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    Arthur Banga: «Alassane Ouattara veut montrer que la Défense lui tient à cœur»

    Arthur Banga, enseignant-chercheur ivoirien à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. RFI

    Le 19 juillet 2017, le chef de l’État Ivoirien Alassane Ouattara frappait du poing sur la table et nommait l’un de ses plus fidèles ministres, Hamed Bakayoko (précédemment à l'Intérieur), au poste de ministre de la Défense. Son rôle remettre de l’ordre dans une armée qui depuis plusieurs mois a connu d’innombrables mutineries. Analyse avec Arthur Banga, spécialiste des questions de Défense.

    RFI : Quel est le signal que le pouvoir - Alassane Ouattara - a voulu donner avec la nomination d'Hamed Bakayoko au ministère de la Défense, avec le rang de ministre d’État ?

    Arthur Banga : Je pense que la continuité montre que les questions de Défense lui tiennent vraiment à cœur. En nommant un de ses proches, je pense qu’il a aussi la volonté de tourner définitivement la page des mutineries en voulant, après avoir changé le commandement opérationnel des armées, un changement à la tête du commandement administratif, pour pouvoir tourner une bonne fois pour toutes la page de ces mutineries.

    Que reste-t-il à faire à Hamed Bakayoko pour « pacifier » l’armée ?

    Je pense que, dans un premier temps, il doit s’engager résolument dans la discipline au sein des armées. Je pense qu’il a comme atout d’être assez proche de ses hommes. Il va essayer de surfer là-dessus pour être présent auprès des hommes, comme on le voit depuis quelques jours, et veiller particulièrement à la formation des soldats et à la discipline au sein de l’armée.

    Être proche de ses hommes, cela ne signifie pas forcément être proche des officiers supérieurs et des ex-comzones, par exemple, qui ont leur rôle à jouer dans la discipline de l’armée. Pensez-vous qu'Hamed Bakayoko a de véritables relais au sein de l’armée ? C’est un ministre de l’Intérieur, certes. Il n'a jamais été un ministre de la Défense.

    Bien sûr. Je pense même que la nomination d’Hamed Bakayoko a été interprétée par moments comme une volonté de mettre un peu sous l’éteignoir ces comzones. Mais je crois qu’il aura l’intelligence de comprendre qu’aujourd’hui ils font partie de l’armée de Côte d’Ivoire et de vouloir composer avec eux au sein du CCDO [Centre de coordination des décisions opérationnelles, NDLR].

    Je pense qu’il a eu le temps de travailler un tant soit peu avec [le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara dit] Wattao pendant un moment. Et puis, sans avoir de contact direct, en étant ministre de l’Intérieur il le revoyait dans le cadre de politiques comme la lutte contre le terrorisme.

    Après, il y a un contexte politique particulier. Il doit pouvoir en tenir compte. Et de toute façon, ces comzones sont incontournables pour l’instant. Il faut en tenir compte et je pense qu’il faut les ramener dans la République, leur faire comprendre le rôle de militaire qu’ils ont maintenant.

    Certains observateurs disent qu’avec cette nomination d’Hamed Bakayoko - qui est donc le « bras séculier » d’Alassane Ouattara -, le but est de « dé-Soroïser » l’armée. C’est-à-dire l’expurger des partisans de Soro. Ce concept de « dé-Sorisation » a-t-il un sens ou est-ce une vue de l’esprit ?

    Je pense que ce sera plus une vue de l’esprit, parce que l’armée, c’est quand-même différent. Dans l’administration, on peut se payer un ou deux cadres sans qu’il y ait une grande, grande conséquence. Mais dans l’armée, on a affaire à des gens qui tiennent les armes. Donc, il faut plutôt leur faire comprendre leur rôle, l’attente de la population, l’attente des Ivoiriens, dans un premier temps.

    Et puis il faut comprendre qu’il faut composer avec eux, instaurer la discipline, donc revenir à la sanction militaire pour ceux qui ne vont pas rester dans le cadre. Je pense que là, Hamed Bakayoko doit pouvoir savoir le faire pour réussir sa mission.

    Dans le background d’Hamed Bakayoko, il y a quand même la police. Il ne faut pas oublier que la police aussi était restée fidèle, pendant un bon moment, à Laurent Gbagbo. Et quand il est arrivé, je pense qu’il ne s’est pas tout de suite lancé dans une chasse aux sorcières. Il a su exploiter le sens de la République de ses soldats. Je pense que c’est ce qu’il doit faire avec l’armée.

    Le fait qu’Hamed Bakayoko ait été pendant des années ministre de l’Intérieur, qu'il a donc eu la mainmise sur le renseignement en Côte d’ivoire, cela peut-il jouer en sa faveur et aider, cette fois-ci, à l’anticipation d’éventuelles futures mutineries au sein de l’armée ?

    Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a été choisi. Sa maîtrise des renseignements, sa connaissance relative des dossiers de la Défense, sont parmi les raisons qui font que le président "coche" tout de suite son nom, quand il faut un remplaçant à Alain Richard Donwahi.

    Pour en venir aux ex-comzones, le lien entre ces hommes et Guillaume Soro est-il toujours aussi fort, aussi solide, aussi indéfectible, ou est-ce que le temps a fait son office ?

    C’est difficile de se prononcer quand on n’est pas dans le cœur de leurs relations. Mais je pense que dix années de vie commune au sein des Forces nouvelles ne vont pas s’effacer tout de suite. Ça c’est certain.

    Mais en même temps, aujourd’hui la question que l’on doit se poser est : "Est-ce qu’ils se considèrent aujourd’hui comme des soldats de la Nation, des soldats de la patrie ou encore comme des chefs rebelles ?" Au-delà des relations que l’on peut avoir avec X ou que l’on peut avoir avec Y, je pense qu'il faut les amener à prendre conscience de leur rôle au sein de la République.

    Si le nouveau ministre réussit à le faire, et qu'il réussit à composer avec eux, ça peut être assez intéressant. Il faut déjà arriver à appliquer les règlements militaires dans les toutes petites unités : un simple soldat qui n’est pas présent au rapport - ils seront deux ou trois ? [Il faut] les sanctionner tout de suite.

    Mais à côté de la sanction il faut aussi de la formation. N’oublions pas que l’on a pris des soldats qui ont été des rebelles, qui sont devenus soldats de la République sans formation.

    D’ailleurs, si vous remarquez, quand Macron parle de renforcer la coopération avec la Côte d’Ivoire, il parle aujourd’hui de formation de sous-officiers. Et il y a près de 150 militaires ivoiriens qui sont en formation au Maroc.

    Il faut insister d’abord sur la formation, qui a manqué pendant un temps. Ensuite sur l’application des règlements militaires. Si cela se fait à l’échelle des unités, à l’échelle des sections, des compagnies, ce sera plus simple. Vous pouvez limoger un, deux ou trois soldats. Les mettre en permission, ingliger des punitions, mais vous ne pouvez pas le faire pour 1 400. Cela devient plus compliqué...

    Pour revenir au concept de « dé-Sorisation » de l’armée, on prête beaucoup au président de l’Assemblée nationale [Guillaume Soro]. On dit que c’est lui qui tire les ficelles ou qui pourrait tirer les ficelles derrière ces mutineries. Guillaume Sor n'a-t-il pas "le dos large" et ne lui prête-t-on pas un peu trop facilement tous les maux de l’armée ivoirienne ?

    En tant que chercheur, je ne peux me prononcer que si j’ai des éléments solides. Là, je n’ai pas d’éléments solides. Mais comme je le disais, le fait d’avoir vécu une dizaine d’années avec ces soldats, d’avoir des contacts avec eux et le contexte politique du moment autour de la succession Alassane Ouattara, prête forcément à confusion. Je pense que, d’une façon ou d’une autre, si Guillaume Soro a des ambitions, il doit s’attendre à prendre des coups, souvent plus grands que ceux-là.


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