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    Joanne Liu (MSF): «Les centres de rétention en Libye sont des lieux de maltraitance»

    Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF). msf.org

    L'invité Afrique ce matin est Joanne Liu, la présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF). De retour de Libye, où elle a visité à Tripoli quelques centres de détention provisoire de migrants, elle dénonce les conditions de détention de ces migrants et surtout la nouvelle politique du renvoi de migrants interceptés en mer vers ce pays où ils sont soumis à différentes sortes de violences. Face à la baisse du nombre d'arrivées de migrants en Europe, elle accuse les responsables européens de fermer les yeux sur les conditions inhumaines que ces migrants vivent en Libye. Elle est au micro de Houda Ibrahim.

    Rfi: Vous rentrez de Libye et vous avez publié, dans le journal Libération, une tribune où vous accusez l’Union européenne de travailler, main dans la main, avec les réseaux criminels en Libye. Sur quels éléments vous basez-vous ?

    Joanne Liu: Oui, je rentre de la Libye. Je suis rentrée, en fait, le week-end dernier, il y a quelques jours. Ce que j’ai vu là-bas est d’un niveau de violence qui est – je vous dirais - presque indescriptible, voire intolérable. Ce sont des centres de détention où les gens sont retenus par la force, dans des conditions insalubres, les uns sur les autres et où ils sont régulièrement soumis à de la violence arbitraire, de la violence gratuite. On parle de maltraitance mais on parle aussi de tortures et de viols.

    Cette tribune est donc une façon de montrer cette réalité, conséquence des politiques qui renvoient les gens en Libye ou qui les empêchent de fuir la Libye. C’est une politique qui contribue à une souffrance énorme des gens qui sont dans ces centres de détention que j’appelle des manufactures de violence.

    Face aux conditions de détention des migrants à Tripoli – et nous savons que Médecins Sans Frontières suit quelques centres dans la capitale libyenne depuis plus d’un an – estimez-vous donc que ce n’est responsable de renvoyer ces migrants, en Libye ?

    Ce que je veux vraiment mettre en lumière, ce sont les conditions d’effroyable violence auxquelles les gens, dans les centres de détention, sont soumis tous les jours. Ces conditions doivent être connues. Ce qui est important et ce que les gens doivent saisir, c’est que quand on renvoie une personne en Libye, c’est à cette effroyable réalité qu’on l’envoie.

    Je veux aussi, juste dire, qu’aujourd’hui, un discours que l’on couronne de succès parce que le nombre d’arrivées en Europe est moindre, parce qu’ils ne sont pas dans nos rues, qu’ils ne sont pas dans nos forêts et qu’on ne les voit pas, a un coût. Le coût est très clair. C’est un coût humain, de souffrances, de tortures, de viols. Je voulais que de façon claire et sans équivoque, les gens comprennent cela.

    Selon vous, les pays européens sont-ils donc en train de transformer ces êtres humains « en bétail », pour reprendre votre expression ?

    Ce que je fais, c’est une description de ce qui se passe dans ces centres-là. Pour le lien avec l’Europe, on peut prendre par exemple le mois d’avril, date à laquelle l’Union européenne – incluant le gouvernement français – a débloqué un montant de 90 millions pour la cause migratoire, donnés aux Nations unies. Tout cet argent sera probablement acheminé via le Haut-Commissariat pour les réfugiés ou bien des Organisations de migrations internationales. Il y a donc, d’une part, cela.

    Puis, plus récemment, il y a eu un montant de 46 millions votés, fin juillet, encore par l’Union européenne, destinés à la formation des gardes côtiers libyens. Or, le rôle des gardes côtiers libyens est très clair. Ils interceptent les gens qui fuient par bateau et les ramènent dans les centres de détention.

    La semaine dernière, par exemple, quand j’y étais, il y avait des gens qui venaient juste d’arriver et qui avaient été interceptés dans la même journée. Un triage a été fait et il est clair que ces gens allaient être à nouveau soumis à cette violence arbitraire qui est aujourd’hui, selon moi, à des niveaux industriels.

    Il faut quand même être clair. Ce sont des centres que l’on dit officiels. Nous n’avons pas eu accès, en effet, aux différents centres qui sont tenus par des réseaux de trafics d’êtres humains, de banditisme et autres. Nous n’avons donc aucune visibilité sur cet autre pan de noirceur.

    Quels sont, selon vous, les liens soupçonnés ou avérés entre les responsables européens et ces réseaux criminels, ces passeurs ?

    Le lien que je fais c’est qu’aujourd’hui on a donné de l’argent pour permettre, par exemple, aux gardes côtiers de faire l’interception des gens et de les ramener dans des centres de détention. Ces centres, de façon générale, sont souvent sous la gestion de milices. Par ailleurs, et étant donné que l’autorité centrale est un peu en état de déliquescence, il n’y a pas de vraies autorités centrales.

    Il faut donc que les gens sachent qu’il est clair, aujourd’hui, que les conditions dans lesquelles les gens sont enfermés, retenus, torturés, en maltraitance sont horribles et que c’est à cela que ces fonds servent, c’est-à-dire, à ramener ces personnes qui essaient de fuir, dans cet environnement-là.


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