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    Bruno Jaffré: «Je pense qu'on va approcher de la vérité» sur la mort de Sankara

    Image d'archive de Thomas Sankara. Getty Images/Time & Life Pictures/William F. Campbell

    Bruno Jaffré est historien de la révolution burkinabé et biographe de Thomas Sankara. Il vient de publier un livre intitulé «Thomas Sankara, la liberté contre le destin», édité chez Syllepse (collection « Utopie Critique »). Il s’agit d’un recueil commenté des principaux discours prononcés par l’ancien président du Burkina Faso durant les quatre ans qu’il a passés au pouvoir.

    RFI: De tous les discours de Thomas Sankara que vous avez compilés, quel est, pour vous, celui qui vous paraît le plus marquant ?

    Bruno Jaffré : Il n’y en a pas qu’un. Parmi ses discours les plus marquants, je pense d’abord au discours à l’ONU qui est un discours complet. On sait que Sankara était un anti-impérialiste résolu. Puis, le discours sur la libération des Femmes qui n’est pas du même ordre mais qui est aussi un discours dont je dirai la même chose. Il est lyrique et il est politique. Ce sont des discours longs qui ont été probablement écrits et réécrits. Sankara avait l’habitude de demander à des collaborateurs d’écrire des discours mais ce que certains me racontent c’est qu’en général, il ne suivait pas. Je pense que pour ces deux discours-là, il en a écrit une bonne partie.

    Qu’est-ce qui frappe dans ses discours ?

    C’est un homme très sensible et cela se voit à travers ses discours. On sent justement une espèce d’empathie importante avec les femmes, avec sa mère, avec toutes celles qu’il a connues. A l’ONU, c’est un peu pareil. Il y a toute une série de paragraphes où il dit « je parle au nom de… ». Il fait l’énumération de tous les gens qui souffrent sur la terre et donc il y a ce côté sensible, ce côté politique qui sont des traits essentiels de Thomas Sankara.

    Vous le dites vous-même. Réunir tous ces discours a été un travail de longue haleine. Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?

    Ce n’est pas moi qui ai commencé puisqu’il y a eu des recueils qui ont déjà été rassemblés. Ils sont connus. Il y en a un qui a été publié par L’Harmattan et puis un autre pus récent qui s’appelle « Tomas Sankara parle » mais qui a repris exactement les mêmes textes. Ce que j’ai voulu apporter en plus, c’est de présenter chaque discours. Je pense que c’est cela qui est essentiel comme nouveauté et, évidemment, il y a beaucoup de nouveaux discours.

    Une partie de ces discours n’a jamais été prononcée par Thomas Sankara mais pourquoi ?

    Prononcée, si, sauf le dernier. C’est un journaliste français qui l’a retrouvé. C’est un discours très important. C’est le discours qu’il devait prononcer le 15 octobre au soir et qui a été caché par le Front populaire, je veux dire par le gouvernement de Blaise Compaoré qui est responsable de son assassinat, et qui a été retrouvé. Dans ce discours, Thomas Sankara explique qu’il va reprendre les choses en main, qu’il va rétablir et essayer d’arranger les problèmes qu’il y a au sein de la direction de la révolution.

    En passant en revue tous ses discours, on constate que Thomas Sankara pointait du doigt, très souvent, de nombreux ennemis. Est-ce que cela n’explique pas ce qui lui est arrivé ?

    Si. Quand on fait une révolution, on a des ennemis. Sankara le savait. Il ne s’en cachait pas et il les pointait très clairement.

    Est-ce que ce n’était pas justement un de ses points faibles car il connaissait ses ennemis, il les dénonçait publiquement mais il n’a rien fait contre eux ?

    C’est une question qu’on me pose souvent. Pourquoi ne s’est-il pas prémuni contre ses ennemis ? Ses ennemis étaient regroupés autour de Blaise Compaoré qui était son meilleur ami. Il a une haute opinion de l’amitié et il l’a dit assez régulièrement « On ne trahit pas l’amitié ». C’est pour cela d’ailleurs que le discours du 15 octobre est intéressant car il dit « Maintenant on va effectivement éliminer nos ennemis ». Il ne voulait pas dire physiquement mais il voulait les sortir des rangs de la révolution. Voilà pourquoi il est assassiné avec la complicité de certaines puissances occidentales dont la France.

    Comment expliquez-vous que Thomas Sankara soit aujourd’hui adulé par la jeunesse en Afrique ?

    Parce que c’est un modèle. La jeunesse a besoin de se reconnaître dans des modèles et qui a-t-elle à sa disposition, dans la période la plus récente ? Sankara, c’est le dernier dirigeant révolutionnaire de l’Afrique. Tous les autres, ils parlent, ils parlent… mais ils sont dans un opportunisme le plus plat. Et puis il y a la lutte contre la corruption. Les gens savent que Sankara n’a pas pris de gants. Il a lutté contre la corruption et il a fait des procès publics. Ils ont d’ailleurs récupéré pas mal d’argent de ce qui avait été spolié. Tout était très clair.

    Trente ans après sa mort, que reste-t-il de la pensée de Thomas Sankara ?

    L’insurrection, ce sont les enfants de Thomas Sankara qui l’ont faite, 30 ans après. Ils avaient une phrase « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer la révolte, il ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ». La deuxième phrase qu’ils avaient, c’était « C’est la patrie ou la mort. Nous vaincrons ». Ce sont les deux mots d’ordre que cite, le plus, la jeunesse. Il y a eu plusieurs films sur l’insurrection. Les jeunes n’arrêtent pas de dire « Nous, on s’en fout. On veut bien mourir mais on ne veut plus de Blaise Compaoré ». C’en était à ce point-là, si vous voulez, et donc ce sont les enfants de Sankara.

    Vous consacrez, dans ce livre, quelques pages sur l’assassinat de Thomas Sankara. Est-ce que vous pensez que l’on va connaître un jour la vérité, maintenant que les choses ont changé au Burkina Faso ?

    Je l’espère. On approche. Le sujet intéresse de plus en plus de journalistes. Et puis, on a aussi une commission rogatoire demandée par le juge burkinabè. Cela veut dire qu’il demande à ce que l’enquête soit poursuivie en France par un juge français, ce qui est une certaine satisfaction dans la mesure où c’est la reconnaissance, par le juge, qu’il y a à avoir en France, sur l’assassinat de Thomas Sankara. C’est ça que ça veut dire. Je suis optimiste. Je me bats pour ça depuis très longtemps. Je n’ai pas encore abandonné malgré mon âge avancé et donc je pense que l’on va approcher de la vérité, petit à petit.


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