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    Jean-Karim Fall, si tu peux encore nous entendre…

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Nous sommes tous, à RFI, encore abasourdis par la nouvelle de la brusque disparition de notre confrère et ami Jean-Karim Fall, vendredi 26 mai. Il n’est point nécessaire de se demander pourquoi Jean-Baptiste Placca, éditorialiste Afrique sur nos antennes, tient ce samedi à rendre hommage à cette voix du monde. Les deux hommes se sont bien connus.

    J’ai d’abord bien connu son père, vous allez comprendre pourquoi. Jean-Karim, dans le métier, est de ma génération. 1984, l’année où Jean-Karim Fall entrait à RFI, j’intégrais, moi, la rédaction de Jeune Afrique. Je l’entendais. Lui me lisait. Nous échangions de temps à autre au téléphone, sur tel ou tel sujet sur lequel j’avais écrit, et qu’il voulait traiter, et vice versa. Mais nous ne nous voyions pas.

    Puis, en août 1985, le président Abdou Diouf a choisi d’organiser à Dakar une réplique du Festival panafricain des arts nègres, pour le vingtième anniversaire de celui, organisé par Léopold Sédar Senghor, en 1966. Il avait rassemblé quelques artistes et intellectuels sénégalais, sous l’égide de Pathé Diagne, Pierre Goudiaby, pour aller vendre à ses pairs africains l’idée de ce festival.

    Jeune Afrique était invité à envoyer à Dakar un journaliste pour rejoindre et accompagner la délégation dans cette tournée africaine. Le chef de délégation était un certain Kader Fall, ministre sénégalais de la Culture et, comme je n’allais pas tarder à le savoir, père de Jean-Karim.

    Kader, le père de Jean-Karim

    Deux jours avant notre départ, l’opposition sénégalaise avait organisé à Dakar une manifestation de soutien aux Sud-Africains noirs en lutte contre l’apartheid. La vérité est qu'Abdoulaye Wade et ses compagnons voulaient surtout mettre Abdou Diouf en difficulté, en l’obligeant à réprimer une manifestation contre l’apartheid, ce qui, à cette époque, s’apparentait à un crime contre le panafricanisme.

    La police est intervenue ; il y a eu quelques blessés. Moi, j’ai fait un petit article, publié dans JA. Nous démarrons la tournée par l’Afrique de l’Est, la Tanzanie, où Julius Nyerere venait de passer la main. Au bout de quelques jours, nous revenons vers les zones de diffusion de mon journal. A Kinshasa, le ministre Kader Fall prend Jeune Afrique au kiosque de l’hôtel et découvre mon papier. Le lendemain, il a la mine renfrognée, lorsqu’il me salue au petit déjeuner.

    Plus tard dans l’après-midi, il m’explique que mon article est franchement inamical pour le président Diouf et pour le Sénégal. Il conteste le nombre de manifestants, attaque la ligne éditoriale de Jeune Afrique. Puis il se détend, et me dit qu’il commençait à se poser des questions sur moi, tellement j’étais austère et taciturne, depuis notre départ de Dakar, mais qu’il avait été rassuré en me voyant, la veille, danser en boîte de nuit. C’est alors qu’il me confie que lui aussi a un fils, de mon âge, journaliste.

    Je lui dois un scoop sur Arafat

    Jean-Karim et moi, nous discuterons longuement pour la première fois en 1988, à Addis-Abeba, lors du sommet du 25e anniversaire de l’OUA. Il maîtrisait déjà les subtilités de ces grand-messes panafricaines. Je lui dois d’ailleurs, indirectement, l’audace d’un réel scoop. Sur les marches de l’Africa Hall, nous discutions des lieux de résidence des principales délégations. Puis nous en vînmes à parler de Yasser Arafat.

    « Lui, personne ne sait où il loge. C’est l’hôte le mieux gardé de ce sommet. La sécurité autour de lui est totale », dit Jean-Karim. Je me dis alors en mon for intérieur qu’il me fallait à tout prix trouver et interviewer Arafat. Et j’y parviendrai. Comme pour deux ou trois autres de la liste des imprenables qu’il avait dressée. Notamment Oliver Tambo, l’alter ego, en liberté, de Nelson Mandela. Il y a trente ans... A l’âge que nous avions, il suffisait d’entendre Jean-Karim décrire l’impossible pour vouloir tenter de relever le défi.

    Par la suite, j’aurai l’occasion d’apprécier quel bon journaliste il était. En 1991, dans une ville de Lomé sous des trombes de balles et d’obus, il sera le seul journaliste à rapporter au monde ce qui se passait dans ce Togo en délicatesse avec la démocratie, après ce que l’on avait alors appelé « l’assaut contre la Primature ». Il était courageux, physiquement et professionnellement, et il avait réellement risqué sa vie pour informer le monde sur ce qui aurait pu être un massacre à huis clos.

    Plus tard, en 1997, le président Cluzel, de RFI, qui m’avait invité à déjeuner pour me dire tout le bien qu’il pensait de L’Autre Afrique, m’a demandé ce que je pensais du travail fait en décembre 1991 par Jean-Karim au Togo. Je lui ai répondu la même chose, en précisant que lorsque la vérité journalistique gêne trop les pouvoirs politiques, ceux-ci s’emploient à discréditer le travail et le sérieux du journaliste.

    De ce déjeuner, auquel participait Hugo Sada, et de la conversation avec le PDG de RFI, je n’ai jamais rien dit à Jean-Karim. Mais il sera le premier à plaider ma cause, lorsqu'en 2007, Henri Périlhou proposera à la présidence de RFI de me prendre pour faire cet éditorial.

    Nous nous respections mutuellement

    Je le respectais beaucoup, et je respectais plus encore son professionnalisme. Je crois que c’était aussi un peu vrai dans l’autre sens. Je me souviens de ce coup de fil, un matin de mai 1997, à la parution du premier numéro de L’Autre Afrique, le newsmagazine que je venais alors de lancer. Il m’a alors demandé comment j’avais pu ne pas le contacter pour qu’il programme plus tôt une interview. Je lui ai dit que je n’avais pas compris que ce pouvait être aussi important.

    En fait, j’avais pensé à lui et à Christophe Boisbouvier, pour collaborer à ce magazine. Mais une de mes proches collaboratrices, qui avait d’autres idées derrière la tête, m’a dit que tous les deux n’avaient pas une minute à eux, parce qu’ils travaillaient beaucoup, en tant que maîtres d’ouvrage de ce que proposait le service Afrique de RFI, et qui était réellement excellent, en cette année 1997.

    Le temps passe, et l’on ne prend pas assez le temps de dire aux amis tout le bien que l’on pense réellement d’eux, de leur travail, de leur vie. Et l’on est pris de remords, lorsqu’un matin, la mort, soudain, nous les enlève. On a alors mal d’avoir laissé l’indifférence du temps couvrir les belles choses de leur vie.

    D’avoir, parfois, laissé les vicissitudes de l’existence nous éloigner de gens que l’on ne devrait avoir jamais cessé d’apprécier, d’aimer, d’admirer. Je pense, avec tristesse, à ce fils, ton fils, dont l’admission à HEC t’avait fait, un jour, exploser de joie, comme je ne t’avais jamais vu. Comme sait le faire un père aimant, qui va manquer à ses enfants, à ta famille.


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