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    RDC: Scott Campbell revient sur le rapport de l'ONU sur les violences au Kasaï

    Le responsable de l'Afrique centrale du Haut-Commissariat de l'ONU, Scott Campbell (à droite) avec le sous-secrétaire général des Nations unies aux droits de l’homme, Ivan Simonovic en mai 2012 dans le Sud-Kivu. ONU

    En République démocratique du Congo, une équipe d’enquêteurs du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme vient de rendre public un rapport reconnaissant les violences dans les Kasaï, dans le centre du pays. Scott Campbell, le responsable de l’Afrique centrale du Haut-Commissariat revient sur ce rapport accablant, notamment pour le gouvernement congolais et ses alliés, ainsi que pour la milice de Kamuina Nsapu, tous accusés de graves atrocités. Il est au micro d'Esdras Ndikumana.

    RFI: Ce nouveau rapport semble mettre en cause le gouvernement congolais dans les crimes commis contre les Kamuina Nsapu et les communautés dont ils proviennent. Y a-t-il des preuves contre le gouvernement ?

    Scott Campbell: Selon les témoignages, des victimes nous ont très clairement dit que lorsque la milice Bana Mura arrivait dans leur village pour effectuer des attaques, ils étaient très souvent accompagnés par des officiers des FARDC [Forces armées de la RDC] ou la police ou encore des officiels locaux.

    Votre rapport semble indiquer que l’armée utilise les Bana Mura comme des supplétifs pour commettre des exactions. Cela vous surprend-il, au vu de votre expérience au Congo ?

    Nous avons vu, par le passé, malheureusement, les forces de maintien de l’ordre agir avec des différents groupes armés, parfois à des fins économiques pour contrôler une certaine zone, parfois en complicité avec l’exploitation minière ou l’exploitation d’autres biens.

    Dans un contexte où souvent l’impunité règne, effectivement ce que nous avons vu dans les Kasaï nous rappelle tristement l’Histoire. Nous avons effectivement documenté cette complicité entre les Forces de maintien de l’ordre et certains groupes armés à l’est du Congo, comme nous le voyons aujourd’hui dans les Kasaï.

    Votre rapport indique que toutes ces violences ne sont pas imputables qu’aux seules forces gouvernementales et à ses alliés. Quel type de violence est perpétrée par les Kamuina Nsapu ?

    Les Kamuina Nsapu ont perpétré les attaques contre les agents de l’Etat et les symboles étatiques. De plus, les Kamuina Nsapu ont recruté et utilisé un grand nombre d’enfants dans ces attaques contre les agents de l’Etat et dans d’autres situations.

    Parmi les exemples cités dans ce rapport, il y a l’utilisation des enfants comme des « Lamama ». Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?

    Les garçons aussi bien que les filles sont utilisés par les Kamuina Nsapu pour mener des attaques contre les agents étatiques ou contre des villageois. Les filles sont aussi parfois utilisées pour commettre certaines atrocités, liées à la magie. On croit ainsi renforcer leurs capacités et celles de leurs camarades en arme pour être invincibles contre les balles ou contre les attaques de leurs adversaires.

    Et donc ces filles sont obligées de boire le sang des victimes. C’est bien cela ?

    Les témoignages que nous avons eus des réfugiés ont effectivement parlé de cet acte.

    La révolte des Kamuina Nsapu peut-elle être considérée, aujourd’hui, comme une véritable insurrection contre le pouvoir central congolais ?

    La crise a commencé comme une révolte contre les FARDC, contre tous les symboles de l’Etat et contre les acteurs étatiques, dans leur zone d’origine. Malheureusement, aujourd’hui, le conflit s’est dégradé. Les attaques sont plus larges, plus généralisées et souvent les victimes sont ciblées en fonction de leur appartenance ethnique. Ce qui était un conflit relativement mineur et qui aurait pu être contrôlé, nous y avons vu une dégradation et un élargissement du territoire impliqué par ce conflit.

    Le Haut-commissariat aux droits de l’homme vient de sortir un rapport - encore un nouveau rapport - très accablant sur la RDC. Est-ce que les autorités congolaises collaborent suffisamment pour les suites judiciaires à tous ces rapports que vous publiez ?

    En fait, nous avons une forte collaboration avec les autorités judiciaires et surtout les autorités de la justice militaire, en RDC. Nous avons vu les condamnations de certains officiers supérieurs pour des crimes, y compris des crimes internationaux, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Malheureusement et en même temps, il y a parfois une interférence dans la justice soit politique soit par les militaires eux-mêmes dans la justice militaire.

    RFI a fait une enquête et a apporté la preuve de la participation de certains officiers des FARDC dans des massacres au Kasaï-Central, à Tshimbulu et, plus largement, dans des territoires de Dibaya. Est-ce qu’il y a des suites judiciaires ?

    Il y a eu des suites judiciaires menées par la justice congolaise effectivement, suite aux massacres de Tshimbulu. Malgré cela, il y a une certaine impunité qui persiste et il y a des auteurs connus pour avoir été impliqués dans des violations graves des droits de l’homme par le passé et qui restent au sein des FARDC.

    Le gouvernement juge ce rapport « prématuré » et dénonce des témoignages « peu crédibles » et « non vérifiés ». Il rappelle que le Conseil des droits de l'homme de l'ONU avait décidé, en juin, d'une simple assistance technique du Haut-commissariat. Le gouvernement met en cause la neutralité de cette instance.


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