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    F. Tshisekedi (RDC): «Le dernier mot dans l’histoire est toujours revenu au peuple»

    Félix Tshisekedi, président du rassemblement de l'opposition, leader de l'UDPS. RFI/Sonia Rolley

    Toujours pas de calendrier électoral en République démocratique du Congo. La commission électorale dit encore évaluer le processus électoral. L'accord politique de la Saint-Sylvestre prévoyait pourtant des élections, dont une présidentielle d'ici la fin de l'année, un an après la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila... La Ceni dit que c'est impossible et l'opposition l'accuse d'être à la solde du président. Pour en parler, notre invité ce matin est Félix Tshisekedi, fils de l'opposant historique, décédé cette année. Président du Rassemblement de l'opposition, il est une figure de l'UDPS.

    RFI : Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’une élection est encore possible d’ici à la fin de l’année quand la Commission électorale dit que c’est impossible aujourd’hui ?

    Felix Tshisekedi : Parce que tout simplement, nous pensons que pour les présidentielles, en tout cas, il n’y a qu’une seule circonscription, le pays. Je crois que la meilleure des choses à faire, c’est d’organiser les élections présidentielles. Au moins, nous obtiendrons l’alternance.

    Vous n’êtes pas au gouvernement, pas au Comité de suivi de l’accord, vous n’êtes pas non plus au sein de la Commission électorale. Comment vous espérez imposer cette présidentielle à la fin de l’année ?

    Par la pression. Par la pression à la fois interne et externe.

    La pression par la rue ?

    Mais nous n’avons que ça, nous ne sommes pas une milice ou une bande armée. Nous n’avons que la rue. Le peuple, les citoyens.

    Concrètement, il n’y a pas eu de grands rassemblements depuis un an, le dernier grand rassemblement autorisé c’était cette manifestation le 19 septembre 2016. Comment allez-vous arriver à organiser un mouvement populaire, des manifestations, quand les manifestations sont interdites ?

    Vous savez, ce n’est pas, ici, le lieu pour dévoiler nos stratégies. Ce qui est certain, c’est que nous allons canaliser ce ras-le-bol que la population exprime depuis un certain temps.

    Mais est-ce que ce n’est pas un peu toujours repousser ? Parce qu’on vous voit organiser des journées ville morte, le gouvernement va dire oui, mais on ne peut pas savoir si c’est une journée d’adhésion ou simplement de peur qui est des problèmes dans la rue. Quand est-ce que vous allez appeler à manifester ?

    C’est de l’adhésion, il ne faut même pas en douter. C’est clair, qu’ils obéissent à un mot d’ordre. Il n’y a pas de peur parce que, lors d’une journée ville morte, il n’y a pas d’action, les gens ne sont pas obligés de rester chez eux. S’ils l’observent, c’est par solidarité avec le mot d’ordre lancé.

    Comment vous espérez tenir des élections libres, transparentes et crédibles dans le pays quand vous, en tout le rassemblement de l’opposition, critique le manque d’indépendance de la justice, critique également l’environnement politique, la restriction de l’espace politique ?

    Nous n’entendons les tenir qu’après le départ de Joseph Kabila. Parce que comme vous le savez, il y avait tout un processus électoral qui était prévu après les accords de la Saint-Sylvestre, qui n’a pas été respecté. Et aujourd’hui, nous entendons dire par le président de la Céni que les élections ne sont pas possibles cette année, que manifestement tout ça a été décidé quelque part par Joseph Kabila. Et comme c’est lui l’empêcheur de tourner en rond, nous disons, il faut qu’il quitte le pouvoir et ainsi nous pourrons organiser des élections crédibles.

    Donc ça veut dire une transition, sans Joseph Kabila, avant les élections ?

    Nous voyons les choses de cette manière-là. L’ouverture d’une période de transition très courte qui sera dirigée, évidemment, par une personnalité consensuelle, qui selon nous devra s’engager à ne pas être elle-même candidate aux futures élections, conduira le pays à ce scrutin et nous aurons enfin la passation de pouvoir.

    Mais il tient toutes les rênes du service de sécurité : l’armée, la police, l’ANR…

    Mais il ne tient pas le peuple congolais.

    Jusqu’à présent, ça fait presque deux ans qu’on n’a pas vu…

    Le dernier mot dans l’histoire du monde est toujours revenu au peuple et la victoire revient toujours au peuple. Ils vont comme ça vivre dans cette illusion pendant un temps, mais ce sera un temps qui va s’arrêter. Et moi je sens qu’il va très bientôt s’arrêter.

    Vous avez l’impression d’être soutenu par la communauté internationale. On ne les a pas entendus notamment sur la nomination des membres du CNSA.

    Non, je crois que la communauté internationale est pour le respect de l’accord de la Saint-Sylvestre et sa mise en œuvre, donc je crois que ça suffit. Ce qu’il faut après ça, prendre position pour l’une ou l’autre partie, je ne crois pas. Ils ont fait ce qu’il fallait faire, le reste nous appartient à nous Congolais et nous espérons évidemment que lorsque le peuple, qui est le souverain primaire, se sera exprimé dans le sens de sa libération, il y a aura à ce moment un accompagnement de la communauté internationale. C’est plutôt ça que nous attendons et non pas des commentaires sur le CNSA ou que sais-je encore, choses qui sont d’ailleurs foulées ou pied par Joseph Kabila et sa bande, qu’ils ne se trompent pas, qu’ils ne pensent pas que leur répression va nous faire peur.

    Votre parti, l’UDPS, s’achemine vers un congrès qui était prévu de longue date. Pourquoi avoir décidé de faire ce congrès dans ce contexte un peu difficile ?

    Comme vous le savez, nous avons perdu notre président, donc on s’est posé la question de savoir s’il fallait attendre l’enterrement avant de passer au congrès. Mais nous avons l’impression justement, à propos de cet enterrement, que le gouvernement veut jouer avec ça politiquement pour retarder les activités de l’UDPS. Et donc la tendance actuellement est à tenir, à avoir absolument ce congrès quitte à réserver les funérailles nationales à notre leader après.

    Le gouvernement dit que c’est plutôt vous qui jouez avec cet enterrement politiquement, pour obtenir des gains politiques, des postes de Premier ministre…

    Ils ont joué avec ça pendant un temps, ce n’est pas vrai. A l’UDPS, nous ne sommes ni demandeurs ni preneurs de ce poste. Aujourd’hui, nous voulons réserver à notre leader des funérailles digne de son nom, digne de son rang et tout ce que nous demandons. C’est pour ça d’ailleurs que nous allons demander une souscription, elle est faite déjà, pour nous en occuper nous-mêmes et pouvoir enfin terminer avec toutes ces manœuvres destinées à nous ridiculiser.


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