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    Total en Afrique: «Les multinationales imposent leur loi», selon A. Deneault

    Alain Deneault, philosophe et chercheur, auteur de l'ouvrage « De quoi Total est-elle la somme? ». ecosociete.org

    Nigeria, Congo, Gabon, Angola... le continent africain représente un tiers des activités de Total. Et la firme revendique le titre de premier groupe pétrolier en Afrique. Et sur le continent comme ailleurs, Total exploite tous les vides et les failles juridiques, et utilise des méthodes à la limite voire en marge de la légalité pour perpétuer son activité. C'est la thèse que défend Alain Deneault dans son ouvrage «De quoi Total est-elle la somme?». L'auteur est également directeur de programme au Collège international de philosophie de Paris. Il répond aux questions de RFI.

    RFI: Total tend à considérer que ce qui est illégal, c’est ce qui est interdit par la loi et sanctionné par un tribunal. Partant de là, la firme utilise de nombreuses méthodes et techniques pour ne pas être condamnée. Comment Total profite-t-elle du fait qu’elle est une firme multinationale et qu’elle n’a affaire qu’à des justices nationales ?

    Alain Deneault : Déjà, lorsqu’on on est une multinationale, on n’est pas une entité mais un réseau d’entités qui sont indépendantes en droit, bien que solidaires financièrement. Il s’agit d’un groupe. Par conséquent, une société comme Total peut prétendre agir légalement dans le cadre de ses très nombreuses activités dans la mesure où chaque filiale respecte le droit correspondant au pays où elle se trouve créée. Ainsi, la filiale des Bermudes, la filiale de multinationales, la filiale du Congo… Elles vont toutes respecter les lois en vigueur dans les pays correspondants bien que ce soit, souvent, des pays tout à fait complaisants. Et les firmes sont parvenues à imposer une forme de loi qui est la loi de la mondialisation. C’est la loi du marché. Et elles sont assez puissantes pour faire chanter les Etats et pour les faire plier.

    Il y a donc deux régimes de lois qui se développent dans le cadre de la mondialisation. C’est la loi du marché, la loi du commerce qui est celle qui élabore des acteurs extrêmement puissants que sont les firmes multinationales dont Total – et là on a un exemple parfait – et les législations qui sont, en quelque sorte, enfermées dans des prérogatives qui sont de moins en moins à la hauteur des défis de l’époque.

    D’autant plus que, dans certains cas, le pouvoir en place dans certains pays bénéficie directement des activités de Total et n’a pas intérêt à la voir poursuivie ou condamnée ?

    Tout à fait. Qu’est-ce que ça veut dire lorsqu’une entreprise comme Total dit « Tout ce qu’on fait est légal » ? Cela veut dire que, très souvent, on compte sur le soutien d’un Etat complice dans des cadres qui auraient plutôt supposé que les institutions publiques sanctionnent.

    Cela peut supposer aussi qu’il y a des vides juridiques soit entre les législations, soit à l’intérieur de certaines législations et que l’on exploite.

    Il se peut que ce soit aussi qu’en termes de droit, on soit incapable d’inculper une maison-mère pour ce qu’aurait fait sa filiale dans tel ou tel pays. C’est par exemple le cas au Nigeria où il y a des cas de pollution massive absolument dramatiques pour les populations.

    Et tout cela, sans parler de la façon effectivement que peut avoir le groupe dans tel ou tel pays de complètement intégrer les élites dirigeantes ou les exécutifs politiques à des intérêts qui n’ont plus rien à voir avec le bien commun ou encore avec la chose publique ni avec les enjeux du pays qui sont en cause.

    Par exemple, quand vous voyez, en Algérie, une élite être abondamment financée par la France en échange d’accès à des concessions au profit de sociétés pétrolières françaises, dans les années 1990, nous sommes dans des cas de figure où il n’y a plus d’autorité capable de faire valoir le bien commun, au-delà des tractations qui ont cours entre puissants de différents milieux, c’est-à-dire financiers, étatiques et industriels.

    Et une autre manière de court-circuiter, dirions-nous, la justice – vous parliez du Nigeria et des épisodes de pollution – c’est de proposer des arrangements, en échange d’arrêt des poursuites ?

    Vous avez, par exemple au Nigeria, des sociétés pétrolières dont Total ou encore Shell qui ont provoqué le pire. Il y a un spaghetti d’oléoducs qui fuient à flux tendu, dans la région du delta du Niger, au point de provoquer l’équivalent d’une marée noire par année. Et là, vous avez effectivement des victimes de cette exploitation qui ont voulu obtenir réparation auprès de la maison-mère et qui se sont fait dire par un juge, au terme d’une longue procédure, que seule la filiale était concernée et qu’il fallait donc obtenir réparation dans ce pays hautement corrompu qui est le Nigeria.

    Quand on agit comme filiale d’un groupe, encore faut-il voir qui est à même de sanctionner. Dans ce cas-ci,  ce serait le gouvernement nigérian. Or, il ne s’agit pas d’un gouvernement qui a témoigné d’un grand amour pour le bien commun, pour la chose publique ou encore pour les intérêts de son peuple.

    Vous avez, par exemple Manuel Valls, qui s’est présenté au Nigeria pour offrir le soutien de la France en ce qui concerne la sécurité du territoire. Comment décoder la chose ? Cela veut dire que la République offrait au Nigeria de l’aide pour réprimer divers mouvements de résistance envers l’exploitation pétrolière.

    Ceci étant, quand on procède de la sorte, on comprend bien qu’on n’est pas en train de régler le problème et que l’on fait en sorte que l’exploitation puisse continuer, au détriment des populations qui actuellement en meurent.

    Il faut comprendre que dans la région du delta du Niger, on mange du pétrole, on boit du pétrole, on respire du pétrole. Les fuites sont permanentes. Parfois les Etats, dans la mondialisation, n’existent que pour garantir une sécurité juridique auprès des investisseurs et ce qui est intéressant, c’est de voir comment la loi est devenue strictement la loi du plus fort, c’est-à-dire la loi du marché, la loi de la mondialisation. Elle permet aux investisseurs de figer dans le temps, en quelque sorte, la situation dans laquelle ils se trouvent lorsqu’ils investissent, pour tirer profit des pouvoirs législatifs sans jamais être contraints par eux.


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