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    L'interdiction d'exporter les grumes menace la filière du bois en RDC

    Depuis la mi-juin en RDC, le bois qui n'est pas transformé est bloqué au port fluvial de Matadi. Greenpeace/DR

    Sept ans après le Gabon, la RDC interdit l'exportation des grumes, le bois non transformé. Les autorités de Kinshasa disent espérer développer la transformation sur place et tirer plus de revenus de la filière. Mais les industriels congolais du bois sont très mécontents, ils ont déjà du mal à survivre et la mesure risque de leur porter un coup fatal.

    Depuis la mi-juin en RDC, le bois qui n'est pas transformé est bloqué au port fluvial de Matadi. Interdiction d'exporter les grumes sur décision de l'Agence nationale de renseignement, et non du ministère de l'Environnement dont dépend pourtant la Fédération des industriels du bois en RDC. Pour son président Gabriel Mola Motya, c'est un coup brutal :

    « C’est pas des coups comme ça où l’on se réveille le matin et on dit "Ecoutez, bon voilà, à partir d’aujourd’hui on a interdit l’exportation des grumes". Ça c’est vraiment… Je crois que c’est 60 à 70% d’entreprises qui risquent vraiment d’en pâtir et d’aggraver la situation au niveau des chantiers, au niveau de l’intérieur, et retarder, si vous voulez, le processus qui s’est amorcé en termes de développement des communautés locales. »

    La RDC a décidé d'interdire les exportations de grumes dix ans après le Gabon, où pourtant la mesure a fait s'effondrer les revenus de l'Etat sans vraiment créer d’emplois rapporte Alain Karsenty, économiste au Cirad :

    « On serait passé de 9 500 emplois à environ 10 600. Mais par contre, disons qu’à un moment où les recettes pétrolières se sont effondrées, que tous les chantiers sont arrêtés, que l’état n’a plus de recettes fiscales ; la forêt ne rapporte plus rien. Toutes les taxes étaient liées à l’exportation des grumes. Il n’y a plus d’exportation des grumes, il n’y a plus de taxes et dans le contexte gabonais, c’est une catastrophe. »

    En RDC, la filière très mal en point pourrait ne pas s'en relever. « C’est véritablement le pire moment pour le faire. En ce moment, vraiment, c’est la chute libre pour l’industrie du bois en RDC. C’est pratiquement une filière à l’agonie. Il n’y a plus aujourd’hui que trois entreprises qui sont actives. Les autres entreprises sont à l’arrêt parce qu’elles n’ont pas les conditions de rentabilité nécessaires liées à l’infrastructure, à l’enclavement, à l’ensemble des coûts, administratifs ou autres qui se rattachent à la filière qui par contre est complètement submergée par l’exploitation informelle sans aucun plan d’aménagement ni quoi que ce soit », souligne Alain Karsenty.

    Seules deux entreprises de RDC pourraient profiter de la mesure : Siforco et Cotrefor. Elles ont les capacités de sciage ou de quoi investir pour les développer et elles achèteront le bois moins cher aux petits exploitants, comme cela s'est produit au Gabon.


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