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    Kamel Daoud: «écrire, c'est une manière de ne pas mourir»

    Kamel Daoud. AFP/Joel Saget

    L’auteur algérien Kamel Daoud publie un nouveau roman, « Zabor ou Les psaumes ». Après « Mersault contre-enquête », un roman qui prenait le contre-pied de « L’Etranger » d’Albert Camus, et qui a reçu de nombreux prix dont le prix Goncourt du premier roman, Kamel Daoud raconte cette fois l’histoire d’un homme, Zabor, à qui on demande d’écrire pour éviter que son père, âgé et mourant, ne meure. Un roman qui s’inspire aussi de sa propre vie. Kamel Daoud répond aux questions de Leïla Beratto.

    RFI: Votre nouveau roman « Zabor ou les psaumes » vient de paraître. Zabor en islam, c’est le livre de David. David en arabe, c’est Daoud. Zabor, c’est donc le personnage principal de votre roman. Est-ce qu’il s’agit de vous ?

    Kamel Daoud: Il s’agit un peu de moi. Il s’agit de raconter ma vie mais d’une manière fabulée. Il s’agit d’une autofiction, quelque part. Il s’agit d’une amplification d’une période de ma vie mais il ne s’agit pas exclusivement de moi et des miens. C’est une sorte d’autobiographie fabulée.

    Votre roman raconte l’histoire d’un homme à qui on demande d’écrire pour conjurer la mort. Est-ce que vous pensez que l’écriture est un moyen de ne pas mourir ?

    Oui, parce que je peux vous poser la question et dire : il a quel âge, maintenant, Dostoïevski ? Quel âge a Baudelaire ou bien Naguib Mahfouz, par exemple ? Ecrire, c’est déjà une manière de ne pas mourir absolument mais écrire sur les autres, c’est les perpétuer.

    L’histoire de Zabor, c’est aussi l’histoire du rapport aux parents. Pensez-vous que, fatalement, le destin des hommes est lié à celui de leurs pères ?

    Non. C’est une histoire liée à une sorte de confrontation avec l’image du père, pas des parents. Ma mère n’existe pas dans « Zabor ». Autant « Meursault » était le roman de la mère, autant « Zabor » est le roman du père mais, il m’est apparu que le nœud profond dans ma propre vie - autant que dans celle de ma génération ou celle de ce pays ou d’autres pays - c’est justement résoudre, avec apaisement, la question du père. Nous vivons et je vis aussi dans ce pays où les pères tuent leurs enfants comme Abraham égorgeait son fils. J’ai trouvé ce rapport filial pathologique désastreux, assez inspirant pour creuser cette question dans un roman.

    « Zabor », ce sont les religions. Est-ce que, selon vous, parler aujourd’hui de la religion, s’inspirer de la spiritualité, c’est important ?

    Bien sûr. Que je sache, la religion n’appartient pas aux intégristes, aux radicalistes ou à la Fatwa Valley ou aux prêcheurs. Il n’y a personne qui a l’acte de propriété des religions. Cela peut être encore plus de foi, des textes pour la foi. Cela peut être des textes de réflexion, de fonds de mythologie, des récits qui sont importants, etc. J’ai le droit de réfléchir, de rêvasser sur les livres sacrés.

    Le style de votre roman est très différent du dernier - « Meursault, contre-enquête » - qui a été un livre très primé. Pourquoi ce changement ? Est-ce ne pas prendre un risque ?

    J’ai senti, avec le temps et la maturité, le besoin de creuser encore plus le formel, de faire acte de littérature. Il y a eu une période où j’étais vraiment enfermé dans le casting de l’intellectuel, engagé sur certaines questions de l’actualité, ce qui est le cas mais je voulais aller plus loin. Je voulais peut-être rendre son indépendance au roman. Le véritable héros de ce roman, c’est sa langue. C’est vraiment sa langue et je voulais pousser cette langue jusqu’à cette incandescence qui me l’a fait découvrir et pressentir quand j’étais adolescent.

    Vous parlez de liberté. Vous avez arrêté d’être chroniqueur régulier dans la presse algérienne. Vous vous consacrez maintenant à l’écriture. Pensez-vous que l’écriture de romans, c’est justement plus de liberté que le journalisme ?

    Non. Ce n’est pas plus de liberté. Ce sont deux instruments différents mais qui traitent de la même chose. J’ai juste pressenti que l’actualité ne me suffisait plus et qu’elle nourrissait des radicalismes d’opinion plutôt que de nourrir une plus grande prise de conscience. C’est cela ma conclusion. Et puis, je ne suis pas un journaliste qui écrit et qui est devenu auteur. J’ai toujours voulu être écrivain qui, au début, est journaliste pour gagner sa vie et ensuite pour défendre ses propres opinions. Je reviens donc là, à ma nature. Je ne fais pas acte de trahison.

    Vous avez revendiqué, dans une interview, dernièrement, le droit à faire acte de littérature et à ne pas être cantonné à être un anthropologue de l’Algérie. Pensez-vous que cette situation d’anthropologue, on l’exige trop souvent d’un auteur algérien ou même davantage d’un auteur africain ?

    Qu’il y ait des attentes simplistes et simplificatrices chez certains éditeurs, c’est tout à fait normal et légitime. Ce n’est pas blâmable. Il faut que l’on redescende sur Terre, les éditeurs ont aussi besoin de vivre. Mais moi, j’essaie d’aller un peu au-delà. J’essaie, peut-être, de proposer, de tirer, de repousser les limites, les lignes. Tirer un peu vers d’autres frontières et vers autre chose.

    Votre nom est aujourd'hui lié à celui de l’Algérie. Est-ce que vous écririez sur autre chose ?

    Oui. Je peux écrire une histoire d’amour sur les Inuits par exemple. Cela ne me dérange absolument pas. Ce n’est pas un problème. Je fais partie de ce monde, mes papiers sont algériens, je me sens Algérien mais, comme disait quelqu’un, « Plus on creuse le local, plus on a de grandes chances de déboucher sur l’universel ». Vous savez, Camus n’a pas écrit le roman du pied-noir. Il a écrit « L’Etranger ». « L’Etranger » n’a pas de passeport. Dostoïevski n’est pas connu pour être russe uniquement. Il est connu pour être l’auteur de « L’Idiot », des « Frères Karamazov », etc. Donc, la littérature a ceci de propre qu’elle nous donne l’occasion de partager ce que j’appelle une intimité universelle.


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