue pour une cause commune, une cause nationale, les jeunes répondent à l’appel. Il y a un problème de leadership, en fait. La jeunesse guinéenne est restée longtemps sans leader, sans qu’il y ait quelqu’un comme Elie Kamano qui puisse les inciter à se réveiller et à prendre leur destin en main. Maintenant pour ce qui est de l’autre cible, le gouvernement entend les messages d’Elie Kamano mais refuse de les appliquer. Il refuse de céder.

    Que souhaitez-vous incarner aujourd’hui en Guinée ?

    J’incarne déjà cette figure d’artiste citoyen, d’activiste et aussi d’écrivain parce que je suis sur tous les fronts pour amener tout simplement les jeunes - par imitation, je dirais bien, parce qu’ils aiment bien ce que je fais - d’abord à renouer avec la lecture. Aujourd’hui en Guinée, la lecture est devenue quelque chose de très rare, un luxe. Les gens ne lisent plus. C’est donc le premier aspect.

    Pour ce qui est du deuxième aspect, j’apparais aujourd’hui comme étant cet artiste qui, en dehors de la musique, lie des relations vraiment extraordinaires avec le peuple de Guinée et ce peuple qui compte sur moi, sur ma voix, est ce peuple qui compte sur ma position.

    Avez-vous le sentiment aujourd’hui que ce peuple, que ces jeunes Guinéens ont la possibilité de s’exprimer ?

    On leur refuse la possibilité de s’exprimer. Dans notre pays, la Guinée, on a des dirigeants qui se comportent comme des tortues. Vous savez la tortue, quand il faut mettre le feu derrière pour que la tête sorte. Les dirigeants sont là. Ils ont des solutions. Quand les enseignants ont posé leurs problèmes, ils avaient des solutions. Or, quand on a des revendications, nous sommes obligés de passer par la rue et pour cela, des gens perdent leur vie. Ce n’est pas normal. Moi, je pense aujourd’hui que cette jeunesse, on est en train de la bâillonner, de bâillonner sa voix. Notre président est déjà en train de parler du troisième mandat e ça, c’est déjà le signe qui veut dire, je pense, que la jeunesse l’attend au tournant.

    Avez-vous des contacts avec les mouvements citoyens des autres pays de la sous-région comme Y’en a marre, au Sénégal ou le Balai citoyen, au Burkina Faso ?

    J’ai des contacts directs avec le Balai citoyen du Burkina. D’ailleurs, quand l’ex-président Blaise Compaoré est parti, j’étais au Burkina. J’ai pris ma voiture et j’ai voyagé jusqu’au Burkina parce que c’est un pays que je porte dans mon cœur, à cause de Thomas Sankara. J’étais donc là avec eux, avec Smockey, les syndicats et tous les autres. Nous avons fêté, place de la Révolution, cette victoire.J’ai des contacts aussi de l’autre côté, avec Fou Malade, Awadi et d’autres.

    Ceci étant, ce que j’aimerais, c’est que nous arrivions, en Guinée, à faire la même chose mais ici, le problème c’est que le gouvernement parvient toujours à casser les mouvements que je mets en place. Parfois, on arrive à corrompre les jeunes facilement et ils n’arrivent pas à terminer ou à aller au bout de leurs combats.

    Et aujourd’hui, est-ce votre engagement passe par des élections ?

    Oui, forcément. Si j’ai envie d’être parmi les décideurs de ce pays, je ne me limiterai pas au micro ou aux studios. Pour être décideur dans ce pays, il va falloir que je passe aussi par l’engagement politique. Pour combattre le mal, il faut être au cœur du mal. Tout le monde, aujourd’hui, est unanime là-dessus. Ce système constitue le vrai problème du peuple guinéen. C’est le mal donc. Il faut le combattre. Il faut aussi se mettre dans leur peau et c’est pourquoi j’ai décidé d’être candidat aux futures élections communales qui tardent d’ailleurs à être réalisées.

    Dans la commune de Conakry ?

    Oui, dans la commune de Matoto, la plus grande commune de Conakry.

    Aujourd’hui, est-ce qu’il y a tout de même des choses que la Guinée fait bien, arrive à faire ?

    Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas s’il y a des choses que les Guinéens arrivent à faire assez bien car le problème, vous savez, c’est que la politique a divisé les Guinéens. De plus, nous sommes confrontés à l’ethnicisme. Il y a les Peuls d’un côté, les Malinkés de l’autre. Il y a des Soussous et des forestiers qui sont là aussi et chacun soutient les leaders de leur ethnie. Ça, c’est très dangereux. Par conséquent, je suis un artiste engagé, un citoyen conscient de l’état de son pays et j’estime que, s’il doit y avoir une révolution, elle doit venir de la plus grande citoyenneté, c’est-à-dire de la rue, comme cela s’est passé au Burkina, au Sénégal, en Egypte et ainsi de suite.
     


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