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    Au Burkina Faso, on appelait Salif Diallo «M. le faiseur de président»

    Salif Diallo est décédé à l'âge de 60 ans, le 19 août 2017 à Paris. AFP / Ahmed OUOBA

    Salif Diallo est décédé à Paris samedi 19 août, à l’âge de 60 ans. Ancien proche de Blaise Compaoré et compagnon du président Roch Marc Christian Kaboré, il était l'une des figures politiques du Burkina Faso et a notamment co-fondé le MPP, l'actuel parti présidentiel. Abdoul Karim Sango, juriste, politologue et professeur à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) de Ouagadougou, en propose un portrait.

    RFI : Lorsque l’on dit que Salif Diallo était un personnage-clé, un personnage important de la politique burkinabè, que faut-il entendre par là ?

    C’est un personnage qui a marqué les 30 dernières années de notre histoire politique. Un personnage assez controversé, qui a occupé une place centrale. Juste une anecdote : il aimait dire qu’il était un « faiseur de présidents ». Il avait lors de l'une des campagnes du président Compaoré qu’il deviendrait président. Il avait réédité la même formule pour ce qui concerne le président actuel, Roch Marc Christian Kaboré, qu’il ferait de lui un président. Et il l’est devenu. Alors, un peu pour le taquiner, on commençait à l’appeler « Monsieur le faiseur de présidents ».

    Depuis que l’on a appris son décès, les gens à Ouagadougou disent : « On a perdu le président réel ». Qu’est-ce que cette formule du « président réel » signifie ?

    C’est une perception qui est due aussi au fait que, comme l’indique le président Roch lui-même, Salif Diallo et lui ont des tempéraments différents. Le président Roch, quoiqu’il soit le président de la République, est quelque peu effacé, pondéré et mesuré dans tout ce qu’il entreprend. On dit aussi « président diesel ». Tandis que le président de l’Assemblée nationale, Salif Diallo, était un personnage fougueux, qui fonctionnait à l’essence super ! Ce qui fait que, du coup, il faisait un peu d’ombre à l’exécutif.

    Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a été fondé par trois hommes principalement : Simon Compaoré, actuel ministre de l’Intérieur, Roch Marc Christian Kaboré, et Salif Diallo. Est-ce que le fait que l’une des trois composantes de ce triumvirat soit décédée va changer la donne au sein du parti de la majorité présidentielle ?

    On n’a pas besoin de faire des études de sciences po pour deviner aisément que le MPP perd là un pion central et que dans les jours à venir, les choses ne vont pas être simples pour ce parti.

    Compte tenu des circonstances, on s’interroge : qui va remplacer Salif Diallo à la présidence du MPP, mais aussi à la présidence de l’Assemblée nationale ? Sachant que le MPP n’y a pas la majorité absolue, peut-on imaginer que l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) s’associent avec d’autres groupes, d’autres élus du Parlement, pour reprendre la main au sein de l’Assemblée nationale ?

    Cela avait déjà été essayé au lendemain des élections. Cela a échoué. En fait, l’hypothèse d’une cohabitation parait incertaine. À mon avis, très probablement, le MPP va reprendre la présidence de l’Assemblée nationale, à travers certains de leurs leaders.

    À mon avis, le président Roch Marc Christian Kaboré serait bien inspiré de proposer l’idée de la formation d’un gouvernement d’union nationale. C’est-à-dire de faire appel très clairement à son ancien allié, Zéphirin Diabré. Pourquoi pas lui confier la primature, afin que nous gérions cette transition pour, probablement, aborder avec beaucoup plus de sérieux, beaucoup plus de sincérité, la thématique de la réconciliation.

    En même temps, en profiter pour opérer de très grandes réformes au plan institutionnel et au plan politique pour, finalement, faire de ce pays conformément à l’aspiration des Burkinabè sortis pour chasser le régime de Blaise Compaoré, faire véritablement de ce pays un Etat de droit véritablement démocratique.

    Diriez-vous que c’est une possibilité pour Roch Marc Christian Kaboré de se libérer, politiquement parlant, sachant que beaucoup de ministres à des postes clefs du gouvernement - à l’Economie, a la Justice - ont été clairement des hommes ou des femmes de Salif Diallo ? Là, le président peut-il retrouver des coudées franches et une certaine liberté d’action politique ?

    A mon avis, le président Roch Marc Christian Kaboré n’a pas le choix. Etant une personnalité du consensus aujourd’hui, avec la disparition de Salif Diallo, il me semble que le président a les moyens de former non pas un gouvernement de coalition - qui, pendant ces deux ans, a démontré que ce gouvernement n’est pas capable de répondre aux aspirations du peuple burkinabè.

    L’enjeu est d’autant plus grand que l’on sent bien auprès des Burkinabè de la rue qu’au Burkina Faso, compte tenu du contexte sécuritaire et du contexte social, la grogne est forte et l’insatisfaction importante...

    Absolument. Le contexte sécuritaire, le contexte social du marasme économique où rien ne marche requièrent qu’il se lève au-dessus des considérations partisanes. Lui et sa majorité ne pourront pas faire face à toutes ces menaces.


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