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    Togo: «un gouvernement doit toujours être à l'écoute de sa population» selon Gilbert Bawara

    Gilbert Bawara, ministre togolais de la Fonction publique et du Travail. RFI/OR

    Au Togo, c'est ce vendredi 15 septembre que les députés, sous la pression de la rue, doivent commencer à examiner le projet de loi limitant le nombre de mandats présidentiels. La veille sur RFI le chef de file de l'opposition, Jean-Pierre Fabre, a demandé le départ immédiat du président Faure Gnassingbé. Aujourd'hui, réaction du ministre de la Fonction publique et du Travail, Gilbert Bawara. Au micro de Christophe Boisbouvier, ce ministre très proche du chef de l'Etat togolais annonce un possible référendum.

    RFI : L’examen de ce projet de loi de révision constitutionnelle doit donc commencer ce vendredi à l’Assemblée nationale mais le chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, affirme qu’il n’y a rien de sérieux là-dedans, c’est de la provocation dit-il.

    Gilbert Bawara : Je crois que monsieur Jean-Pierre Fabre et ses amis sont à la recherche de subterfuges et de prétextes pour faire obstruction et obstacle à la fois au projet de réforme et créer un climat délétère. Je voudrais rappeler que le projet de réforme adopté par le gouvernement et soumis à l’Assemblée nationale n’est pas un texte figé, c’est un texte qui pourrait bénéficier des amendements et des propositions de la part des députés, y compris des députés de l’opposition. Nous espérons que les députés vont travailler dans un esprit d’ouverture et apporteront éventuellement des amendements qui vont dans le sens souhaité et désiré, notamment par le collectif des partis politiques à la tête desquels il y a monsieur Jean-Pierre Fabre.

    Vous parlez d’amendements possibles. Dans la Constitution de 1992, il était écrit à propos du président de la République « en aucun cas nul ne peut faire plus de deux mandats ». Cette phrase n’est pas introduite pour l’instant dans le nouveau texte, est-ce qu’elle pourrait être réintroduite à l’occasion de l’un de ces amendements ? Est-ce que vous y seriez favorable ?

    Vous savez, l’incise à laquelle vous faites allusion, qui dit qu’en aucun cas nul ne peut faire plus de deux mandats, les conséquences que monsieur Jean-Pierre Fabre et ses amis en déduisent sont totalement inexactes. Parce que l’élection présidentielle de 2015 et le mandat du président de la République, monsieur Faure Gnassingbé, ne peuvent en aucun cas être appréciés à l’aulne d’une Constitution et des lois qui ont été adoptées ultérieurement. L’élection du président Faure Gnassingbé en 2015, sa légitimité actuellement ne souffre d’aucune contestation, ce sont tout simplement des gymnastiques intellectuelles et juridiques qui ne tiennent certainement pas debout.

    Donc si je comprends bien, monsieur le ministre, il y aura, à l’issue de cet examen, une limitation à deux mandats maximum pour tout président de la République togolaise ?

    Le projet du gouvernement dit que le mandat du président de la République est de cinq ans, renouvelable une seule fois. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’aller dans d’autres détails qui risqueraient d’embrouiller et de semer la confusion dans les esprits des Togolais. Cette formulation, c’est exactement ce que monseigneur Barrigah a recommandé dans les recommandations de la commission Vérité, justice et réconciliation, en son point 5.

    En août 2006, lors de la signature de l’accord politique global, sous la houlette de Blaise Compaoré, le président Faure Gnassingbé et vous-même, vous vous étiez déjà engagés à introduire cette limitation à deux mandats et vous n’avez pas tenu parole.

    Non. Le premier à violer cet accord, c’était le parti UFC et le premier responsable du parti UFC à l’époque à Lomé s’appelait monsieur Jean-Pierre Fabre.

    Pas de rétroactivité dites-vous. Est-ce que cela signifie que, s’il le souhaite, le président Faure Gnassingbé pourra se représenter en 2020 ?

    La réponse constitutionnelle que nous souhaitons n’a pas vocation à régler des problèmes personnels. Je ne voudrais donc pas m’aventurer dans des spéculations pour le pays.

    Oui mais le président Faure en est déjà à son troisième mandat. Si on veut respecter l’esprit de la réforme à venir, est-ce qu’il ne vaut mieux pas qu’il s’arrête à ces trois mandats et qu’il abandonne le pouvoir en mars 2020 ?

    Vous savez, l’esprit de la réforme, c’est que, au Togo comme ailleurs, y compris en France, la loi dispose pour l’avenir et donc nous ne pouvons pas commencer à spéculer et à débattre des questions de candidatures avant d’avoir opéré la réforme.

    Donc, ce que vous souhaitez apparemment c’est que le président puisse encore se présenter en 2020 et en 2025. S’il gagne, il pourrait donc gouverner de 2005 à 2030 pendant quelque 25 ans, c’est ça ?

    Monsieur Boisbouvier, pourquoi vous voulez que je commence à spéculer sur des candidatures ?

    Voilà cinquante ans que la famille Gnassingbé père et fils est au pouvoir et beaucoup disent : « ça suffit ». Qu’est-ce que vous répondez ?

    Mais je dirai que la question qui se pose n’est pas de savoir quel est le patronyme, quelle est l’ascendance des uns et des autres. Mais quelle est la personnalité, quelles sont les qualités personnelles, quel est le projet, quelle est la vision que l’on porte pour le pays ?

    Dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, même en Gambie, il y a alternance. Une seule exception le Togo, n’est-ce pas une anomalie ?

    Vous savez l’alternance, c’est le peuple qui décide. Vous savez, la majorité est déterminée dans sa volonté et dans son engagement à faire en sorte que le projet de réforme aboutisse. Naturellement dans le respect du débat démocratique à l’Assemblée nationale. Mais le cas échéant, nous utiliserions toutes les voies permises par la Constitution pour faire en sorte que cette réforme puisse être adoptée. Je parle des voies permises par la Constitution, y compris le référendum.

    Gilbert Bawara, en refusant la rétroactivité du projet de loi en examen, est-ce que vous ne craignez pas d’exaspérer la rue, de provoquer des manifestations-monstre comme celles du 19 août dernier à travers tout le pays ?

    Vous savez, pour le moment, je ne me prononce même pas sur la question de la rétroactivité. Je ne me prononce pas sur des débats qui ne se posent pas. Tout simplement parce que les principes généraux applicables au Togo comme ailleurs s’appliqueront également, à savoir que les lois disposent pour l’avenir.

    Vous parlez d’un consensus, mais vous savez bien que l’opposition n’acceptera pas un consensus si le débat n’est pas ouvert aussi sur la question de la rétroactivité…

    Mais pourquoi le débat ne serait pas ouvert ? Aucune question n’est taboue. On peut débattre de tout. Maintenant je dis : il faut faire en sorte que les positions des uns et des autres ne contribuent pas à compliquer, à rendre difficile, le nécessaire consensus et le nécessaire compromis.

    Longtemps, monsieur le ministre, le régime a conservé le pouvoir en opposant le nord et le sud du pays, mais, depuis un mois - c’est une nouveauté - il y a des manifestations contre le pouvoir, jusqu’à Kara, le fief de la famille Gnassingbé au nord du pays. Est-ce que ce n’est pas inquiétant pour vous ?

    Mais je ne vois pas en quoi c’est une nouveauté. Les manifestations publiques ont toujours eu lieu sur toute l’étendue du territoire national. Sur vos antennes, j’ai entendu monsieur Jean-Pierre Fabre confirmer les fondements identitaires et même les soubassements communautaristes et religieux du parti PNP de monsieur [Tikpi] Atchadam. Les Togolais savent maintenant à quoi s’en tenir avec la stigmatisation et la catégorisation des populations togolaises en fonction de leur appartenance à une communauté ou à une région.

    Mais quand on regarde les résultats des législatives, on le voit bien. Les députés du pouvoir sont plus nombreux au nord et les députés de l’opposition sont plus nombreux au sud. Est-ce que ces manifestations à Kara, à Dapaong, à Mango, à Sokodé, ce n’est pas un avertissement pour vous ?

    Non. Un gouvernement doit toujours être à l’écoute de la population. Mais toutes les formes de repli identitaire, de relents ethnicistes, il faut les combattre parce que ce n’est pas de nature à créer les conditions de la cohésion et de la prospérité.

    Est-ce que le pouvoir n’est pas en train de perdre son fief électoral du nord du pays ?

    (Rires) Lorsqu’il y aura les élections, on verra. Nous sommes à l’écoute, nous sommes attentifs aux préoccupations que les populations peuvent exprimer, quelle que soit la localité du pays. Nous ne sommes pas dans ce genre de logique qui est d’opposer les communautés ou les localités les unes contre les autres. Nous ne sommes pas dans cette logique-là.

    Longtemps la France a soutenu votre régime, est-ce que vous ne craignez pas que le nouveau président Emmanuel Macron ne vous laisse tomber pour se distinguer de ses prédécesseurs ?

    Non. C’est votre appréciation de croire que la France a toujours soutenu le Togo. Un président de la République, un gouvernement, un député, ils ont vocation à être élus par les Togolais. En même temps, le Togo est un pays ouvert qui a des partenaires, qui a des amis. Nous comptons la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, et de nombreux autres peuples à travers le monde. Parmi les partenaires donc, ces pays amis n’ont pas vocation à décider du sort de la politique au Togo.


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