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    Financement du G5 Sahel: le silence de Washington et de Londres

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Washington et Londres, qui auraient tant à se faire pardonner par rapport à la déstabilisation de la Libye, demeurent curieusement deux capitales totalement indifférentes, lorsque l’on parle du financement de la force conjointe du G5 Sahel…

    RFI: A la veille de l’Assemblée générale des Nations unies, la semaine prochaine, à New York, Ibrahim Boubacar Keïta, le chef de l’Etat malien, a reçu et s’est, surtout, beaucoup déplacé, à la rencontre de ses pairs du G5 Sahel. Cette mini-tournée, présentée comme très importante, est saluée comme un succès, qui augure d’un, plus grand encore. De quoi s’agit-il ?

    S’il subsistait quelque doute sur la détermination des cinq chefs d’Etat à mettre concrètement en place cette force conjointe, il est levé, avec cette mini-tournée du président en exercice du G5 Sahel.

    En convainquant ses pairs de faire le déplacement de New York, « IBK » achève de lever quelques-unes des réticences qui demeurent, par rapport au financement de la force conjointe. Et, à la fin, peut-être que cela donnera mauvaise conscience aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, qui rechignent encore à financer cette entité qui est, pourtant, un avant-poste de la lutte mondiale contre le terrorisme.

    Ces cinq nations sont des victimes et nullement les responsables de ce qu’elles subissent. Si le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, confrontés davantage que la plupart des autres Etats, au terrorisme, cédaient et s’écroulaient, l’Europe ne tarderait pas à en subir les conséquences, à essuyer la bourrasque des attaques terroristes, bien plus fréquemment et plus violemment que ce que les jihadistes et autres illuminés ont montré à Nice, Barcelonne ou Paris… Il n’est pas question de refaire, ici, l’histoire. Mais ce que vivent les paisibles populations de Bamako, Ndjamena, Niamey, Nouakchott, Ouaga et de tant d’autres localités de ces pays est le résultat d’une faute lourde, non assumée, et que l’on oublie trop souvent encore à Londres et à Washington. Ces pays ont été déstabilisés par l’aventure de quelques puissances en Libye. Face aux conséquences, seule la France s’investit réellement à réparer les dégâts. Et pourtant, les Occidentaux, mieux que quiconque, savent à quel point la lutte contre le terrorisme peut, certains jours, ressembler à un travail de Sisyphe.

    RFI: La France, dites-vous, répare. Mais cela n’est-il pas déjà assez suffisant ?

    La France n’est pas allée, seule, détruire le régime du colonel Kadhafi, essaimant des jihadistes partout dans le Sahel. Et, en dépit de tout ce que fait la France, il apparaît de plus en plus évident que des soldats issus des communautés au sein desquelles se cachent les jihadistes pourraient, s’ils étaient formés et équipés, déstabiliser davantage les terroristes que ne le font les soldats occidentaux, qui ne connaissent pas les hommes, ne parlent pas la langue et ne font, en général, que passer. C’est en cela que l’initiative des Etats offre de réelles chances de succès. En plus, la détermination que l’on observe chez les chefs d’Etat du G5 Sahel est d’une si stimulante évidence !

    Mais l’on ne peut pas répéter à longueur de rapports d’institutions internationales que ces pays comptent parmi les plus pauvres de la planète, et vouloir les laisser, seuls, face à des besoins de financements qui sont colossaux pour ces nations, mais représenteraient peu pour les puissances, qui jouiraient d’un peu plus de quiétude, si la force conjointe, bien équipée et soutenue, était déployée. C’est ce que Ibrahim Boubacar Keïta et ses homologues devraient marteler, la semaine prochaine, à la tribune du Palais de verre de Manhattan.

    RFI: S’il est si évident que l’enjeu est que les nations du G5 Sahel vont travailler pour le reste du monde et, en premier lieu, pour les grandes nations occidentales, pourquoi ce message ne passe-t-il pas ?

    C’est ce que « IBK » et ses pairs devraient expliquer, encore et encore. Du reste, cette évidence, aucun dirigeant occidental sérieux ne peut feindre de l’ignorer. Et lorsque le chef de l’Etat malien s’implique tant pour convaincre ses pairs de se rendre à New York, l’on ne peut pas considérer qu’il ne travaille que pour son seul Mali, ou même pour sa patrie et les seuls quatre autres Etats du G5 Sahel. La sécurité de l’Europe se joue au Sahel, elle se joue dans toute la sous-région.

    Mais il travaille aussi pour son peuple…

    Qui le lui reprocherait ? Mais ce n’est pas comme lorsque, pour attirer quantités de chefs d’Etat à un sommet qu’abrite leur pays, ils font le tour des capitales. Il attire à New York, au service de la sécurité de son peuple, de la sous-région, et du monde.

    Les cinq Etats, en dépit de leurs maigres ressources, ont contribué pour à peu près l’équivalent de 20% des besoins de la force conjointe. Il s’agit, à présent, de mobiliser, y compris les plus insoupçonnés des bailleurs de fonds, pour apporter les quelque 430 millions d’euros restants pour que ces pays africains protègent leurs nations, l’Europe et le monde contre le terrorisme.


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