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    Antoine Glaser: Macron à Gao, «une pression sur le gouvernement malien»

    Le journaliste Antoine Glaser lors d'une table ronde à la Médiathèque d'Orléans le 27 février 2016. O. Morand/wikimedia.org

    Emmanuel Macron était en visite sur la base militaire de Gao, au Mali, vendredi 19 mai. Ibrahim Boubacar Keita a fait le déplacement depuis Bamako. Le président français a affirmé à IBK la « détermination » militaire de la France d'éradiquer le terrorisme. Il a clairement exprimé sa fermeté face aux lenteurs de l'application de l'accord de paix de mai-juin 2015, critiquant même l'Algérie. Est-ce un « couac » diplomatique vis-à-vis d'Alger ? Emmanuel Macron peut-il réussir là où François Hollande peinait ? L'analyse de l'africaniste et écrivain Antoine Glaser. Il est interrogé par Jean-Jacques Louarn.

    RFI : Emmanuel Macron à Gao sans passer par Bamako, quelle lecture faites-vous de ce déplacement ?

    Antoine Glaser : C’est vraiment pour aller à Gao rencontrer les militaires français et je pense que ça fait partie aussi, politiquement, d’une pression sur le président Ibrahim Boubacar Keïta. Et on l’a bien vu, parce qu’il y a eu un certain nombre de déclarations ensuite d’Emmanuel Macron, en disant qu’il faut que chacun prenne ses responsabilités. Ce n’est pas une humiliation. Le mot est un peu fort, mais c’est quand même une pression, disons, sur le gouvernement malien. C’est évident.

    Pression sur IBK, mais pression aussi sur les mouvements rebelles ou les ex-mouvements rebelles ?

    Le président Macron a été briefé sur le fait que finalement l’opération Barkhane et les interventions militaires françaises arrivent au bout, sont un peu maintenant hors-sol par rapport aux réalités du terrain et à la poursuite de l’ensemble des attentats des mouvements jihadistes dans la région qui sont vraiment dans le Sahel comme chez eux. Et je pense qu’il a compris que ce n’était pas possible de continuer en l’état ces opérations militaires, s’il n’y avait pas un relais, non seulement politique, diplomatique – et comme il le dit lui-même – un investissement réel de tous les pays concernés. Sinon ça n’a aucun sens.

    Emmanuel Macron n’a pas hésité – à demi-mot, mais tout le monde a compris – à affirmer que Bouteflika était en quelque sorte un frein à ce processus d’Alger – ce processus de paix – en protégeant en quelque sorte le leader Iyag Ag Ghali ?

    C’est ce que lui ont fait remonter les militaires français. Parce que c’est vrai qu’Iyad Ag Ghali a fédéré l’ensemble d’un certain nombre de mouvements, non seulement en tant que chef touareg, mais également avec les chefs de libération du Macina, les Peuls, plus l’ensemble de la région. On sent un certain agacement du côté français et c’est ce qui a été relayé par Emmanuel Macron, en disant : « Il faut que tous les pays dans la région prennent leurs responsabilités ». Et à l’évidence, en téléphonant au président Bouteflika,c’était le message en disant : « L’accord d’Alger de mai juin 2015 n’avance absolument pas. Est-ce que finalement les Algériens ont vraiment envie qu’il y ait la paix au nord du Mali ? » On voit bien qu’un certain nombre de Maliens proposent une négociation avec Iyad Ag Ghali. Donc on arrive dans une sorte de corner pour les militaires français, encore une fois l’opération Barkhane va paraître totalement hors-sol par rapport aux réalités du terrain politique, avec les voisins, les pays concernés qu’on n’entend pas. J’étais vraiment surpris de voir qu’Emmanuel Macron arrive avec une pression extrêmement forte sur les pays de la région – non seulement le Mali, mais l’ensemble des pays du G5 Sahel – et s’adresse directement à l’Algérie comme étant quasiment partie prenante dans cette affaire et il n’y a pas de retour. On n’entend rien du côté des pays concernés.

    La critique à l’égard d’Alger, est-ce que c’est un couac diplomatique ?

    Je pense qu’Emmanuel Macron mesure très bien quand il s’adresse à Alger – il a toujours eu de bonnes relations avec l’Algérie – il croit être en position de force vis-à-vis de l’Algérie et pouvoir s’adresser de cette façon-là à l’Algérie. On sait bien que ça reste extrêmement compliqué dans cette région. L’Algérie, pendant des années et des années, a toujours considéré que toute cette partie – cette zone sahélienne – faisait partie de sa profondeur stratégique, en particulier de l’armée algérienne. Ils ne supportaient pas de voir des Français dans la région. Compte tenu aussi des attentats islamistes chez eux, ils ont changé un peu sur ce plan-là. Ils ont toujours dit qu’ils ne voulaient pas intervenir chez le voisin. Mais à l’évidence, je pense que ça n’a pas dû vraiment plaire à Alger qu’on s’adresse de cette façon, directement aux autorités algériennes. Emmanuel Macron sous-estime peut-être les réalités un petit peu de toute cette région. Mais en même temps, à mon avis, on était quand même beaucoup plus à Gao dans du franco-français et c’était une façon de dire : « Je n’autoriserai pas les pays de la région à mettre en danger la vie des soldats français ». C’était un message beaucoup plus destiné à Paris, qu’un message destiné réellement aux pays concernés.

    Vous dites « du franco-français », mais Emmanuel Macron veut embarquer l’Europe sur le terrain militaire au Sahel. Peut-il réussir ? Alors, bien sûr, il y a l’axe Paris-Berlin.

    Et c’est très important. Je pense qu’on sous-estime à quel point Emmanuel Macron peut réussir à entraîner quand même les Allemands dans les opérations de maintien extérieur, même de la France. François Hollande n’a jamais réussi à faire payer les Allemands pour les opérations de maintien extérieur de la France, qui se font officiellement pour l’ensemble sous de la protection de l’Europe. Et là, je pense qu’il y a quelque chose de nouveau, ne serait-ce que sur le plan du financement. A mon avis, c’est ce que cherche Emmanuel Macron, c’est faire payer les Allemands pour les opérations extérieures de la France dans le Sahel. C’est ce que n’a pas réussi à obtenir François Hollande et je pense qu’Emmanuel Macron peut peut-être, lui, réussir finalement à faire payer les Allemands pour cette présence militaire française en Afrique.

    Vous, qui avez écrit « Ces Messieurs Afrique », diriez-vous que la page de Jacques Foccard, « Le grand sorcier blanc » de Jean-Christophe Mitterrand « Papa m’a dit » est tournée ? Hier, sous François Hollande Thomas Mélonio, aujourd’hui Franck Paris ?

    On n’est plus comme du temps de la Guerre froide avec un contrôle total politique, militaire, financier de ce qu’on appelait la Françafrique. Mais je fais confiance finalement à ses réseaux d’influence africains. Ils savent toujours trouver quand même des petites portes. Même sous Emmanuel Macron, ils les trouveront. Ils rentreront par derrière l’Elysée. Il ne faut pas non plus se leurrer. Ils savent faire.


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