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    Didier Péclard: en Angola, «l'héritage du MPLA va s'étioler petit à petit»

    Didier Péclard, directeur du master en études africaines à l’université de Genève, politologue et spécialiste de l’Angola. RFI/Liliana Henriques

    Trente-huit ans après la prise de pouvoir de Jose Eduardo Dos Santos, les Angolais ont, pour la première fois, pu voter pour un nouveau président. La victoire du MPLA, le parti, au pouvoir depuis l’indépendance, depuis 42 ans, signifie que son candidat, Joao Lourenço, prendra la tête de l’Etat. Didier Péclard, directeur du master en études africaines à l’université de Genève, politologue et spécialiste de l’Angola, répond aux questions de Léa-Lisa Westerhoff.

    RFI : José Eduardo dos Santos va laisser sa place de président après 38 ans passés aux commandes. Quel système laisse-t-il à son successeur ?

    Didier Peclard : Il laisse un système qui est avant tout hypercentralisé et où tous les pouvoirs sont concentrés autour de la personne du président et de son entourage proche. C’est un système qui s’est construit peu à peu depuis la prise du pouvoir par José Eduardo dos Santos en 1979. A l’époque c’était un jeune homme d’une trentaine d’années, un candidat de transition que tout le monde imaginait pouvoir contrôler. Il a réussi peu à peu à tisser sa toile, à se faire un réseau. Ceci grâce notamment à la guerre, grâce au pétrole, grâce à la façon dont la guerre s’est terminée et ensuite au boom économique entre 2002 et 2010. Il [est parvenu] à concentrer tous les pouvoirs dans ses mains et celles de son clan rapproché.

    José Eduardo dos Santos va donc laisser sa place de président, il va par contre rester à la tête du parti au pouvoir, le MPLA, jusqu’en 2018. Est-ce qu’on peut dire qu’il part en laissant les clés de la maison ?

    Non seulement il reste lui à la tête du MPLA mais il a placé des gens proches de sa famille à des postes clés comme sa fille Isabelle dos Santos à la tête de la Sonangol, le véritable poumon financier du régime, une grande compagnie pétrolière, une des plus grandes d’Afrique. l’Angola est le deuxième producteur [de pétrole], juste après le Nigeria, en Afrique subsaharienne. Son fils est à la tête du fonds souverain, un fonds qui gère des avoirs de l’ordre de 5 milliards de dollars. Une partie de sa famille aussi joue un rôle très important dans les médias. [José Eduardo dos Santos] a aussi fait passer une loi rapidement en juin 2017 qui permet [de protéger]un certain nombre de personnes dans des postes très importants, comme le général Kopelipa, qui est une sorte de super ministre qui règne à la fois sur l’armée et sur les services de sécurité. [Ils sont assurés de] rester au pouvoir pendant en tout quatre voire huit ans. Donc tous les hommes et les femmes du régime dos Santos sont encore en place.

    Dans ce système très verrouillé, le nouveau président ne risque-t-il pas d’être un simple pantin ?

    Le système très centralisé où tous les pouvoirs sont entre les mains du président lui-même, est un système qui avait été taillé à la mesure de José Eduardo dos Santos. Mais c’est aussi un système dont va hériter son successeur João Lourenço. Donc il faudra attendre et voir dans quelles mesures João Lourenço pourra éventuellement utiliser les pouvoirs très importants qu’il aura constitutionnellement. Et de fait aussi, en tant que président, éventuellement réorienter le régime dans d’autres directions, introduire des réformes.

    João Lourenço s’est montré ferme sur la corruption pendant sa campagne, quelle marge de manœuvre a-t-il ? Est-ce que combattre la corruption finalement ce n’est pas combattre ceux qui l’ont porté au pouvoir ?

    Il était obligé de mener campagne en partie sur le thème de la corruption parce que c’est quelque chose qui est tellement important pour la population dans son ensemble. Les gens voient bien à quel point une toute petite partie infime de la population s’est incroyablement enrichie en quelques années alors que la situation de la plupart des Angolaises et des Angolais n’a pas changé. Donc il était obligé de faire cela. Maintenant, combattre la corruption, c’est pratiquement scier la branche sur lequel le régime s’est assis depuis un certain nombre d’années.

    Y at-il un contrepoids économique en Angola qui obligerait le détenteur du pouvoir à s’attaquer à ce système de prédation économique ?

    Une des craintes que le régime angolais a pu avoir à partir de 2002, dans les années de boom économique, ça a été l’émergence éventuelle d’une classe d’entrepreneurs qui soit à la fois bien positionnée en Angola, bien positionnée à l’international et qui ait éventuellement des velléités de prendre leur indépendance vis-à-vis du contrôle qu’exerce le régime sur la redistribution de la rente pétrolière. Je crois que ça a été certainement une crainte. Pour l’instant tout indique que le parti, le régime encore une fois contrôle l’accès au marché et il n’y a pas de classe économique émergente qui pourrait être une espèce d’opposition non pas politique, mais économique.

    Le MPLA se dit être le garant du retour de la paix en Angola. Mais, avec de plus en plus de jeunes qui n’ont pas vécu la guerre civile, cet héritage est-il suffisant aujourd’hui pour se maintenir politiquement ?

    Evidemment, cet héritage va s’étioler petit à petit, c’est-à-dire que cette base de légitimation qui était très importante pour les élections de 2008 et de 2012, on le voit, est déjà moins importante aujourd’hui, même si le régime ne se gène pas d’utiliser la menace éventuelle d’un retour à la guerre dès qu’il a l’impression qu’il perd un peu pied dans les débats politiques. Mais pour l’instant, je ne crois pas que ces mouvements sociaux soient assez importants aux yeux du MPLA pour que cela nécessite d’opérer des grands changements au sein du parti. Donc il y a une espèce de ligne à trouver pour João Lourenço et les caciques du régime pour faire des réformes qui permettent éventuellement d’éviter que la grogne sociale ne se transforme en trop grand mouvement, des mouvements sociaux trop importants, tout en continuant à redistribuer l’argent et la rente pétrolière dans les réseaux clientélistes. C’est un exercice d’équilibriste d’autant plus que les revenus actuellement dont dispose le gouvernement sont beaucoup moins importants qu’ils ne l’étaient il y a quelques années.


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