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    Benoît Hazard: au Kenya, «L'assassinat de Chris Msando est plus qu'inquiétant»

    Benoît Hazard, anthropologue au CNRS spécialiste du Kenya. Capture d'écran France 24

    La situation au Kenya se tend alors que Christopher Msando, en charge du pôle technologique de la commission électorale vient d’être assassiné. Il était une des personnes clé des élections générales prévues ce 8 août puisqu’il allait participer aux tests des systèmes électroniques de votes. Décryptage avec Benoît Hazard, anthropologue chargé de recherche au CNRS et spécialiste du Kenya.

    RFI : Est-ce que l’assassinat du responsable informatique de la Commission électorale à une semaine du scrutin est inquiétant pour le Kenya ?

    Benoît Hazard : On peut dire que c’est plus qu’inquiétant et pour plusieurs raisons. Le rôle de Chris Msando dans le processus électoral, donc en tant que chargé du pôle technologique de la Commission électorale, en fait, il était chargé non seulement de l’identification des votants– c’est-à-dire que ça concerne directement les listes électorales –, mais surtout de la transmission des résultats. Et son assassinat intervient à un moment assez trouble : à la veille d’un test à grande échelle qui devait avoir lieu et qui devait permettre de vérifier que la transmission des résultats par vote électronique se fasse bien dans tout le pays. Et effectivement, ce test n’a pas pu avoir lieu. Donc à une semaine des élections, qui doivent avoir lieu mardi prochain, son assassinat pose un vrai problème et pose un vrai problème en particulier à l’opposition parce que Msando paraissait assez impartial dans la manière de traiter les deux camps. Il est clair que retrouver quelqu’un qui présente ces gages d’impartialité à une semaine des élections ça va être très, très compliqué.

    Est-ce que cet assassinat ne remet pas en cause la crédibilité de ce scrutin qui est basé, justement, sur un vote électronique ?

    Oui. Si vous voulez, c’est toute la problématique des résultats des élections précédentes. C’est-à-dire que le test qui devait avoir lieu devait permettre de vérifier que ces kits biométriques fonctionnaient. En 2013, Raila Odinga - leader de l’opposition - considère qu’il s’était fait voler le scrutin à l’élection présidentielle parce que ces kits biométriques avaient dysfonctionné. Donc, on est dans la peur de la répétition des élections de 2013 et la peur que le vote soit volé.

    Qu’est-ce qui pourrait se passer si on revivait l’expérience de 2013, c’est-à-dire lorsqu’une défaillance majeure du système informatique avait contraint la Commission électorale à basculer sur un système manuel ?

    Il est à peu près clair, dans la configuration actuelle, que l’opposition ne laissera pas faire. Parce qu’à priori sur le terrain le NASA semble quand même partir assez favori, même si on ne peut pas présager du résultat. Le risque, ce serait effectivement qu’il y ait un dérapage et d’éventuelles violences électorales. Parce qu’en fait ce qui se passe, c’est qu’en dépit des meurtres qui se succèdent et qui sont des meurtres individuels et très ciblés, on n’avait pas observé jusqu’à présent de violences dans le pays liées aux élections. Or, depuis deux semaines, il y a un certain nombre de villes, voire de comtés, où on a vu apparaître des violences et des heurts impliquant des groupes. Pas forcément sur des bases ethniques, mais en tout cas des actions violentes un peu plus collectives. Et donc là, c’est vraiment ce risque qui est pointé. Et malgré la multiplication aussi des appels à des élections pacifiques des deux côtés, la peur c’est de revivre le spectre des violences de 2008-2009 et ça c’est extrêmement présent dans la population. Et un des signes qui montrent cela, c’est effectivement l’exode des populations urbaines qui actuellement retournent dans leur village natal pour se mettre à l’abri.

    Un peu avant l’assassinat de ce responsable de la Commission électorale, il y a eu une attaque du domicile du vice-président William Ruto. Que peut signifier une telle attaque ? Est-ce que c’est courant ?

    Nous sommes, ce mardi, quatre jours après les événements et on ne sait toujours pas qui sont les éléments qui ont perpétré cette attaque. C’est grave parce que c’est quand même le deuxième homme du pays. Le fait qu’on n’ait pas d’élément qui permette jusqu’à présent d’élucider les origines de cette attaque, quels en sont les tenants et les aboutissants, est tout à fait mystérieux.

    Qu’est-ce qui peut être fait pour éviter de nouvelles violences comme le Kenya l’a connu en 2007-2008 ?

    C’est-à-dire que pour le moment on s’oriente vers un scénario assez compliqué. Pour que ces élections se passent bien, il faut donc que puisse se rétablir une confiance après la mort de Chris Msando et en particulier autour de la question de la transmission des résultats. Il faut impérativement, dans la semaine qui vient, que le pouvoir en place donne des gages de sécurité et qu’il y ait une annonce claire qui soit faite, à  mon avis, par le pouvoir en place, sur la volonté d’aboutir et d’avoir un processus électoral complètement pacifique. Ce que peut faire l’opposition, c’est à partir du moment où il y a une institution rétablie qui est la Commission électorale, et où effectivement on trouve quelqu’un qui serait l’équivalent à Chris Msando et qui puisse transmettre de manière transparente les résultats, qu’effectivement l’opposition crédibilise cette institution en donnant des signes de cette crédibilisation.


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