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    Libye: «Il faudra aller vers une réécriture de l’accord politique»

    Professeur Moncef Djaziri, maître d’enseignement et de recherche honoraire à l’université de Lausanne, en Suisse. cigpa.org

    Le maréchal Khalifa Haftar était à Brazzaville samedi dernier, et à Tunis avant-hier. L'homme fort de l'est de la Libye a multiplié les rencontres à la veille du sommet consacré à son pays, prévu ce mercredi entre les grands de ce monde, au siège de l'ONU à New York. Quel est le meilleur scénario de sortie de crise en Libye ? Moncef Djaziri est maître d'enseignement et de recherche à l'université de Lausanne, en Suisse. Il répond aux questions de RFI.

    RFI : Professeur Djaziri, vu de l’extérieur on devine que le maréchal Haftar tient plutôt bien l’est du pays, mais que le Premier-ministre el-Sarraj tient plutôt mal l’ouest du pays. C’est une analyse vraie ou fausse ?

    Moncef Djaziri : Je crois qu’elle est juste. On voit bien que du côté de l’ouest, donc de la Tripolitaine, le Premier-ministre a de la peine à asseoir son autorité à contrôler les différentes milices armées et de l’autre côté - du côté de l’est - il semble quand même qu’Haftar tend jour après jour à s’imposer aux différentes milices armées, même si tout n’est pas réglé, puisqu’il y a encore Derna au nord-est du pays où rien n’est encore réglé.

    En Tripolitaine il y a notamment ce conseil municipal de Misrata, à qui le ministre français Jean-Yves Le Drian a rendu visite le 4 septembre dernier. C’est un nouvel acteur qui pèse aujourd’hui ?

    Oui, de toute évidence, en effet, Misrata joue un rôle important, à la fois vis-à-vis de Tripoli parce qu’elle apporte son soutien au Premier-ministre internationalement reconnu, mais en même temps parce que c’est un peu une ville clé dans ses influences vers le sud de la Libye. Il semble d’ailleurs que le ministre français des Affaires étrangères s’est engagé à, sinon équiper, en tout cas mettre à jour et apporter l’aide nécessaire du point du vue technique pour l’armement, puisqu’il y a une petite armée à Misrata.

    Autres acteurs : les Kadafistes, comme le fils du guide Saïf al-Islam et l’ex-directeur de cabinet Bechir Saleh qui est exilé en Afrique du Sud. Il faudra compter avec maintenant ou pas ?

    Je pense qu’il faudra compter avec eux de plus en plus, parce que certaines tribus importantes en Libye sont du côté de Saïf et donc rien ne peut se faire en Libye sans le soutien des grandes tribus.

    Mais alors tous ces nouveaux acteurs, ils n’étaient pas intégrés dans l’accord politique signé au Maroc il y a deux ans. Que faire ?

    Eh oui. C’est tout le problème de l’accord politique. Et c’est tout le problème également des amendements. Et je me demande s’il ne faut pas parler carrément d’une nouvelle écriture de cet accord ?

    Et le nouvel envoyé spécial de l’ONU, le Libanais Ghassan Salamé, est-il dans cette logique de renégocier l’accord de Skhirat de 20015 ?

    D’abord je pense que c’est probablement l’envoyé spécial qui connaît le mieux la complexité de la situation libyenne de par le fait qu’il soit libanais, mais je pense surtout de par sa formation. Vous savez, c’est un politologue, donc il s’aperçoit de plus en plus qu’il faudra aller vers des modifications substantielles de cet accord. Toute la question est de savoir s’il sera ou pas soutenu au sein du système des Nations unies. On a annoncé que le secrétaire général annoncera lui-même une feuille de route et qu’on verra ce qu’il y aura dans cette feuille de route le moment venu.

    Dans la feuille de route de La Celle-Saint-Cloud il y a deux mois, il est prévu des élections l’année prochaine.

    Oui. Toutes proportions gardées, c’est plus réaliste que d’envisager les élections immédiates, ce qui est prôné par certains, y compris, je crois, les Etats-Unis. C’est en tout cas un peu plus réaliste, mais c’est quand même trop optimiste malgré tout parce que pour qu’il y ait des élections, faut-il encore qu’il y ait une Constitution. Il y a un projet actuellement, mais il est encore controversé. A supposer même qu’il soit accepté par les différentes parties, faut-il encore passer l’étape du référendum. Et disons que si on veut vraiment être très, très optimiste il ne peut y avoir d’élection que d’ici en tout cas une année, une année et demie. Il faut être réaliste.

    L’accord de La Celle-Saint-Cloud il y a deux mois près de Paris a provoqué la colère de l’Italie. On peut parler d’une rivalité entre partenaires de la Libye ?

    Oui, je pense qu’il y a une compétition. Je crois que ça tourne autour de l’influence sur une partie de la Tripolitaine - en particulier Misrata - et bien sûr d’où le fait justement que le ministre des Affaires étrangères français a rendu cette visite à Misrata. Et vous connaissez sans doute les relations historiques entre l’Italie et Misrata qui remontent à très longtemps. Il y a une compétition au niveau déjà de la Tripolitaine et de l’influence sur Misrata, et bien entendu, l’influence au sud de la Libye. Vous avez suivi les déclarations des différents responsables italiens, ils ont l’intention d’installer ce qu’ils appellent un centre stratégique au sud sur la frontière entre la Libye, le Niger et le Tchad, disent-ils, pour aider les autorités libyennes à contrôler les frontières. Et vous savez en même temps que la France également, essaie d’installer des centres d’accueil des réfugiés et des centres de tri également dans cette région du sud de la Libye.

    On peut parler d’agenda pétrolier de la part des compagnies Eni et Total ?

    C’est sûr que les uns et les autres s’inscrivent dans la perspective de la reprise des activités d’exportation, d’exploration… Et donc c’est aussi là l’enjeu par rapport au maréchal Haftar. On voit bien que la France c’était un des rares pays jusqu’alors à avoir accueilli Haftar, comme vous le savez. La Tunisie vient d’en faire autant. L’Italie, semble-t-il, a lancé une invitation officielle au maréchal Haftar. Ce qui du coup fait réagir les gens de Misrata qui critiquent cette invitation. Donc il y a effectivement des rivalités entre ces deux pays et cela se matérialise sur les relations avec Haftar.

     


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