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    Les récits de voyage et la connaissance de l’Afrique avec O. Grenouilleau, historien

    Couverture du livre «Quand les Européens découvraient l'Afrique intérieure», d'Olivier Grenouilleau aux éditions Tallandier. © Editions Tallandier

    Auteur du livre Quand les Européens découvraient l'Afrique intérieure, l'historien Olivier Grenouilleau s'est penché sur les récit de six voyageurs, français et britanniques, partis à la découverte des terres intérieures de l'Afrique de l'Ouest, une région alors totalement inconnue des Occidentaux, entre 1795 et 1830. Ils en sont revenus avec des récits de voyage qui ont fait mentir bien des clichés et des idées reçues. Olivier Grenouilleau, directeur de recherche à l'université Paris-Sorbonne, répond aux questions de RFI.

    L'historien Olivier Grenouilleau, directeur de recherche à l'Université Paris Sorbonne. Didier-CTP/wikimedia.org

    RFI : Les Européens connaissaient les côtes de l’Afrique de l’Ouest dès le XVe siècle. Pourquoi ont-ils attendu si longtemps pour s’aventurer vers l’intérieur ?

    Olivier Grenouilleau : Disons que jusqu’aux années 1840 et l’utilisation préventive de certains médicaments, on n’a absolument aucun remède contre les fièvres et les Européens meurent en grand nombre sur les côtes.

    La deuxième raison, c’est que les Etats africains sont très puissants. On le voit avec ces explorateurs, les premiers à pénétrer à l’intérieur du continent en Afrique occidentale ; ils partent seuls avec un guide ou deux-trois porteurs, mais ils sont pratiquement isolés et ils dépendent entièrement du bon vouloir des autorités africaines. C’est une époque où le rapport de force est encore largement en faveur des puissances africaines.

    Dans quelles conditions matérielles ces expéditions s’effectuent-elles ?

    Ils partent avec plus ou moins de moyens. Du côté britannique, ce sont soit l’Etat, soit des sociétés géographiques qui encouragent les voyages. Du côté français, on a René Caillié et on a Mollien qui, finalement, met plus d’un an à obtenir l’autorisation d’aller à l’intérieur du Sénégal. Donc, du côté français, ce sont des initiatives individuelles.

    Mais dans les deux cas, je dirais britanniques et français, on a affaire à des gens qui partent avec très, très peu de moyens. D’une part parce qu’ils n’ont pas beaucoup de porteurs, ils ne peuvent pas tout emporter et puis aussi parce que la caravane est « trop importante ». Les chefs d'Etat africains ne laissent pas finalement pénétrer à l’intérieur du continent.

    Pour une expédition, Gray et Dochard - deux Britanniques - partent avec des dizaines d’hommes armés, avec des canons et des boulets, mais en fait ils s’enlisent. En deux-trois ans ils font à peine quelques kilomètres vers l’intérieur. Ils doivent abandonner les canons, les boulets, etc. Et puis voilà, ils ne peuvent pas pénétrer à l’intérieur du continent.

    Ces expéditions sont-elles uniquement destinées à améliorer la connaissance du continent et de ses occupants ?

    Les motivations sont nombreuses. Officiellement, ils doivent reconnaître le cours des grands fleuves de la région. Puis ils nous renseignent à peu près sur tout. C’est ça l’intérêt du récit finalement. Ils nous parlent des animaux, des femmes, des hommes, de l’art de faire la guerre, de l’art de bâtir des maisons… Même s’ils ne parlent jamais de civilisation africaine, en fait ils nous montrent qu’il y a des peuples, des usages, des traditions variés en Afrique intérieure.

    Qu’est-ce qu’ils trouvent sur place à quoi ils ne s’attendaient pas ?

    Ils ont conscience qu’ils apportent des connaissances. Parce que, encore une fois, les côtes on les connait depuis longtemps, mais l’intérieur de l’Afrique est totalement inconnue des Européens. Et donc, ils ont conscience d’apporter de l’information et il y a un certain refus du sensationnalisme. Par exemple, ils nous disent qu’il n’y a pas de cannibales en Afrique.

    Dans un récit de voyage, les lecteurs s’attendaient peut-être à ce qu’on parle de cannibales. Ils nous disent « On dit souvent qu’il y a des bêtes féroces en Afrique, des lions, etc. Il est vrai que j’ai vu des traces, on a croisé un lion ». Mais en fait, les animaux dont ils se plaignent le plus, ce sont les insectes parce qu’ils sont assaillis par leurs piqures. Et puis inversement. On a des images qui sont inversées par ce que les Européens à l’époque pouvaient imaginer.

    Les frères Lander se plaignent parce que finalement à l’intérieur on n’a jamais vu d’Européens. Ils sont un peu, disent-ils, comme des animaux en cage. Ils ne peuvent pas sortir parce qu’on vient les visiter. Et puis, on apprend que pour les Africains ce sont les Européens qui sont tous cannibales. Donc parfois il y a une sorte d’inversion d’image.

    Les rencontres se font donc dans les deux sens...

    Oui, c’est vraiment une rencontre entre des hommes qui ne se connaissent pas, entre des peuples qui ne se connaissent pas. Et je dirais une rencontre à hauteur d’homme. Tous, par exemple, louent l’hospitalité africaine. Park nous dit qu’il a trouvé des hommes un peu comme partout, des hommes sympathiques et d’autres moins qui les ont bien accueillis ou pas, mais il il n’a jamais été déçu par l’hospitalité des femmes africaines.

    Est-ce que ces récits de voyages ont été lus à l’époque ?

    Ah oui, ce sont best-sellers à l’époque ! Ils sont lus pas mal et ils sont traduits. Et d’ailleurs j’ai trouvé ça intéressant parce que ces Européens essaient de décrire le réel, mais à partir de leurs yeux qui sont ceux d’Européens. Mais est-ce qu’il pouvait en être autrement ?  Donc, parfois, ils font disparaître certains clichés.

    Park, Caillié notamment, nous disent que l’Africain n’est pas indolent comme certains le disent. René Caillié finalement est admiratif vis-à-vis du travail des agriculteurs africains. Et par ailleurs, ils sont à l’origine de peut-être d’autres clichés, des clichés nouveaux comme celui de l’Africain noir qui serait gentil, mais « naïf » et qu’il faudrait aider dans la voie du progrès.

    Donc il y a des choses qui renvoient à des idées véritablement racistes comme celles de l’époque, mais en même temps il y a d’autres aspects qui sont très progressistes. Mungo Park nous dit que finalement à part la couleur les Africains ont les mêmes sentiments que les Européens. Après, évidemment, les lecteurs, face à cette foulée d’images contradictoires ils retiennent souvent ce qu’ils veulent. Et ces récits ont été interprétés de manières très différentes par leurs lecteurs et à différentes époques.


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